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En Couv’. Plasturgie, le recyclage s’impose comme alternative stratégique

L’envolée des prix du naphta, sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, met à nu la dépendance de la plasturgie marocaine aux matières premières importées. Face à cette vulnérabilité, le recyclage du plastique s’impose progressivement, même si la transition reste confrontée à d’importants défis.

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L’équation est bien connue: quand le pétrole tousse, la plasturgie s’enrhume. Au Maroc, cette mécanique se vérifie une nouvelle fois. La filière encaisse de plein fouet la hausse des intrants pétrochimiques, provoquée par l’envolée du naphta, indispensable à la fabrication des résines plastiques.

Une partie importante du polyéthylène mondial provenant du Golfe, les tensions régionales perturbent les exportations et renchérissent les coûts d’approvisionnement.

Pour les industriels marocains, les effets sont immédiats : coûts de production en hausse, marges comprimées et volatilité accrue du marché. «Depuis le début du conflit en février 2026, le cours du polyéthylène a enregistré une hausse fulgurante de plus de 100%», souligne Rida Taoudi Benchekroun, directeur général de la société Ouafa Plastique, basée à Fès.

«Étant donné que la matière première représente la part prépondérante de nos coûts de revient, nous avons été contraints de répercuter partiellement ces augmentations sur nos prix de vente afin de préserver la viabilité de notre outil industriel», ajoute-t-il.

Même constat chez les distributeurs des matières techniques. «Nous observons surtout une volatilité accrue du marché ainsi qu’une attention plus forte portée à la sécurisation des approvisionnements.

Des hausses ont été notées tant sur le coût de transport des matières que sur la matière elle-même», indique Amine Berrada, Country Manager d’AMP Maroc, filiale du groupe français AMP Polymix, spécialisé dans les matériaux techniques et compounds destinés à l’industrie automobile, au câblage, à l’électrification et aux industries d’export.

Le recyclage gagne en attractivité
Cette situation illustre la dépendance structurelle du Royaume aux résines plastiques importées. Faute d’une industrie pétrochimique intégrée, la majorité des matières premières provient d’Europe, du Moyen-Orient ou d’Asie, exposant le secteur aux fluctuations des marchés internationaux et du dollar.

La facture des importations de matières plastiques et ouvrages divers en plastique avait d’ailleurs atteint 22,5 milliards de dirhams en 2025, selon l’Office des changes. Dans certains segments, la matière première représente même jusqu’à 70% du coût de production.

Dans ce contexte, le recyclage gagne en attractivité. Longtemps perçu sous le seul angle environnemental, il devient un levier industriel et économique pour réduire la dépendance aux résines vierges importées.

«Cette situation pousse de nombreux transformateurs à intégrer davantage de matières recyclées dans leurs lignes de production», affirme Zakarea Errachid, Sales Manager chez Catlim, entreprise active dans la fabrication, l’importation et la distribution de produits et accessoires industriels dédiés au secteur de la plasturgie.

«Cette dynamique s’accompagne d’une évolution progressive des mentalités. Les approches liées au recyclage mécanique, chimique ou biosourcé sont désormais intégrées à une réflexion plus large autour de la durabilité, de l’anticipation réglementaire et de la réduction du footprint industriel», souligne Berrada.

La filière se structure progressivement autour de la collecte, du tri, du broyage, du lavage et de la transformation. «Nous observons une demande croissante pour des équipements permettant le broyage et la revalorisation des déchets plastiques, le dosage précis des matières, la séparation des contaminants ainsi que le contrôle qualité des flux de production», précise Errachid.

Plusieurs acteurs industriels ont également engagé des démarches d’économie circulaire internes. Chez Ouafa Plastique, «100% des chutes de production sont collectées, recyclées et transformées en granulés au sein de l’usine», explique Benchekroun.

«Ces granulés sont ensuite réintégrés dans la fabrication de sacs de collecte de déchets destinés à nos clients industriels, garantissant ainsi qu’aucun déchet interne ne finit dans la nature.»

Potentiel réel, contraintes fortes
Le Centre technique de plasturgie et de caoutchouc (CTPC) accompagne également cette transition. Fondé en 2005 dans le cadre d’une convention entre l’État marocain et l’Association marocaine de plasturgie (AMP), ce laboratoire national de référence ambitionne de renforcer le développement et l’intégration technologique des entreprises industrielles de la plasturgie et du caoutchouc.

Son directeur général, Nassereddin Alanssari, estime que le principal frein au développement du recyclage reste la qualité des gisements. «L’absence de tri sélectif à la source et la contamination des déchets dégradent certaines propriétés, comme la viscosité ou la résistance aux chocs», explique-t-il.

Il nuance néanmoins : «Avec des additifs adaptés, les performances peuvent atteindre celles des résines vierges.»

Pour les producteurs, la question reste avant tout celle de la qualité et de la régularité des flux recyclés. «Le recyclage est un levier stratégique, mais il est conditionné par la qualité du gisement», insiste le patron de Ouafa Plastique.

«Pour être substituable à la matière vierge, le flux de déchets doit être homogène et traité selon des protocoles stricts de lavage et de contrôle», soutient-il.

Des défis techniques persistants
Le recyclage mécanique demeure aujourd’hui la solution la plus mature au Maroc. Le recyclage chimique suscite un intérêt croissant, mais reste limité par des coûts élevés et des investissements lourds.

Dans les secteurs automobile et export, les exigences techniques demeurent particulièrement élevées.

«Le sujet n’est pas seulement d’intégrer du recyclé, mais de garantir un équilibre entre performance, régularité, traçabilité et réduction du footprint industriel et carbone», souligne Berrada.

Le recyclage reste confronté à plusieurs contraintes techniques. Errachid évoque notamment les risques liés aux contaminants métalliques. «La présence de particules métalliques dans les matières recyclées représente aujourd’hui l’un des principaux risques industriels pour les équipements d’injection et d’extrusion».

Ce qui pousse les industriels à investir davantage dans des systèmes de filtration, de séchage et de détection métallique afin de sécuriser leurs lignes de production. Même constat chez Ouafa Plastique.

«Le défi majeur réside dans la mémoire thermique du matériau», explique Benchekroun. «Sur certains films thermorétractables ou housses industrielles, les performances du recyclé restent inférieures à celles de la matière vierge, notamment en matière de résistance et de stabilité.»

À cela s’ajoutent des contraintes réglementaires. La législation marocaine interdit encore l’utilisation de matières recyclées pour les emballages destinés au contact alimentaire.

Structurer une véritable chaîne de valeur locale
Le Maroc a également introduit une écotaxe sur les importations de matières plastiques et produits manufacturés en plastique afin de financer le développement du recyclage et de la valorisation des déchets.

Ce mécanisme vise à soutenir les infrastructures de collecte, de tri et de valorisation. Plusieurs initiatives émergent également pour accompagner cette transition.

La Fédération marocaine de la plasturgie multiplie les actions de sensibilisation autour de l’économie circulaire et de l’intégration du recyclé. De son côté, la Société marocaine de récupération et de recyclage (SMRR) plaide pour une industrialisation plus poussée de la collecte et du traitement des déchets plastiques.

Pour les professionnels, l’avenir du secteur dépendra de la capacité à structurer une véritable chaîne de valeur locale. «Le passage d’une gestion de déchets à une gestion de matières premières secondaires nécessite une synergie entre politiques publiques et opérateurs privés», estime Benchekroun.

Les industriels misent désormais sur la R&D, l’automatisation et l’amélioration de la qualité des flux pour accélérer la transition. «Le développement du recyclage va durablement transformer le marché de la plasturgie au Maroc», anticipe Errachid, qui constate une demande croissante pour des équipements intelligents et orientés vers l’économie circulaire.

Au-delà de la conjoncture, la crise actuelle révèle les limites d’un modèle fortement dépendant des importations. Entre impératifs économiques et enjeux environnementaux, le recyclage du plastique s’impose désormais comme un axe stratégique pour l’avenir de la plasturgie marocaine.

 


Quels plastiques se valorisent le mieux au Maroc ?
Tous les plastiques ne présentent pas le même potentiel de recyclage. Selon Nassereddin Alanssari, DG du CTPC, le PET, notamment les bouteilles transparentes, bénéficie déjà de circuits de collecte et de technologies de traitement relativement performants au Maroc.

Les plastiques monomatériaux, comme le PEHD ou le polypropylène (PP), se recyclent également dans de bonnes conditions et trouvent des débouchés dans l’industrie, l’agriculture ou les produits ménagers.

En revanche, les plastiques multicouches, le PVC, le polystyrène ou encore les plastiques noirs restent difficiles à valoriser, faute d’infrastructures adaptées et de procédés de tri suffisamment avancés.

En clair, le développement de la filière dépendra autant des investissements industriels que de l’amélioration du tri à la source et de la qualité des gisements collectés.