Affaires
Compléments alimentaires : La demande explose sur un marché non structuré
Le business des compléments alimentaires enregistre, depuis 2020, une importante hausse. Mais il demeure désorganisé : aux côtés des pharmacies qui détiennent 50% du marché, la vente sur internet, dans les enseignes spécialisées et les grandes surfaces, échappe à tout contrôle.
Le marché international des compléments alimentaires est estimé à 141 milliards de dollars. Un chiffre d’affaires qui devrait connaître une amélioration soutenue, puisque le taux de croissance annuel se situe en moyenne à un peu plus de 3%. Quid du marché marocain ? Connaît-il la même tendance ?
Dans le milieu pharmaceutique, on avance que la consommation des compléments alimentaires s’est fortement accrue au Maroc durant ces quatre dernières années. Cette tendance, comme partout dans le monde, s’est imposée pendant la crise sanitaire de Covid-19. Période durant laquelle les officines ont même enregistré des ruptures de stock, particulièrement la vitamine C et le zinc dont la demande a été multipliée par deux.
Outre ces deux produits, ceux favorisant le sommeil et luttant contre le stress et l’anxiété ont été également très prisés durant cette période de pandémie. Pour les professionnels, l’engouement actuel pour les compléments alimentaires est dû à trois principales raisons : une prise de conscience de la nécessité de la consommation de ces produits, une meilleure discipline corporelle et le stress de la vie.
Le marché est actuellement estimé à 800 millions de dirhams. Les produits les plus demandés sont les gélules amincissantes, le magnésium, les multivitamines destinées essentiellement aux sportifs, les anti-chutes de cheveux, les compléments pour améliorer la vue, ainsi que les produits contre l’asthénie sexuelle.
Environ une trentaine d’importateurs se partagent le marché où les pharmacies réalisent 50% des ventes qui portent essentiellement sur les produits de transit, de digestion et de fatigue. Parallèlement au circuit pharmaceutique, la commercialisation sur internet, dans les magasins spécialisés et les grandes surfaces, s’est également développée depuis 2020.
Ces circuits détiennent respectivement des parts de marché de 20%, 15% et 6% et leurs ventes concernent essentiellement les produits de minceur, de sommeil, de peau et de cheveux.
Ventes anarchiques et absence de traçabilité…
Le développement du circuit parallèle, favorisé par la pandémie du coronavirus, a certes rendu plus accessibles les compléments alimentaires qui y circulent sans prescription médicale, mais cela représente, selon les pharmaciens d’officines, des risques de mésusage entraînant des effets secondaires et des interactions négatives avec certains médicaments.
Il importe de souligner que la consommation incontrôlée de compléments alimentaires peut perturber le métabolisme et causer des insuffisances rénales ou hépatiques, mettant en danger la vie des utilisateurs. Ce qui rend nécessaire, insistent les pharmaciens, une sensibilisation des consommateurs aux risques, d’une part, et, d’autre part, la mise en place d’une réglementation de ce marché qu’ils n’hésitent pas à qualifier d’«anarchique».
N’étant pas légalement encadrées, les ventes de compléments alimentaires ne font l’objet d’aucun contrôle de qualité et les prix de vente, contrairement à ceux des médicaments, ne sont pas réglementés par le ministère de la Santé. D’où leur cherté : ils s’inscrivent dans une fourchette allant de 100 à 700 dirhams. Une dépense totalement à la charge des patients, sachant que ces prix ne sont pas remboursés par les organismes de prévoyance sociale.
Les ventes incontrôlées, les risques liés au mésusage des compléments alimentaires et la cherté des prix appellent, de l’avis des pharmaciens, à un encadrement légal urgent du marché.
Pour répondre à cette revendication, qui remonte à plusieurs années, le ministère de la Santé avait soumis pour examen, en novembre 2022, un projet de loi relatif à la production, la commercialisation, ainsi que l’importation des compléments alimentaires.
Un texte qui est toujours en stand-by et dont l’adoption devrait être, souhaite-t-on dans le milieu pharmaceutique, «accélérée pour organiser ce marché, d’une part, et, d’autre part, assurer la sécurité et la protection des consommateurs». Et de souligner que «la réglementation des compléments alimentaires est considérée aujourd’hui comme une urgence en raison de l’importance que prend la demande».
Les pharmaciens notent que le texte a beaucoup mis l’accent sur les bonnes pratiques de fabrication et les modalités d’enregistrement des produits, aussi bien par les fabricants que par les importateurs. Et ce, au détriment de la commercialisation qui devrait être, espèrent les professionnels, exclusivement du ressort des officines autorisées à délivrer les compléments alimentaires sur prescription ou bien sur conseil.
Un monopole qui est à même de protéger les consommateurs contre les risques des effets secondaires pouvant être parfois graves.
Ce que prévoit le projet de texte…
Les dispositions du projet de loi concernent la fabrication, l’importation et la délivrance des compléments alimentaires par le pharmacien sur prescription ou sur conseil.
Ainsi, il est prévu l’obligation d’avoir une autorisation préalable pour créer un établissement fabriquant ou important des compléments alimentaires, des inspections de ces établissements par l’autorité gouvernementale chargée de la Santé.
Toute distribution des compléments doit être soumise à une autorisation de mise sur le marché et à un contrôle préalable de la qualité. Par ailleurs, le texte dispose que le non-respect de ces dispositions exposerait les responsables des établissements mis en cause à de lourdes sanctions.
Ainsi, ce projet de loi prévoit, dans son article 33, une amende de 20.000 à 90.000 dirhams pour tout responsable d’un établissement de fabrication, d’importation, d’exportation et de distribution des compléments alimentaires, n’ayant pas procédé, préalablement à l’exercice de ses activités, à une déclaration auprès du ministère de la Santé.
Ce même article dispose qu’il est puni d’une amende de 40.000 à 120.000 dirhams tout responsable d’un établissement de fabrication, d’importation ou d’un établissement grossiste répartiteur des compléments alimentaires, qui met sur le marché un complément alimentaire sans avoir procédé au préalable à son enregistrement.
Par ailleurs, le projet de loi contient, afin de protéger la santé des citoyens, un certain nombre de dispositions similaires à celles relatives aux médicaments, telles que l’obligation de signaler tout effet indésirable ou le rappel des produits en cas de problème, sans oublier que l’étiquetage ou la publicité des compléments ne pourra plus faire des allégations thérapeutiques, telles que la prévention ou le traitement de maladies.