SUIVEZ-NOUS

Affaires

Cosmétique : le marché affiche un joli teint

Le secteur a réussi à faire peau neuve ces dernières années, notamment en investissant dans la filière bio. Quelques points noirs subsistent cependant…

Publié le


Mis à jour le

Avoir un teint lumineux, une peau lisse et sans imperfections, ralentir le vieillissement cutané…, font partie des préoccupations d’un nombre grandissant de personnes qui se laissent séduire par les produits cosmétiques et de bien-être.

Il n’y a qu’à faire un tour sur les réseaux sociaux, où les publicités fleurissent, pour s’en assurer. Face à une offre pléthorique, plusieurs marques essayent en effet de répondre à cette demande en développant des formules et des produits adaptés à tous les âges et à toutes les bourses.

Le marché mondial des cosmétiques devrait atteindre 863 milliards de dollars d’ici 2024, selon les chiffres du cabinet d’analyse Zion Market Research. Au Maroc, la consommation de produits cosmétiques ne cesse de croître. En 2022, la filière a généré un chiffre d’affaires de 8,6milliards de dirhams, contre 7,2 milliards de dirhams en 2020, malgré l’impact du Covid-19 sur le secteur ces dernières années.

La cosmétique, un secteur qui gagne en éclat
Si l’industrie cosmétique au Maroc compte plus de 200 entreprises de différentes tailles, elle reste dominée par les grands groupes internationaux. «Ces marques étrangères sont de renommée et fortement ancrées dans la mémoire du consommateur marocain, qui n’a souvent pas le réflexe d’acheter une marque nationale», croit savoir Abderrahmane Zaghrary, secrétaire général de la Fédération de la chimie et de la parachimie (FCP).

Cependant, ces dernières années, l’hégémonie des marques internationales a reculé de manière significative grâce à la forte dynamique que connaissent les entreprises et les opérateurs locaux. «Il y a 15 ans, le ratio de la domination étrangère était de 95% contre 5% pour le national. Aujourd’hui, nous sommes à 70% contre 30%», précise-t-il, soulignant que «la participation du Royaume aux salons et aux événements dédiés au cosmétique a fortement renforcé la promotion et la visibilité des produits cosmétiques marocains, tant sur le marché national qu’international, et a permis aux entreprises d’établir des contacts et de conclure des partenariats fructueux».
Une marque marocaine a su se démarquer ces dernières années en mettant sur le marché une offre globale et diversifiée. «Yan&One est en quelque sorte l’égérie de la beauté marocaine, qui l’incarne et la sublime», nous confient les responsables de cette marque, filiale du groupe Aksal. «Le marché marocain de la cosmétique se développe et est stimulé par des aspirations de plus en plus exigeantes de la part des consommateurs.

Chez Yan&One, le maquillage, les soins et les rituels sont au cœur de notre offre cosmétique», ajoutent-ils. La marque cherche aussi à développer constamment d’autres axes qui sont inspirés de son héritage, notamment à travers le soin, le parfum et les rituels.
Les plantes aromatiques et médicinales, l’huile d’argan, l’huile de figue de barbarie et autres huiles essentielles sont des richesses dont regorge le Maroc, qui s’impose aujourd’hui comme un producteur phare de matières premières, composantes incontournables de produits de beauté. «Les exportations de produits cosmétiques marocains sont estimées à 750millions de dirhams. La filière de produits de terroir dans laquelle opèrent plusieurs TPE et coopératives représente de réelles opportunités et affiche de belles perspectives de croissance», insite notre source.

Le Made in Morocco rayonne à l’international
Jalil Belkamel, docteur phyto-aromathérapeute, a cofondé en 1997 Nectarome, la première société de cosmétique naturelle haut de gamme au Maroc. «Nous avons remarqué que nos produits de terroir commençaient à être abandonnés au profit de nouveaux produits cosmétiques chimiques venus de l’Occident. Nous avons alors décidé de mettre en valeur les richesses du patrimoine marocain et de les faire découvrir au monde, en proposant des produits naturels inspirés de recettes de beauté traditionnelles marocaines, et revus grâce à un savoir-faire scientifique moderne», nous confie celui qui est passionné par les plantes depuis son enfance. «Aujourd’hui, il y a un engouement remarquable pour la cosmétique naturelle et écologique. Ces produits respectent le derme de la peau et leur composition naturelle en fait des produits respectueux de l’environnement».

Nectarome dispose d’une filiale basée en France et réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires d’environ 15 millions de dirhams par an. Ses produits s’exportent dans une quinzaine de pays, de l’Europe au Japon, en passant par les pays du Golfe et les États-Unis. «Nous présentons une large gamme de plus d’une centaine de produits cosmétiques certifiés bio, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels : SPA, hôtels, instituts haut de gamme, etc.», énumère-t-il. L’entreprise emploie une soixantaine de personnes, principalement des femmes de la région de l’Ourika. «Depuis le début, nous avons mis un point d’honneur à créer des emplois pour les femmes de cette région, afin de contribuer à leur autonomisation et à leur insertion socioéconomique en les formant et en les encadrant», fait-il savoir.


La réalité anarchique du secteur
Dans un contexte marqué par l’absence de contrôle et de structuration, le nombre grandissant de vendeurs de cosmétiques bio interroge quant à l’authenticité de leurs produits et les risques liés aux produits frelatés. Notre expert confirme que le secteur de la cosmétique bio est gangréné par l’informel, ce qui n’impacte pas seulement son business, mais porte atteinte à l’image du Royaume. «Il y a quelques jours, un vendeur m’a proposé de l’huile d’eucalyptus, prétendument naturelle et distillée par sa mère, alors qu’il s’agissait de produits de synthèse artificiels en provenance d’Asie, qui peuvent causer des irritations de la peau et être très graves et nuisibles pour la santé», regrette l’aromathérapeute, qui appelle à établir des mesures strictes et draconiennes pour mettre fin à ce genre de pratiques. «Il faut mettre en place des certifications et des labels de qualité spécifiques aux produits cosmétiques marocains, et instaurer des normes de qualité rigoureuses, certifiant l’origine et les méthodes de production. Cela permettra de rassurer les consommateurs et de les encourager à choisir les produits cosmétiques marocains», assène-t-il.