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Instruments de musique : Un marché en manque de tonalité

Les importations marocaines d’instruments de musique et de leurs accessoires ont dépassé les 17 millions de dirhams en 2022. Les guitares et les ouds sont les articles les plus vendus.

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Ces dernières années, la scène artistique et culturelle nationale connaît un foisonnement d’activités musicales et de festivals, dont la notoriété dépasse les frontières du Royaume. Ces évènements ont permis aux Marocains d’améliorer leur éducation musicale, contribuant ainsi à renforcer leur amour pour cet art. Aimer, pas seulement dans le sens d’écouter la musique, mais de l’apprendre comme une discipline, de l’approcher de manière scientifique en sachant décortiquer les sons, écrire et lire les notes.

Un nombre croissant de mélomanes de tous les âges fréquente les conservatoires publics et les écoles privées du Royaume pour apprendre à jouer la guitare, le violoncelle, le piano, la musique andalouse… «Depuis sa création en 1917, le Conservatoire de Casablanca a formé un grand nombre d’artistes, qui ont gravé leurs noms dans la sphère artistique au Maroc et au-delà», souligne le directeur coordonnateur général des Conservatoires de musique de Casablanca, Abdellatif Benouhoud. «Aujourd’hui, la métropole compte 16 conservatoires, avec plus de 275 professeurs. Le nombre des inscrits l’année dernière s’est établi à 1.950». Le conservatoire offre des formations dans pratiquement tous les instruments de musique. Selon le DG, le piano, la guitare, le violon, le oud et le qanoûn connaissent une très forte demande. Par contre, peu d’étudiants suivent une formation sur les instruments à vent. Malgré les efforts des responsables visant à rapprocher ce type d’institutions aux jeunes, quelques couacs sont à noter. Benouhoud souligne qu’il est indispensable de revoir la formation des professeurs. «Les enseignants de musique manquent d’expérience et de compétences surtout pédagogiques. Il faut mettre à leur disposition des formations, des stages et des bourses pour pouvoir poursuivre leurs études à l’étranger». Autres points, «les frais d’inscription au conservatoire s’élevant à 1.200 dirhams ne sont pas à la portée de tout le monde. En outre, les prix exorbitants des instruments représentent également un autre obstacle devant plusieurs jeunes qui veulent se lancer dans ce domaine. Le prix d’un piano, par exemple, démarre à 50.000 dirhams», précise-t-il.

Un marché qui a le vent en poupe
Selon les chiffres de l’Office des changes, les importations marocaines d’instruments de musique et de leurs accessoires sont passées de 6,9 millions de dirhams en 2018 à 17,1 millions de dirhams en 2022. Le marché des instruments de musique au Maroc reste un business porteur. Il enregistre une évolution régulière de la demande qui provient aussi bien des professionnels que des amateurs, notamment pendant la saison estivale et la rentrée scolaire. Durant ces périodes, les professionnels affirment que les ventes peuvent augmenter de plus de 40% par rapport à une période normale.

Au cœur de la vieille médina de Casablanca, un lieu chargé d’histoire et hautement apprécié, la rue Jamaâ Chlouh abrite plusieurs boutiques spécialisées dans la vente et la réparation d’instruments de musique. En se promenant dans ce quartier, les visiteurs sont transportés dans une époque révolue, caractérisée par l’effervescence de la scène musicale. «Cet endroit attire chaque jour artistes et amateurs qui cherchent à obtenir un instrument de musique, eu égard à sa réputation pour la haute qualité des articles exposés», souligne Ahmed, gérant du magasin Al Akhawayn, qui commercialise des instruments de musique et des produits d’accessoire. «Nous proposons à notre clientèle toutes sortes de modèles. Parmi les instruments fortement convoités, figure le oud fabriqué localement», indique le trentenaire, soulignant que le Maroc jouit d’une position de premier plan en ce qui concerne la fabrication de cet instrument. «Le meilleur est celui fabriqué avec du bois de noyer. Son prix peut dépasser les 30.000 dirhams», précise-t-il. La plupart des instruments sont importés de l’étranger, notamment les violons qui viennent de l’Italie et de l’Allemagne, les guitares de la Chine et de l’Espagne, les guitares électriques de la Corée, la derbouka de l’Égypte, dont le prix oscille entre 250 et 4.000 dirhams. «Les instruments de musique étaient l’apanage des artistes, alors qu’aujourd’hui, même les jeunes s’intéressent à l’acquisition de ces instruments. Les parents jouent aussi un rôle important pour encourager et motiver leurs enfants à jouer de la musique en leur offrant des instruments de musique», explique notre source.

Bien que la musique connaisse un grand essor au Maroc, la vente d’instruments est beaucoup plus développée dans d’autres pays. Par exemple, «la Turquie compte plus de 600 magasins dédiés, tandis qu’au Maroc, on n’en recense que près de 50 qui sont structurés», note-t-il.

Location d’instruments, un business en plein boom
La fabrication d’instruments de musique est un art délicat. «Ce travail de longue haleine demande patience, méticulosité, et beaucoup de passion pour la musique», souligne Lahlou, commerçant et artisan fabricant d’instruments de musique qui compte plus de 30 ans d’expérience dans ce domaine. Dans son atelier, au cœur de l’ancienne médina de Casablanca, il conçoit, fabrique et restaure des instruments en alliant minutie et créativité. «La pratique de cette profession exige une connaissance et une grande maitrise du métier», affirme-t-il, notant que «les travaux de réparation sont très importants. Ils permettent de prolonger la vie d’un instrument». «J’espère que la jeune génération portera un jour le flambeau afin d’assurer la pérennité de ce métier», poursuit-il.

Lahlou fait également la location des instruments, qui reste, selon lui, un moyen moins coûteux que l’achat définitif et séduit un large public. Les prix démarrent à 50 dirhams la journée et la location du matériel de sonorisation est à partir de 200 dirhams. Lahlou souligne que l’activité connait un engouement pendant l’été, une période connue par l’effervescence de l’évènementiel. Pour lancer un projet de location d’instruments de musique à l’ancienne médina de la métropole, Lahlou indique qu’il faut un investissement au moins de 100.000 dirhams. «L’achat du fonds de commerce coûte 70.000 dirhams et le loyer commence à partir de 1.000 dirhams», précise-t-il.