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Investissements

En Couv’. Quand l’État catalyse l’initiative privée

Les niveaux inédits des investissements publics et leur effet d’entrainement sur le secteur privé ont été le sujet d’une conférence-débat de La Vie Éco. Tourisme, commerce, énergie, tous ressentent cette impulsion, soutenue par de nouveaux instruments de financement.

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L’investissement public s’impose plus que jamais comme l’un des piliers de la stratégie de développement nationale. Avec 380 milliards de dirhams programmés en 2026 et près de 1.600 milliards mobilisés sur cinq ans, l’effort d’investissement atteint une échelle inédite, équivalente à presque une année de PIB cumulé.

C’est pour débattre de l’ampleur de l’investissement public et de son effet d’entrainement sur la dynamique du secteur privé que La Vie Éco a réuni, lors de sa première conférence-débat de cette année, des décideurs politiques et acteurs économiques.

«Le volume engagé de la part de l’État représente une hausse de 61% par rapport au quinquennat précédent, avec des taux d’exécution globalement satisfaisants, souvent proches de 80% pour les grands programmes», précise Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des finances.

Sauf que ces investissements sont de plus en plus orientés vers le développement des secteurs sociaux. «Avant même la performance économique, le choix a été celui de l’État social», rappelle la ministre. Plusieurs chantiers stratégiques ont été engagés, dont la santé et la protection sociale, l’eau, les infrastructures et le développement territorial.

Il est donc incontestable que «le Maroc est en train de passer d’un État investisseur massif à un État catalyseur et actionnaire d’un genre nouveau, grâce aux différentes réformes enclenchées, dont celle du secteur public, l’amélioration de la gouvernance, la transformation des établissements et entreprises publics», souligne Larbi Jaïdi, professeur universitaire, Senior Fellow au Policy Center for the New South.

D’ailleurs, «l’arbitrage entre les dépenses sociales et celles d’infrastructures se posait quelques années auparavant. Ce n’est plus le cas actuellement, puisqu’une nouvelle phase se dessine où les dépenses sociales doivent être productives et permettre ainsi au secteur privé d’être un financeur indirect du secteur social», ajoute Jaïdi.

Effet de levier, tous secteurs confondus
Mais quelle dynamique tous ces investissements publics ont-ils sur le secteur privé ? Saadia Slaoui Bennani, vice-présidente de la CGEM, estime que l’investissement public a clairement entrainé une dynamique économique.

«Certains indicateurs en témoignent directement, notamment la hausse des ventes de ciment, baromètre conventionnel de la mesure de l’activité, qui ressort en progression d’environ 10%. Mais pas seulement. Le tourisme, l’énergie, le commerce, l’assurance et les banques bénéficient également de cet élan».

Selon elle, la vraie question n’est plus de savoir si la commande publique soutient l’activité, mais si elle favorise un développement durable du tissu entrepreneurial.

Ce qui est le cas, puisque «l’investissement privé est passé de 100 à 120 milliards de dirhams en 2024. D’autant que l’objectif de la stratégie nationale de l’investissement visant 550 milliards d’investissements privés entre 2022 et 2026 pourrait même être dépassé», assure-t-elle.

Tout ce budget d’investissement à coups de milliards de dirhams tant pour le secteur public que pour le privé nécessite des moyens et des produits de financement adaptés.

De ce fait, «le secteur bancaire a inscrit sa stratégie de financement dans les priorités nationales. Mieux encore, il a pu même faire de l’innovation, en développant de nouveaux outils, à l’instar des crédits syndiqués, des fonds de dette, des OPCI ou des partenariats public-privé.

Ces mécanismes permettent de mobiliser des capitaux importants tout en diversifiant les sources de financement», explique Brahim Benjelloun Touimi, président du conseil d’administration de la Bourse de Casablanca et administrateur directeur général de Bank of Africa.

Les financements innovants, nouvel outil initié par l’État, ne sont pas en reste. Comme l’explique Nadia Fettah, «nous préférons transférer des actifs pour pouvoir disposer de la liquidité qui nous permet de ne pas hésiter à accélérer la croissance et l’investissement. D’un autre côté, une autre aubaine s’est ouverte à l’État, celle d’avoir des durations de 30 années, sans garanties et sans dettes.

En plus, ce moyen de financement a non seulement permis de diversifier les sources, mais aussi baisser la trajectoire de la dette publique et, partant, du déficit budgétaire».

Toujours est-il, «10% des investissements de l’État sont réalisés à travers ces instruments, alors que 90% sont faits de manière ‘classique’», nuance-t-elle.

Ce mécanisme interpelle toutefois Larbi Jaïdi, quant à ses limites : «Cet instrument suscite un certain nombre de questions, parce que les acteurs institutionnels qui ont été sollicités ne sont pas très nombreux.

De plus, les modalités de transparence du mécanisme posent un certain nombre de questions, surtout que les pays étrangers ont eu recours à une loi qui établit les conditions de recours à cet instrument pour, à la fin, anticiper sur ses coûts à venir, mais en même temps assurer la transparence des modalités de ce choix».

FM6I, accélérateur d’investissement

Sur un autre volet, le rôle du Fonds Mohammed VI pour l’investissement reste important dans cet effort d’investissement public et dans la stimulation de l’investissement privé.

À l’heure actuelle, «l’effet de levier est de 1 dirham pour 2 sur les fonds thématiques. En trois ans, le FM6I a mobilisé ce que l’industrie du private equity a pu faire en 20 ans, soit 20 milliards de dirhams».

Et il faut le dire, une large panoplie de possibilités de financement est offerte à travers ce fonds. «Cela va du prêt direct à la prise de participation, en passant par le prêt subordonné, en plus de l’accompagnement», souligne Benjelloun Touimi.

C’est dire que ce fonds traduit un saut qualitatif dans les véhicules d’investissement, qui «va certainement générer beaucoup d’aspects positifs dans les modalités de mobilisation de la ressource, de la diversification des financements et surtout de la réponse à des attentes particulières d’un certain nombre de segments dans le secteur privé.

Cependant, il faut accompagner cela par de la vulgarisation, de la communication et des suivis», alerte Jaïdi. En tout cas, à l’horizon 2035, l’objectif d’une répartition des investissements à hauteur de deux tiers pour le privé et d’un tiers pour le public apparaît réalisable.

«Tout est fait pour atteindre cette structure, via la Charte de l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, mais aussi l’ensemble des stratégies sectorielles».

Il reste toutefois des axes à améliorer, car, selon une enquête réalisée par la CGEM, «la simplification des démarches administratives reste un frein à l’investissement, et ce, en dépit de tous les efforts déployés en matière de dématérialisation, en plus de la complexité du Code du travail, ainsi que le capital humain et notamment la formation professionnelle», conclut Saadia Slaoui.