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En Couv’. Dakhla, le futur Guangzhou d’Afrique de l’Ouest

Avec son mégaprojet de port en eau profonde sur l’Atlantique, la ville se positionne comme un pôle logistique stratégique de la connectivité afro-atlantique, à l’image du port de Tanger en Méditerranée occidentale et celui de Guangzhou en Chine méridionale. Bien que de nombreux défis restent à relever pour concrétiser cette ambition, les premiers jalons sont pour autant posés.

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Déjà connue mondialement pour ses plages paradisiaques et son vent généreux qui font le bonheur des amateurs de planche à voile et de kitesurf, Dakhla pourrait bien, dans les prochaines décennies, être réputée à l’international en tant que nœud commercial et logistique d’envergure mondiale sur l’Atlantique, à l’image de Tanger Med en Méditerranée occidentale ou de Guangzhou, en Chine méridionale.

La comparaison avec l’un des plus grands ports du monde peut certes paraître incongrue, mais cette ambition n’est pas qu’une simple vue de l’esprit.

Dakhla est en effet au cœur de la vision royale pour l’Atlantique qui aspire à redessiner la carte économique et géopolitique de la région et poser les fondements d’un nouveau pôle de développement et de coopération régionale.

Dans cette vision, qui entend faire de la façade atlantique une porte d’entrée vers l’Afrique, une plateforme d’intégration économique et un carrefour de la connectivité mondiale, Dakhla aura un rôle central à jouer.

La cité saharienne occupe une position unique à l’intersection de trois espaces stratégiques : l’Atlantique, qui ouvre sur les marchés ouest-africain et américain, le Sahel enclavé, qui cherche de nouveaux débouchés vers la mer, et l’Europe, partenaire naturel du Maroc dans la chaîne de valeur mondiale.

Ce positionnement fait de Dakhla un pivot logistique naturel pour l’Afrique de l’Ouest et le monde atlantique, susceptible de devenir une plateforme logistique et commerciale intégrée, au service de la compétitivité africaine. Les premières briques pour la concrétisation de cette ambition sont déjà posées.

La ville est au centre de projets structurants de grande envergure qui consolident son positionnement de hub : Gazoduc Afrique Atlantique, interconnexion électrique Maroc-Mauritanie, voie express Tiznit-Dakhla, zones industrielles et logistiques pour la transformation et l’exportation.

Sur le plan diplomatique, Dakhla abrite déjà plusieurs consulats de pays de la région, facilitant la coopération et la coordination entre États. Mais c’est surtout le mégaprojet du port de Dakhla, en cours de construction, qui constitue la pièce maîtresse de cette vision.

Ce futur port énergétique et industriel en eau profonde, avec un tirant d’eau qui dépasse les 21 mètres, capable d’accueillir les plus grands navires marchands du monde, porte-conteneurs, pétroliers et même minéraliers, a vocation à émerger comme un nouveau port de référence au niveau continental, à l’image de ce qu’a fait Tanger Med en Méditerranée.

Ce projet pharaonique, dont la mise en service est prévue en 2029, viendra combler une lacune criante qui constitue un frein au développement des pays de la région : l’absence d’infrastructures logistiques performantes, que ce soit en termes de ports en eau profonde ou en corridors logistiques.

Le port de Dakhla représente de ce point de vue un tournant stratégique. Adossé à une zone industrielle et logistique de transformation et d’exportation, il a vocation à devenir un port d’appui au commerce africain, offrant un débouché sur l’Atlantique et ouvrant des services logistiques performants pour les pays voisins.

La logistique, maillon faible du commerce africain
Pour les pays du continent, et en particulier pour les pays d’Afrique de l’Ouest, la logistique est aujourd’hui identifiée comme le nerf de la guerre.

«Le développement de l’Afrique ne pourra se faire que par la maîtrise de ses flux, la fluidité des échanges et la montée en puissance de ses capacités logistiques», affirme Yanja Khattat, président du Conseil régional de la région Dakhla-Oued Eddahab, qui s’exprimait récemment devant un parterre d’investisseurs, de logisticiens et de responsables de pays de la région lors du premier forum Dakhla Africa Logistics, un évènement dont l’objectif est justement de poser les jalons d’une intégration logistique concertée entre les différents pays concernés.

Il faut dire qu’aujourd’hui ce manque d’intégration logistique au niveau régional et continental coûte cher. Comme le constate Khattat, «l’Afrique échange trop peu entre elle. Les échanges intra-africains ne dépassent pas 15%, freinés par le manque d’interconnexions et des coûts logistiques élevés».

Il faut savoir que le coût moyen de la logistique sur le continent représente encore près de 35% du prix final d’un produit, contre 10% dans les économies développées. Une réalité qui limite la compétitivité des entreprises africaines et freine l’intégration régionale, alors même que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) offre des perspectives alléchantes.

«La Zlecaf représente une opportunité historique. Mais un marché sans routes, sans corridors, sans interopérabilité, sans ports performants, demeure une promesse inachevée», insiste le responsable. Pour que cette intégration devienne une réalité, il faut des corridors fluides, des infrastructures modernes et une vision commune de la logistique continentale, résume-t-il. C’est précisément ce que propose Dakhla et son futur port.

Polyvalence et multimodalité, clés de la compétitive logistique
Par son envergure et son positionnement au carrefour de routes maritimes stratégiques, le port devrait offrir une alternative durable et surtout compétitive aux différents points d’entrée maritimes de la région qui se situent principalement dans le golfe de Guinée, notamment via les ports de Cotonou au Bénin ou Lomé au Togo, engorgés et dont les coûts du fret sont particulièrement élevés.

Grâce à sa taille, sa polyvalence et son caractère multimodal, Dakhla apparaît dès lors comme une solution idoine pour baisser le coût du fret en direction de l’Afrique de l’Ouest.

«Dakhla Atlantique est conçu comme un port polyvalent, dédié aux industries de pêches, aux énergies renouvelables, à l’industrie minière, aux conteneurs, au transport international routier, à l’agriculture, aux hydrocarbures, à l’agriculture…», énumère Abid Mrayzig, chef de service travaux à la direction d’aménagement du port Dakhla Atlantique. À l’avenir, ajoute-t-il, «le port sera une plateforme pour l’exportation de l’ammoniac dans le cadre de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert».

À la polyvalence s’ajoute la multimodalité, c’est-à-dire l’intégration entre les connexions maritimes et routières, un autre atout décisif. La voie express Tiznit-Dakhla en particulier permettra une massification des flux. Mais pas que. «Nous allons à terme doter la région de toutes les infrastructures logistiques.

Dans le cadre du Plan Rail 2040, la connexion Agadir-Dakhla est sur la table. Après la Coupe du monde 2030, le tronçon Agadir-Laâyoune est prévu pour 2035, puis vers Dakhla en 2040.

Au niveau aérien aussi, il y aura des projets», indique Ahmed Khatir, président du Centre régional d’investissement de Dakhla. Il faut dire que les enjeux sont considérables. Comme l’explique Khatir, «en 2023, les importations des pays de l’Afrique de l’Ouest étaient de 117 milliards de dollars. Les exportations marocaines ne représentent que 1,8% de ce total.

De notre point de vue, ce faible niveau est en lien avec la logistique. C’est là que la région de Dakhla peut venir combler ce besoin, pour devenir à terme le futur Guangzhou africain. Nous sommes confortés par la vision royale et la réussite de Tanger Med.

Nous allons mettre les moyens nécessaires pour que Dakhla Atlantique devienne un hub énergétique, commercial et minier, et ainsi le poumon atlantique des pays du Sahel».

Intérêt des investisseurs pour les corridors logistiques
Reste à convaincre les investisseurs à miser dans ce modèle d’avenir. À en croire le président du CRI, l’intérêt est réel et croissant. «Actuellement, nous n’avons pas encore toutes les infrastructures qui vont attirer les investisseurs. Mais le noyau dur est posé.

La dimension internationale du port et son positionnement vont permettre de rendre ce projet rentable pour les investisseurs. Notre rôle, c’est d’amener les investisseurs à voir le potentiel de Dakhla.

Ce potentiel, on va le chercher plus dans les projections avec les pays du Sahel et de l’Afrique. Le projet de port attire de plus en plus les investisseurs, intéressés par cette stratégie de hub mise en place par le Maroc. Nous le constatons tous les jours au niveau du CRI», affirme-t-il.

Les efforts actuels du CRI consistent donc à construire une offre attractive pour attirer les investisseurs. «À part les hangars, nous sommes intéressés pour avoir des supports logistiques beaucoup plus importants. On veut des logisticiens dans les secteurs minier, agroalimentaire…», souligne le patron du CRI.

Des projets allant dans ce sens se concrétisent déjà. En effet, comme le rappelle le président de la région, le projet structurant du port atlantique de Dakhla est accompagné d’une vaste zone logistique de plus de 1.600 hectares, à laquelle s’ajoutent deux zones logistiques à Bir Gandouz et Guergarat, d’environ 30 hectares chacune, véritables portes d’entrée vers l’Afrique subsaharienne.

«L’objectif est de créer un corridor entre le Maroc et son voisinage africain, faciliter les échanges commerciaux et ouvrir de nouvelles opportunités de coopération avec nos partenaires du continent», a-t-il indiqué.

Reconfiguration des routes maritimes
Bref, Dakhla tisse patiemment son réseau. Les missions dans les pays voisins se multiplient pour une meilleure coordination et une convergence sur les aspects logistiques, mais aussi douaniers, afin d’améliorer l’interopérabilité entre les différents ports d’Afrique de l’Ouest.

Le Forum Dakhla Africa Logistics a d’ailleurs réuni plusieurs représentants des pays de la région, dont le porte-parole du président du Libéria. Tout sauf un hasard, le pavillon du Libéria étant le deuxième plus important au monde, derrière celui du Panama. Cette intégration logistique en devenir en vaut vraiment la chandelle, dans un contexte de reconfiguration mondiale des routes maritimes.

«Dans la nouvelle géopolitique mondiale, l’Atlantique devient un espace stratégique où les échanges commerciaux transatlantiques connaissent une croissance soutenue et l’Afrique occidentale se positionne de plus en plus comme un acteur clé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales», fait savoir Sanaa Hassini, présidente de l’Association marocaine pour la logistique.

«Nous sommes à un moment où les chaînes de valeur se réorganisent, où la compétition autour des corridors logistiques, des routes commerciales et des accès maritimes devient un déterminant essentiel du développement et de la souveraineté économique», analyse-t-elle. Une aubaine pour la sous-région et pour Dakhla afin d’arrimer solidement le continent à l’économie mondiale.


Port de Dakhla Atlantique : Le chantier à mi-parcours
Conçu comme un port-îlot relié au continent par un pont maritime de 1,3 km, Dakhla Atlantique aura au démarrage une capacité extensible de 35 millions de tonnes, dont 1 million de conteneurs EVP, 25 millions de tonnes de marchandises, 5 millions de tonnes d’hydrocarbures et 1 million de tonnes de produits de la mer.

«On discute déjà de l’extension du port. Le programme d’investissement s’étale sur des années. Le projet actuel du port n’est que la première étape», souligne le président du CRI Dakhla-Oued Eddahab.

Le chantier avance à un rythme soutenu. Menés de jour comme de nuit par le tandem SGTM-Somagec, les travaux ont atteint un taux de réalisation de 46%. Le pont maritime est quasiment achevé.

Les travaux se focalisent désormais sur les ouvrages de protection (digues). La prochaine étape sera la construction des terre-pleins et la réalisation des quais longs de plus de 2.700 mètres. L’achèvement des travaux est programmé pour la fin 2028, pour une mise en service en 2029.

D’un coût global désormais estimé à 15 milliards de dirhams, le complexe portuaire sera composé de trois bassins : un bassin commercial, un bassin dédié à la pêche hauturière et un terminal pour réparation navale, avec des profondeurs variant de -12 à -16 mètres. Il comprendra aussi un quai pétrolier, un quai conteneurs et même un quai RoRo pour les passagers.

«Nous avons adapté le plan de masse initial pour répondre aux besoins exprimés par des investisseurs, qui voulaient plus de profondeur», a précisé Abid Mrayzig, chef de service travaux à la direction d’aménagement du port Dakhla Atlantique. Des tirants d’eau de plus de 20 mètres sont désormais prévus pour accueillir les colis les plus lourds, comme les parties d’éoliennes.

À l’image du complexe portuaire Tanger Med, Dakhla Atlantique sera adossé à une zone industrialo-logistique (ZIL) de 1.650 hectares, destinée à accueillir des activités dans l’agro-industrie, les énergies renouvelables et l’industrie halieutique.

Cette ZIL intégrera notamment une zone portuaire de 650 ha, un pôle de compétitivité des produits de la mer de 200 ha, un pôle mutualisé des services de 65 ha et un pôle logistique de 150 ha. Une réserve foncière de 450 hectares reste par ailleurs disponible en cas de besoins exprimés par les investisseurs.