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La course à la formation des ingénieurs

La formation en ingénierie est devenue un pilier central dans tous les plans et initiatives majeurs du pays. Conséquence : les établissements publics comme privés augmentent considérablement leur capacité et enrichissent leurs filières.

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L’annonce capitale de 100.000 ingénieurs à former pour l’industrie automobile et aéronautique en plus de 22.000 autres pour répondre aux besoins de la transition numérique pose un défi majeur aux universités et écoles d’ingénieurs, tant publiques que privées.

Depuis le déploiement du programme national formant 10.000 ingénieurs en 2007, l’éducation en ingénierie est devenue un pilier central dans tous les plans et initiatives majeurs du pays, du Plan d’urgence pour l’Éducation au Maroc Numeric 2013, en passant par l’Initiative Maroc Innovation et le réseau Maroc Incubation.
Cet appel massif a conduit les établissements éducatifs à augmenter considérablement le nombre de diplômés ces dernières années. Pour l’année académique 2022-2023, le Maroc a enregistré la présence de 26.105 étudiants dans les sciences de l’ingénieur au sein des universités publiques et 23.177 dans les écoles d’ingénieurs privés.

Des écoles et des cursus
Dans ce contexte, le groupe HEM a lancé une école d’ingénierie il y a près de deux ans, offrant un cursus de cinq ans avec un premier cycle de trois ans incluant des classes préparatoires et un second cycle de deux ans pour la spécialisation en ingénierie informatique. Cette formation se concentre sur des branches spécifiques, telles que le développement web et mobile, les réseaux et le cloud computing, le digital business & big data, ainsi que l’intelligence artificielle, offrant également des certifications professionnelles intégrées relevant des domaines de l’IT, tels que Microsoft, Cisco, Oracle et AWS.
Au cœur de l’avant-garde scientifique, le Centre de recherche, développement et innovation en sciences de l’ingénieur représente l’excellence incarnée de la recherche. Niché dans un édifice à la fine pointe de la technologie, ce centre autonome sur le plan énergétique accueille environ une centaine de doctorants issus de l’École nationale supérieure d’électricité et de mécanique (ENSEM) investis dans des projets technologiques de pointe. Cette enceinte de la recherche bénéficie d’investissements substantiels provenant de poids lourds de l’industrie au Maroc, parmi lesquels figurent Altran, Safran Engineering Services, l’Association des Entreprises du Technopark… L’Université privée de Fès s’est également dotée de nouvelles filières, notamment celle de la «transformation digitale», du «génie des systèmes embarqués» qui vient répondre à une demande croissante dans les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile.
De son côté, l’Institut national des postes et télécommunications (INPT), spécialisé dans le domaine du numérique, propose sept filières couvrant l’ensemble du spectre digital : IoT, réseaux, sécurité, SI, data, entrepreneuriat-innovation. Ces filières forment des ingénieurs en sciences des données, cybersécurité, services numériques avancés, technologies de l’information et de la communication, cloud et IoT, innovation et gestion de projet. Ces exemples illustrent comment presque tous les établissements d’enseignement supérieur enrichissent régulièrement leur offre. Cette diversification a également contribué à une meilleure reconnaissance des profils spécifiques dans le domaine numérique. Ces dernières années, des profils comme les ingénieurs en sécurité informatique, les développeurs full-stack ou les développeurs Java ont émergé et se sont démarqués.

Les filières qui séduisent
D’après les statistiques du ministère de l’Enseignement supérieur, les filières les plus prisées concernent des domaines clés, tels que le génie civil, comptant 905 étudiants, le génie informatique avec 1.900 étudiants, ainsi que le génie industriel rassemblant 1.339 apprenants. Cette tendance se caractérise également par une diversification des spécialisations, couvrant des domaines allant du génie biomédical à l’ingénierie des systèmes électroniques embarqués. Cette évolution met en lumière la transformation des filières d’ingénierie, témoignant de l’adaptation des établissements à ces changements tout en soulignant la pérennité de l’intérêt pour les filières traditionnelles.
Pour Amine Zniber, directeur général du groupe d’enseignement supérieur Maroc Ynov Campus, un travail préalable est nécessaire pour élargir la base des étudiants, notamment dans le domaine des ingénieurs informaticiens, où la demande sur le marché du travail dépasse l’offre. «Créer des filières dès le lycée pour élargir cette base et encourager l’émergence de profils d’informaticiens est crucial. De plus, l’alternance permet aux étudiants une immersion professionnelle tout en poursuivant leurs études». Mais le plus important est d’encourager les étudiants à travailler sur des projets concrets en partenariat avec les entreprises locales. Le succès du programme d’alternance entre Ynov Maroc et Atos illustre l’efficacité de cette approche pour favoriser l’insertion professionnelle. Le directeur général d’Ynov Maroc souligne que «tous les étudiants en alternance ont décroché des contrats à durée indéterminée avec Atos à la fin de leur formation».
L’émergence de programmes de certification pour les technologies de pointe et de cursus spécialisés, conjuguée à l’essor d’une culture d’innovation grâce à la création d’incubateurs et de centres dédiés, offre aux étudiants marocains l’opportunité de transformer leurs idées en projets concrets. Cette dynamique pourrait permettre au Maroc, in fine, de former une génération d’ingénieurs prêts à répondre aux exigences des métiers à l’échelle mondiale.