Affaires
De la sécheresse à la résilience : La méthode Souss-Massa
Dessalement renforcé, protection des nappes et réutilisation encadrée des eaux usées, avec une agriculture plus économe, la riposte régionale face à la sécheresse montre son efficacité.
Malgré des pluies enfin revenues cette année, la région de Souss-Massa reste sous le seuil de confort hydrique. C’est le diagnostic des acteurs du Comité régional de l’eau. La ressource continue en effet de baisser, portée par sept années maigres, une pression agricole persistante et des infrastructures à renforcer. Aussi, le message est clair pour tous : l’heure n’est plus au constat, mais à la mobilisation simultanée de l’offre et la gestion rationnelle de la demande.
Premier axe : sécuriser l’approvisionnement. Le renforcement de la station de dessalement d’eau de mer (SDEM) de Chtouka est prioritaire pour accroître la disponibilité en eau potable et agricole. Rappelons que le dessalement a un coût : environ 10 DH/m³ hors taxes à produire, vendu 4,3 DH/m³ hors taxes. Ce différentiel suppose un cadre financier pérenne (subventions, péréquation) et un pilotage fin des volumes afin d’éviter les effets d’aubaine. En parallèle, des barrages collinaires sont programmés dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 pour capter les apports hivernaux et réalimenter les nappes.
Deuxième axe : protéger les ressources existantes. La pression sur les eaux souterraines appelle des mesures fortes : instauration de zones de sauvegarde et d’interdiction autour des principales nappes de la province de Tiznit, réduction des prélèvements au barrage Youssef Ben Tachfine. Ceci au rythme de la montée en charge de la SDEM d’Aglou et l’activation du projet de repli AEP de Tiznit s’appuyant sur la station de dessalement d’eau de mer d’Aglou et les monoblocs côtiers. La trajectoire est simple : chaque mètre cube dessalé doit permettre un repos mesuré des nappes, sinon la spirale d’épuisement se poursuivra.
Troisième axe : fiabiliser la distribution. Les décideurs pointent la nécessité d’activer le dédoublement et la mise en service de l’adducteur entre la station de pompage numéro 2 à l’entrée d’Agadir Nord et les réservoirs de la Société régionale multiservices Souss-Massa, maillon essentiel de la continuité de service sur l’axe Agadir-périphérie. Même urgence pour l’accélération et la mise en service des monoblocs nord, afin de soulager des secteurs déjà sous contrainte. Le calendrier n’est pas neutre : la région se prépare à un événement sportif continental fin 2025, qui exigera des standards d’alimentation irréprochables pour les résidents comme pour les visiteurs.
Quatrième axe : moderniser les usages, d’abord en agriculture. Les filières doivent continuer de généraliser les techniques d’irrigation de dernière génération (pilotage par sondes, goutte-à-goutte de précision, calendriers optimisés), revisiter les assolements et contractualiser des volumes plafond alignés sur la disponibilité réelle. Cette sobriété utile n’est pas un renoncement : c’est la condition d’une productivité durable et d’une compétitivité préservée. Elle doit s’accompagner d’un perpétuel effort de sensibilisation massif, du producteur au consommateur urbain, et d’un cadre incitatif lisible.
Cinquième axe : combler le vide juridique sur la réutilisation des eaux usées traitées. Les stations existent et se renforcent, mais la valorisation reste bridée par l’absence de règles claires (qualité, usages autorisés, responsabilités). Accélérer ce chantier, c’est libérer un gisement d’eau sécurisé pour l’industrie ou certaines cultures et réduire d’autant plus la pression sur l’eau potable.
Au-delà des chantiers, la gouvernance compte. L’horizon de saturation du système d’Agadir alimenté depuis le barrage Abdelmoumen ne cesse de se rapprocher si l’on ne synchronise pas, au mois près, la montée en charge du dessalement, le renouvellement des réseaux et la gestion de la demande. Traduction opérationnelle: des tableaux de bord hebdomadaires, des seuils d’alerte publics et une coordination stricte entre maîtrise d’ouvrage, opérateurs et usagers.
Souss-Massa n’a pas le luxe d’attendre. Entre dessalement assumé, discipline d’usage et réformes réglementaires, la région peut retrouver un équilibre hydrique crédible. Le cap est connu : sécuriser, protéger, optimiser, réutiliser. La réussite se mesurera à une promesse simple : de l’eau disponible, prévisible et durable pour les ménages, les agriculteurs et les entreprises en 2025, et bien après.
