Affaires
Ces mesures douanières qui renforcent le «Made in Morocco»
À partir du 1er janvier 2026, de nouveaux droits d’importation entreront en vigueur pour un éventail de produits de consommation, allant de l’électroménager aux panneaux photovoltaïques. Objectif : renforcer la production locale et sa compétitivité. Round-up.
Définitivement adoptée en deuxième lecture à la Chambre des représentants, la Loi de finances 2026 apporte, comme à l’accoutumée, son lot de nouveautés fiscales et douanières. L’analyse de ces dispositions confirme une tendance lourde, entamée depuis quelques années : la volonté du gouvernement de favoriser le «Made in Morocco».
Que ce soit à travers des hausses des droits d’importation sur certains produits finis ou une baisse de ces droits sur les intrants servant à la fabrication de ces produits, le Budget 2026 entérine, en effet, une série de dispositions douanières qui poursuivent un objectif clair : protéger la production locale et ses emplois et encourager l’implémentation de nouvelles unités industrielles, y compris pour la fabrication de produits de niche, a priori anodins, jusqu’ici importés en masse.
Prenons le cas des balais, objet de grande consommation que chaque ménage possède dans un coin de sa maison. Au Maroc, plusieurs entreprises en produisent localement. L’entreprise Brosahel par exemple, qui dispose d’une usine à Had Soualem, a acquis une longue expérience dans la fabrication de balais et brosses domestiques et industriels.
Une autre entreprise, Palmier Brush, dispose, elle, d’une unité industrielle à Bir Jdid, près de Casablanca. Confrontée à une concurrence féroce des importations, la filière nationale de production a droit à un coup de pouce douanier : l’augmentation de 2,5% à 17,5%, du droit d’importation sur les monofilaments en plastique utilisés dans les balais.
Machines à laver et congélos
Les produits électroménagers comme les machines à laver et les congélateurs font également l’objet de nouvelles mesures douanières. La Loi de finances instaure ainsi une augmentation du taux de droit d’importation sur les machines à linge et les congélateurs à usage domestique de respectivement 2,5% et 10% à 17,5%.
L’objectif affiché est de renforcer la compétitivité de la filière de production nationale de ces produits de grande consommation face à la concurrence exercée par les produits importés, notamment de Turquie et de Chine. La mesure bénéficiera à des producteurs locaux, tels que le groupe industriel Manar, fabricant marocain historique d’électroménagers sous la marque Siera, basé à Aïn Harrouda, et encourage l’implémentation de nouvelles unités industrielles dans ce segment.
Parallèlement à la surtaxation des produits finis, et toujours dans la même logique de renforcer la compétitivité des producteurs marocains des appareils électroménagers, le gouvernement a décidé la baisse de 30% à 17,5% des droits d’importation sur les intrants utilisés dans la fabrication des machines à laver semi-automatiques.
Panneaux photovoltaïques
Suivant la même logique, l’industrie nationale des panneaux photovoltaïques bénéficie également d’une barrière douanière, avec l’augmentation de 2,5% à 10% du droit d’importation appliqué aux cellules photovoltaïques assemblées en modules ou constituées en panneaux.
Gros importateur de panneaux solaires, notamment en provenance de Chine, le Maroc souhaite développer sa propre filière de production pour accompagner sa transition énergétique et ses efforts en matière d’efficacité énergétique.
La production locale monte même en puissance, puisqu’en 2024 la capacité annuelle de production locale en panneaux solaires a doublé, atteignant 1 gigawatt. Le Maroc aspire même à intégrer les chaînes de valeur mondiales de cette industrie, en témoigne la convention d’investissement de 8 milliards de dirhams signée récemment avec l’américain Green Power pour la création à Tan-Tan d’une unité de production de polysilicium, un matériau indispensable à la fabrication des panneaux solaires photovoltaïques.
La hausse des droits de douane instaurés par la Loi de finances doit ainsi permettre de renforcer la compétitivité de cette industrie naissante promise à un bel essor, avec la perspective de faire passer le Royaume d’importateur à exportateur de panneaux solaires.
Tests de dépistage rapide
Dans le même esprit de promotion du «Made in Morocco», la Loi de finances instaure, à l’initiative d’un amendement de la CGEM, la mise en place d’un droit d’importation de 17,5%, applicable au dispositif de dépistage rapide. Ainsi, 22 types de tests rapides médicaux (Covid-19, VIH, hépatite, etc.) seront désormais soumis à un droit de douane de 17,5%.
Une mesure qui soutient la souveraineté sanitaire du pays et vise à encourager la fabrication locale de ces dispositifs médicaux, qui se développe depuis la crise sanitaire. Parmi les producteurs locaux les plus en vue, on retrouve la Fondation MAScIR, qui a notamment développé un test 100% marocain de diagnostic moléculaire de l’hépatite C.
On retrouve également le laboratoire Gigalab, qui dispose d’une unité de production implantée depuis 2021 à Had Soualem, au sud de Casablanca. Initialement centrée sur les tests Covid-19, l’entreprise s’est diversifiée et produit aujourd’hui jusqu’à un million de tests VIH par mois, tout en fabriquant une dizaine d’autres tests rapides pour des pathologies majeures. Ces producteurs bénéficieront désormais d’un parapluie douanier qui les protège d’une concurrence déloyale.
Les aérosols aussi
Même les fabricants d’aérosols, produits que l’on retrouve parmi des objets du quotidien comme les inhalateurs ou les déodorants, ont droit à un coup de main douanier, suite à la réduction du droit d’importation de 30 à 17,5% applicables aux boîtes en fonte (canettes en fer blanc), utilisées pour leur fabrication.
L’objectif est d’amoindrir le coût d’acquisition des emballages utilisés dans la fabrication d’aérosols et de permettre à cette industrie de se développer.
Une mesure qui va profiter aux producteurs locaux, dont Cipla Maroc, filiale du groupe indien Cipla, qui dispose à Aïn Al-Aouda d’une usine de production d’inhalateurs pour l’asthme. Les Laboratoires Vilion, autre producteur local, ont, quant à eux, investi à Béni Mellal dans une ligne de production moderne d’aérosols cosmétiques.
La baisse des droits de douane sur le principal intrant permettra à ces industriels de gagner en compétitivité et développer un écosystème robuste autour de cette activité.
