Affaires
Médicaments anti-rhume : Le ministère de la santé ne s’est pas prononcé…
Si en France l’Agence nationale de la sécurité du médicament déconseille l’utilisation de remèdes à base de pseudoéphédrine, au Maroc, la Direction des médicaments et de la pharmacie ne s’est pas prononcée. Dans les officines, ces produits sont commercialisés et même très demandés…
La Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) n’a toujours pas réagi à l’alerte lancée, début novembre, par l’Agence nationale de la sécurité du médicament (France) déconseillant l’utilisation des médicaments vasoconstricteurs, notamment Humex Rhume, Dolirhume, Rhume, Nurofen Rhume et Rhinadvil Rhume. Ces médicaments traitant les symptômes du rhume (nez bouché, fièvre et mal de tête) sont toujours vendus sur le marché tout comme en France d’ailleurs où l’ANSM attend la décision de l’Agence européenne du médicament.
Laquelle agence a lancé, en février 2023, une réévaluation de la balance entre le bénéfice et le risque à ingérer ce type de médicaments, contenant la molécule de pseudoéphédrine. Pour rappel, cette molécule, destinée à resserrer les vaisseaux sanguins, permet en effet de réduire la quantité du liquide dans les parois nasales et ainsi de «déboucher» le nez. Elle fait l’objet de mises en cause régulières depuis plus de vingt ans. En 2001 déjà, le comité technique de pharmacovigilance de l’ANSM alertait sur les potentiels effets indésirables neurologiques et cardiovasculaires des vasoconstricteurs. Deux autres rapports, publiés en 2008 et en 2012, préconisaient l’envoi d’une lettre d’information aux professionnels de santé ainsi que le passage à la vente de ces médicaments sur ordonnance.
18 millions de boîtes sont vendues annuellement au Maroc…
Au Centre de pharmacovigilance, on précise que «les mécanismes de surveillance sont en place, notamment un numéro vert qui fonctionne 24/24h et une plateforme de déclaration permettant aux patients de signaler les cas d’effets indésirables pour tous les médicaments. Pour ce cas, il n’y a rien de particulier, une réévaluation des risques est en cours actuellement…». Globalement, selon cette même source, les cas sont rares et l’on recense à peu près 1 cas sur 100 présentant des effets secondaires graves, notamment des accidents vasculaires cérébraux ou des infarctus signalés après utilisation par voie orale de ces médicaments.
L’alerte de l’ANSM divise les pharmaciens d’officines. Certains d’entre eux estiment que «l’alerte de l’Agence française a suscité un tollé qui est injustifié dans la mesure où les effets secondaires pouvant être graves sont très rares. Même en France, on a recensé, depuis 2011, 307 cas». Pour d’autres professionnels, «il faut être de plus en plus vigilant. On ne doit pas délivrer de façon automatique ces médicaments aux patients. Il faut s’assurer de leur état de santé, notamment qu’ils ne souffrent pas d’hypertension ni de problèmes cardiaques».
Dans certaines pharmacies, on propose des produits alternatifs comme des solutions salines ou de fumigation permettant de déboucher le nez et soulager les maux de gorge. Pour l’heure, sur le marché, les médicaments mis en cause sont toujours en vente. Ils sont fabriqués et distribués par cinq laboratoires de la place : Galénica (Rhumix), Sanofi (Dolirhume), Pharma 5 (Rinomicine), Maphar (Humex) et Cooper Pharma (Nurofen Rhume). Délivrés sans ordonnance, ils sont commercialisés à un prix accessible variant entre 23 et 35 dirhams. En volume, ils occupent la deuxième place du top 10 des ventes avec 18 millions d’unités écoulées annuellement sur le marché. En valeur, ces médicaments représentent une dépense annuelle pour les patients qui s’élève à 373 millions de dirhams.
