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Cannabis médical : Quinze médicaments seront lancés d’ici la fin d’année

La demande du CBD thérapeutique reste marginale en dépit du lancement, il y a une année, de sa vente libre en pharmacie. Tisanes, compléments alimentaires : l’offre est limitée. Les médicaments, quant à eux, sont inexistants dans les officines. Les médecins, à ce jour, n’en prescrivent pas encore et seulement les patients avertis en demandent…

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Malgré l’engouement initial suscité par l’annonce, faite il y a une année, le marché marocain du CBD à usage médical demeure peu développé. La présence de produits à base de CBD en pharmacie est encore limitée à quelques grandes villes, et l’offre reste restreinte.

Selon des sources informées, quinze produits à base de CBD devraient être autorisés à la mise sur le marché à la fin de l’année 2025. Cela constitue, selon des sources proches du dossier, une avancée concrétisant les ambitions du Maroc de développer et structurer une filière légale et encadrée du cannabis thérapeutique.

Il y a eu un retard pris sur la date initialement annoncée, juin 2024, pour la mise sur le marché des médicaments à base de CBD thérapeutique.
La temporisation du lancement des médicaments est justifiée, explique, Rabii Redouane, urologue et président de l’Association marocaine de la culture et de l’utilisation du cannabis, «car pour les médicaments, et en particulier pour ceux à base de cannabis, la prudence pharmacologique est de mise. Les AMM n’ont pas été délivrées parce qu’il faut procéder à tous les essais afin de prouver l’efficacité médicale de ces produits. Peut-être pour gagner du temps, aurait-il fallu s’inspirer des expériences étrangères !».

Aujourd’hui, les formulations sont en cours de développement, les preuves d’efficacité s’accumulent et les démarches réglementaires s’intensifient.
Du côté des industriels pharmaceutiques, deux laboratoires nationaux se sont déjà positionnés sur ce marché : Pharma 5, qui a développé le premier générique de l’Epidiolex et le premier médicament à base de cannabis destiné au traitement de certaines formes d’épilepsie rebelles chez l’enfant. Le laboratoire Sothema a également développé une quinzaine de médicaments à base de cannabis pour traiter des pathologies douloureuses comme les cancers et la sclérose en plaques.

Peu de demande sur le CBD thérapeutique…
Sur le terrain, on constate encore qu’il est peu développé. Dans les officines, les médicaments n’ont pas encore leur place sur les rayons. Normal, selon Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats des pharmaciens, «car les médecins ne prescrivent pas ces médicaments et très peu de patients connaissent les usages médicaux du cannabis. Donc, on ne peut pas commander ces produits au risque d’avoir des stocks lourds à gérer financièrement. Il faut encore travailler sur la vulgarisation du CBD médical». Dans ce même ordre d’idées, Hachem Tyal, psychiatre, explique que «plusieurs facteurs freinent cette dynamique, notamment un cadre juridique pas suffisamment clair et surtout une information défaillante sur le sujet. Le CBD reste en effet associé, dans la représentation populaire, au THC, donc au hashish avec tout ce à quoi ce terme renvoie».

Actuellement, il est admis à travers les données scientifiques existantes que l’intérêt du produit n’est retrouvé de manière significative que dans les indications suivantes : les épilepsies résistantes, certains types plus spécifiquement, les douleurs chroniques, la spasticité liée à la sclérose en plaques, et les effets secondaires de certains traitements lourds comme la chimiothérapie. Sont évoqués aussi les troubles anxieux et les insomnies, mais avec beaucoup de réserves. Prudent, Dr Tyal avoue : «Je ne prescris pas de produits à base de CBD dans les traitements psychiatriques, car il n’est pas établi scientifiquement que le CBD est d’un apport certain dans le traitement des maladies mentales». Et d’ajouter : «Il y a quelques études qui ont montré une certaine efficacité dans le traitement des troubles du comportement de l’autisme. Mais l’apport dans le traitement des maladies mentales reste donc très insuffisant et controversé.».

Pour structurer et encadrer l’usage médical du cannabis, l’Agence nationale de régulation des activités relatives au cannabis (ANRAC) a initié un dialogue avec les sociétés savantes médicales marocaines afin de définir un référentiel national des usages médicaux potentiels du cannabis et de construire une doctrine marocaine fondée sur l’évidence scientifique adaptée aux réalités locales. Parmi les sociétés savantes, l’Association marocaine de neurologie a été associée à cette réflexion dans la mesure où il est scientifiquement prouvé que le cannabis médical est indiqué dans certaines pathologies. Hicham Otmani, neurologue et président de l’association en cite quelques-unes : «Les épilepsies résistantes, la spasticité résistante au cours de la sclérose en plaques et les douleurs neuropathiques chroniques». Et de souligner que «pour l’heure, il y a très peu de prescriptions, car il faut mettre en place la réglementation et bien encadrer l’usage des produits à base de CBD». Une vigilance s’impose, note Rabii Redouane, président de l’Association marocaine de la culture et de l’utilisation du cannabis, car «il y a un risque de prolifération de compléments alimentaires et leur distribution dans des circuits informels. Il faut vérifier leur composition qui, aujourd’hui, n’est pas spécifiée pour certains produits en vente». De son côté, Pr Otmani alerte sur ce même risque «d’usage informel et non encadré du cannabis en dehors des indications validées et des formulations médicalement contrôlées». C’est pour cela que Tyal estime nécessaire «de clarifier la réglementation, lancer des campagnes de sensibilisation ciblées, surtout auprès de la communauté médicale et les pharmaciens, et promouvoir la recherche nationale. Il est essentiel de vulgariser les connaissances autour du CBD pour rassurer et informer et pouvoir ainsi le mettre à la disposition des personnes qui pourraient en bénéficier».