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Location de voitures : L’embellie touristique ne fait pas rouler le business

Fortement liée à l’activité touristique, la location de voitures n’a pas ressenti l’effet de l’importante hausse des arrivées au premier semestre. La raison ? Une offre abondante qui contraste avec une baisse de la demande. Explications.

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L’embellie touristique se poursuit au Maroc. Au premier semestre, le Royaume a enregistré 8,9 millions d’arrivées, en progression de 19% par rapport à la même période en 2024. De beaux chiffres qui confirment son statut de destination incontournable du tourisme mondial.

Fortement liée à cette activité, la location de voitures, un des secteurs connexes, devrait, en principe, bénéficier de cet essor remarquable. «Franchement, nous n’avons pas senti les effets de cette hausse sur le terrain au cours de cette saison estivale. Au contraire, il y a une diminution de 10 à 20% de la demande par rapport à la même période de l’année précédente», tempère Abdellah Achanan, président de la Fédération des associations des agences de location de voitures au Maroc (Falam), qui compte pas moins de 3.000 adhérents.

D’après notre interlocuteur, la demande n’a commencé à être importante qu’après le 5 août, contrairement aux années précédentes où d’importants flux étaient observés sur deux mois, voire plus. «Jusqu’à mi-août, des membres de notre fédération proposaient des sous-locations de leurs véhicules à des collègues qui avaient des demandes spécifiques. Normalement, durant l’été, aucun loueur ne devrait avoir de voitures disponibles. Pour nous, cet indicateur, à lui seul, confirme cette baisse», révèle-t-il.

Même constat chez Tarik Dbilij. «Non, pas du tout», répond-il d’emblée. Conséquence : «Une baisse à plus de 22% du chiffre d’affaires pour chaque opérateur», révèle le président de la Fédération des loueurs automobiles sans chauffeurs au Maroc (Flascam) qui polarise 2.000 adhérents. Et de préciser que le prix moyen de la location journalière affiche un recul de 22% cet été à 220 DH, contrairement au pic de 32% à 320 DH enregistré à pareil moment l’année dernière.

Hausse de plus de 36% des achats de véhicules
Interpellés sur la principale raison de ce business au ralenti, les deux patrons citent l’offre qui dépasse largement la demande. «Durant chaque saison estivale, les loueurs achètent plusieurs voitures pour renouveler leur parc. Sauf que, cette année, la demande n’a pas suivi», explique Abdellah Achanan. «Anticipant une forte demande, ils ont effectué plus de 36% d’achat par rapport à la saison estivale de 2024. Ce qui est énorme», précise Dbilij.

Pour rappel, les agences de location de voitures s’étaient procuré plus de 52.000 voitures l’année dernière, en hausse de 13% par rapport à 2023. Soit 35% des ventes totales du marché automobile national durant cette période, selon l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM). Et l’on semble repartir sur les mêmes bases, puisque le secteur représentait 40% des nouvelles immatriculations durant le premier semestre 2025, où 112.026 véhicules ont été écoulés, soit un bond de plus de 36% par rapport aux 82.286 voitures vendues à la même période en 2024. Faites vos calculs.

Dbilij cite aussi l’inflation dans les principaux pays émetteurs et la «hausse des prix des billets d’avion et d’hébergement» qui ont poussé certains touristes à renoncer à la location de voitures. «La plupart de nos clients MRE qui sont venus cette année ont choisi d’amener leurs voitures au Maroc. D’autres ont préféré ramener des véhicules loués en France ou en Espagne ou passer leurs vacances en Turquie ou en Espagne, des destinations qui proposeraient des prix moins chers que ceux du Royaume», estime Achanan.

Restructuration de la profession
Cette baisse de la clientèle intervient dans un contexte marqué par une restructuration du secteur à travers un nouveau cahier des charges établi par le ministère du Transport. Son entrée en vigueur, prévue pour le 15 avril 2024, avait été repoussée jusqu’au 29 mars 2025, puis jusqu’au 31 décembre 2025, pour permettre aux agences de location de s’y conformer.

Parmi les mesures phares, l’augmentation du capital des sociétés à 500.000 dirhams. Initialement exigée à toutes les agences, cette obligation ne s’appliquera finalement qu’à celles ayant été créées depuis avril 2024. Les loueurs doivent aussi disposer d’un parc de 7 véhicules au minimum d’ici 2027.

La Flascam, qui avait rejeté ce cahier des charges à l’époque, campe sur ses positions. Pour Dbilij, loin de restructurer le secteur, cette nouvelle réglementation va créer une polarisation. «Actuellement, 2% des sociétés de location de voitures au Maroc possèdent 68% de la flotte nationale. Une fois appliqué, ce texte avantagera les grandes agences et affectera les petites structures», argumente-t-il.

Assainir davantage le secteur
Sa Fédération avait proposé un capital de 1 million de dirhams (MDH) et au moins 15 voitures par agence, avec effet non rétroactif, à travers un business plan «très scientifique» validé par de gros cabinets, remis au ministre du Transport d’alors, Mohammed Abdeljalil. «Nous avons constaté qu’une agence de location ne pouvait être rentable qu’avec 15 voitures, avec une moyenne de 22 jours de location par mois», insiste notre interlocuteur.

Pour lui, ce cahier des charges encourage la création d’agences de petites tailles. Pour preuve : la naissance de plus de 1.200 agences de location durant le premier semestre 2025. «C’est énorme !», s’exclame-t-il. «C’est un chiffre que nous enregistrons souvent sur une année. Par exemple, sur l’année de référence 2019, on avait constaté la création de 2.400 sociétés».

Pis, à l’en croire, cette vague de créations survient au moment où 6.000 sociétés de location de voitures sont déficitaires depuis leur création, soit entre 50-60% des entreprises du secteur. Des entreprises, qui, paradoxalement, continuent d’acheter des voitures. «D’où l’urgence d’assainir le secteur à travers le renforcement des contrôles fiscaux», préconise le patron de la Flascam.


Des garanties de l’État pour faciliter l’accès aux crédits

D’après les patrons des deux Fédérations, le secteur de la location de voitures, qui compte plus de 120.000 agences, fait face à plusieurs contraintes qui ralentissent sa croissance. En tête de liste : le taux de risque des crédits octroyés aux loueurs qui restent très élevés, à cause du poids énorme des créances en souffrance. «De nombreuses sociétés achètent des voitures et disparaissent dans la nature. Beaucoup d’entre elles n’arrivent pas aussi à honorer leurs engagements vis-à-vis des établissements de crédit. Aujourd’hui, plus de 22.000 voitures sont recherchées par ces bailleurs de fonds, soit entre 15-20% de la flotte nationale», révèle Dbilij.

Selon lui, la solution est simple. «Les établissements de crédit doivent arrêter de proposer entre 6-9 mois de différé pour le paiement des crédits. Cela pousse les débiteurs à proposer des prix de location bradés. Et, en fin de compte, ils rendent la voiture ou la vendent à la casse». Achanan invite l’État à mettre en place des garanties qui permettront aux agences d’accéder plus facilement aux crédits.