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Décarbonation : Comment les ESCO pourraient accélérer la mise en œuvre

Encore peu visibles au Maroc, les entreprises de services énergétiques (ESCO) peinent à s’imposer malgré leur potentiel en matière d’efficacité énergétique et de décarbonation. Entre cadre récent, difficultés de financement et manque de compréhension du modèle, deux experts analysent les freins et les leviers pour accélérer leur déploiement.

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Longtemps marginales, les entreprises de services énergétiques (ESCO) commencent à émerger au Maroc. En mars dernier, le ministère de la Transition énergétique a octroyé à Elexpert la deuxième autorisation du genre, dans le cadre du décret n°2-24-153 relatif à l’efficacité énergétique.

«Cet agrément ESCO est une vraie validation de notre expertise et de notre capacité à livrer des projets d’efficacité énergétique selon des standards reconnus. Cela apporte de la crédibilité auprès des clients et des partenaires financiers et ouvre des perspectives sur des marchés publics et privés qui exigent ce type de label», nous confie son directeur général, Fouad El Kohen.

Cette décision du département de Leila Benali intervient près d’un an après l’octroi de la première autorisation à Innovative Energy & Efficiency (INEE), filiale du groupe CDG, marquant l’entrée en vigueur d’un cadre réglementaire longtemps attendu.

L’opération s’accompagne d’une refonte institutionnelle du secteur sous la tutelle de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE), avec la liquidation, en juillet 2025, de la Société d’ingénierie énergétique (SIE).

Un chaînon de la décarbonation
Concrètement, les ESCO accompagnent les entreprises dans la réduction de leur consommation énergétique en prenant en charge, au-delà du diagnostic, la mise en œuvre et parfois le financement des solutions. «Les ESCO interviennent de manière end-to-end : elles réalisent l’audit, proposent des solutions adaptées, les mettent en œuvre et assurent la maintenance», explique El Kohen.

Leur modèle repose sur le contrat de performance énergétique (CPE), qui conditionne leur rémunération aux économies réalisées. Un modèle qui permet de limiter le risque financier pour le client tout en garantissant des résultats mesurables, suivis à travers des outils de mesure et de vérification (M&V).

Contrairement aux bureaux d’études, elles peuvent investir pour le compte du client. «Au-delà de l’audit énergétique de leurs clients, elles leur proposent de financer les équipements visant à faire des économies d’énergie et se rémunérer sur une partie des gains générés», souligne l’expert en énergie Amine Bennouna.

Outre la réduction des coûts énergétiques, ces entreprises contribuent à l’optimisation des processus et à la décarbonation, notamment via l’intégration des énergies renouvelables.

«Les ESCO deviennent aussi un point d’ancrage pour la décarbonation en intégrant les énergies renouvelables et la gestion intelligente des usages, par exemple en couplant l’efficacité avec des sources solaires sur site et des stratégies de stockage ou de charge/décharge pour lisser les pics (Peak shaving)», précise El Kohen.

Malgré ces atouts, le modèle peine à décoller. «La loi et les mécanismes n’existent que depuis environ deux ans», rappelle-t-il. Résultat : entreprises et banques sont encore en phase d’apprentissage.

«C’est la même chose dans le monde entier», nuance Bennouna, pointant la complexité du concept et le manque de compréhension. «Il est difficile de parler de besoin d’efficacité énergétique. En revanche, les entreprises ont un réel besoin d’alléger leur facture», insiste-t-il.

Financement, principal frein
Le principal frein reste le financement. Dans les CPE, les ESCO portent l’investissement, ce qui complique l’intervention des banques. «Toute banque, pas seulement marocaine, est naturellement frileuse à financer des immobilisations situées chez des tiers», explique l’expert. Cette situation contraint souvent les ESCO à mobiliser leurs fonds propres, avec des capacités d’intervention limitées.

Pour El Kohen, cette prudence s’explique aussi par l’incertitude sur les économies réalisées et la répartition des risques. «En pratique, il faut des produits de financement adaptés, des garanties pertinentes et une traçabilité des résultats pour rassurer les prêteurs», préconise-t-il.

Pour accélérer leur développement, plusieurs leviers sont avancés : standardisation des contrats, mécanismes de garantie, formation et partenariats.
El Kohen insiste sur la nécessité de démonstrateurs concrets pour prouver la viabilité du modèle, ainsi que la mise en place d’un écosystème local à travers des formations et des partenariats entre les sociétés du secteur, fabricants et installateurs.

Les projets d’éclairage public intelligent ou de gestion énergétique des bâtiments offrent, selon lui, des opportunités structurantes. Bennouna, lui, privilégie une approche plus ciblée, évoquant des «niches de clientèle adaptées aux compétences spécifiques de chaque ESCO».

Au-delà des contraintes, les ESCO apparaissent comme un levier prometteur pour réduire la facture énergétique et accompagner la stratégie nationale de décarbonation. Reste à créer les conditions d’un véritable passage à l’échelle.


Décarbonation : Premier contrat d’INEE dans les ports
Le 20 juin 2025, Innovative Energy & Efficiency (INEE) a signé une convention avec l’Agence nationale des ports (ANP) pour accélérer la décarbonation des infrastructures portuaires.

L’INEE prend en charge la conception, le financement et l’exploitation des projets d’efficacité énergétique. Le partenariat repose sur quatre axes : développement des énergies renouvelables, optimisation et digitalisation des réseaux électriques, déploiement de solutions de mobilité durable et formation aux métiers de l’énergie.

La priorité est donnée aux ports à forte activité, dont Casablanca, Jorf Lasfar et Agadir, avant une extension progressive aux complexes de Safi, M’Diq, Tan-Tan, Laâyoune, Dakhla, Boujdour et Tarfaya. Objectif : accompagner la stratégie de développement durable de l’ANP.