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Les ressources humaines se mettent à l’heure du métavers

Entretien d’embauche, intégration, formation professionnelle, mobilité internationale… Les métavers offrent de nouvelles opportunités aux professionnels RH.

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Imaginez un univers professionnel virtuel où les gens peuvent se rencontrer, interagir, travailler sur des projets et vivre des expériences numériques variées. Ce concept novateur est le fondement du métavers, un espace où chaque participant peut se connecter à partir de différents appareils, comme des ordinateurs, des smartphones ou des casques de réalité virtuelle (VR).

En d’autres termes, il s’agit d’un Internet incarné où vous êtes acteur de votre expérience grâce à un avatar (personnage fictif), au lieu de simplement visualiser le contenu. Aujourd’hui, cette technologie 3.0 transcende non seulement l’univers du gaming mais également celui des entreprises, et de nombreuses multinationales à travers la planète s’en sont déjà saisies. Pour exemple, le groupe Renault a délibérément choisi d’intégrer cette technologie afin d’optimiser sa production industrielle. Avec 100% des lignes de production connectées (8.500 équipements), 90% des flux d’approvisionnement suivis en permanence, le fait de reproduire les unités de production dans le virtuel permet de superviser en temps réel ce qui se passe sur les lignes de montage et d’intégrer en plus des données extérieures sur la météo et le trafic routier, traitées par de l’intelligence artificielle. En mixant le réel et le virtuel, Renault espère réaliser des centaines de millions d’économies, tout en réduisant de 60 % les délais de livraison des véhicules et de 50 % l’empreinte carbone.

Une technologie qui intéresse forcément les ressources humaines et pas uniquement la production ou le business. Quand le constructeur automobile coréen Hyundai fait découvrir à ses employés les destinations où ils pourraient travailler en mobilité à travers le monde grâce au métavers, c’est toute l’expérience collaborateur qui est réinventée. Pour Abdelghani Kouider, directeur associé de la start-up Welearn, spécialisée dans l’e-learning, «les métavers permettent d’envisager de nouveaux métiers, de faire évoluer le rapport à la connaissance dans l’entreprise (formation, intégration), d’écarter certaines contraintes géographiques… Les processus de recrutement peuvent également être amenés à évoluer et être déployés dans ces mondes numériques».
Bref, autant de possibilités qui s’offrent aux RH. À commencer par le recrutement et l’intégration des nouvelles recrues.

Immersion dans l’univers de l’entreprise
Effectivement, le monde virtuel offre de nouvelles possibilités passionnantes en matière de recrutement et d’intégration. Les entreprises peuvent ainsi créer des espaces virtuels interactifs qui simulent l’environnement du travail réel. Les candidats peuvent interagir avec des avatars d’employés actuels, poser des questions et découvrir l’ambiance de l’entreprise.

Cette immersion virtuelle facilite l’évaluation mutuelle entre les candidats et les employeurs, améliorant ainsi la précision des recrutements. Au Maroc, de telles expériences sont encore rares, mais les filiales de multinationales peuvent être précurseures dans ce domaine pour organiser des sessions de recrutement virtuelles, où les candidats peuvent résoudre des problèmes techniques complexes en collaboration avec des experts de l’entreprise. Cette approche immersive leur permettra d’évaluer les compétences des candidats de manière plus approfondie tout en leur fournissant une expérience de recrutement unique.

Le metavers offre également un environnement idéal pour la formation et le développement des compétences des employés.

Les entreprises peuvent créer des simulations réalistes où les employés peuvent acquérir des compétences spécifiques, se former à de nouveaux processus, s’entraîner à des situations complexes, découvrir et rentrer dans des zones difficiles d’accès, simuler des tâches difficiles/impossibles à reproduire dans un environnement réel, créer des dangers pour soi-même et pour les autres, sans risques, utiliser virtuellement des équipements et des matériaux coûteux et au final réduire fortement les coûts de formation. Pour rappel, Lydec, prestataire de services au public, avait déjà intégré, en 2018, l’immersive learning comme outil pédagogique pour des formations sur la consignation électrique. Certes, il s’agit d’une technologie proche du métavers et qui permet aux agents de maîtrise de plonger dans un environnement virtuel qui les rapproche de leur situation professionnelle, afin de leur permettre de tester leurs compétences en situation factuelle sans pour autant présenter des contraintes en termes de risques et de temps.

Sous d’autres cieux, KFC, le leader du poulet frit, s’est servi également de cette gamification pour former son personnel à préparer du poulet frit en 35 minutes chrono ou encore UPS qui l’utilise pour sensibiliser ses coursiers aux dangers de la route.

Ideo Consulting, autre spécialiste d’e-learning de la place, a été précurseur dans le domaine de l’immersive learning en proposant des formations à la carte, notamment dans le domaine de l’hygiène, sécurité et environnement. Pour le moment, comme le note Oussama Esmili, DG du cabinet Ideo, «dans le milieu professionnel, les individus ne sont pas encore familiers avec l’utilisation des avatars, contrairement aux réseaux sociaux, tels que Facebook où leur utilisation est plus acceptée».

Collaborer dans des espaces partagés
Paris, Dakar, Dubaï ou encore Casablanca, le metavers facilite également la collaboration et le travail à distance en offrant aux employés la possibilité de travailler ensemble dans un environnement virtuel. Les équipes dispersées géographiquement peuvent se réunir dans des espaces virtuels partagés, collaborer en temps réel et échanger des idées comme s’ils étaient physiquement présents. Cette approche renforce la cohésion d’équipe et facilite la communication, quel que soit l’endroit où se trouvent les employés.

Par exemple, une société de design britannique avait utilisé la technologie pour réunir ses équipes créatives réparties dans le monde entier. Les designers ont pu ainsi collaborer sur des projets, partager des maquettes et échanger des idées dans un environnement virtuel immersif tout en réduisant les contraintes liées aux déplacements et aux fuseaux horaires et favoriser par la même occasion une collaboration plus efficace et créative. Toujours est-il que cette technologie émergente offre des opportunités, elle pose également des défis spécifiques en matière de gestion des talents, de développement professionnel et de maintien de la culture d’entreprise.
Pour M. Kouider, «il s’agit avant tout de tomber dans l’erreur de gadgétisation de cette technologie pour masquer des lacunes de management ou d’organisation d’entreprise. La technologie reste avant tout au service de l’humain, et pour cela, il est primordial d’avoir des fondements solides en termes de gestion du capital humain».