Affaires
Cannabis légal : Somacan, un intégrateur pionnier de la filière
Implantée à Taounate, l’entreprise développe une approche intégrée, allant de la culture encadrée à la transformation industrielle de la plante. Entre ancrage local et ambition internationale, la société contribue à la structuration d’une filière porteuse de valeur ajoutée, de création d’emplois et d’exportation.
Créée en 2023, Somacan a été l’une des toutes premières entreprises au Maroc à se lancer dans la filière du cannabis légal, dans le sillage de la mise en place par les autorités d’un cadre légal encadrant l’usage du cannabis à des fins industrielles, thérapeutiques et cosmétiques, suite à la promulgation de la loi 13-21. La société, qui emploie une cinquantaine de collaborateurs, a mis sur pied une unité industrielle de transformation, opérationnelle depuis septembre 2024, implantée à Sahel Boutaher, dans la commune de Mezraoua (province de Taounate), au cœur d’une région historiquement liée à cette culture. Elle intègre l’ensemble de la chaîne de valeur, de la culture à la transformation du cannabis, pour des usages industriels, cosmétiques, nutritionnels et thérapeutiques.
«Nous élaborons une gamme diversifiée de produits à base de cannabis, notamment des compléments alimentaires, des cosmétiques naturels et des extraits destinés à un usage thérapeutique et nutritionnel», indique Redouane Ellouzy, directeur général de Somacan. Il s’agit, précise-t-il, de formulations reposant sur des extraits de la plante de cannabis très riches en cannabinoïdes.
Si les semences de CBD sont importées, pour le THC, la société utilise la variété locale dite «Beldia». Pour s’assurer un approvisionnement régulier et de qualité, Somacan a opté pour l’agrégation agricole structurée reposant sur des partenariats avec des coopératives locales. «Nous collaborons aujourd’hui avec plus de 33 coopératives réparties dans les provinces de Taounate, Chefchaouen et Al-Hoceïma. Cela représente 445 ha. L’investissement cumulé à ce jour dépasse les 50 millions de dirhams, reflétant notre engagement fort en faveur d’un développement structuré et durable de cette nouvelle filière», explique Ellouzy. Ce dernier n’a pas manqué de souligner le rôle primordial joué par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) dans l’émergence d’un écosystème durable, et ce, à travers son appui aux coopératives agricoles, la facilitation des investissements des opérateurs agréés et la structuration des filières à haute valeur ajoutée. «Dans les provinces comme Taounate, Chefchaouen ou Al-Hoceïma, l’ANRAC fait du cannabis licite un levier d’attractivité économique, d’emploi local et de développement responsable», se félicité le DG de Somacan.
Depuis 2024, Plus de 25 produits cosmétiques
En attendant, la récolte de cette campagne en septembre pour la variété dite «Roumia», on retiendra que l’an dernier, 430 tonnes ont été globalement récoltées, dont 230 de Beldia et 200 de Roumia destinées à la fois à la fabrication de produits pour la vente locale et à l’export sur le marché international, Somacan a enregistré auprès du ministère de la Santé, depuis 2024, plus de 25 produits cosmétiques (crèmes corporelles et shampoings anti-chute et huiles anti-âge), compléments alimentaires et tisanes.
Les extraits de cannabis sont destinés à la fabrication de produits cosmétiques, de compléments alimentaires, de relaxation ou encore pour des médicaments anti-inflammatoires. Rappelons, par ailleurs, qu’un médicament, Cannabidol, produit par Pharma 5, est déjà en vente en pharmacie.
Ces produits sont, selon Ellouzy, «très prisés à l’étranger pour leur qualité supérieure, car les cultures sont bio, elles se font sans pesticides et seulement avec des engrais naturels». Somacan a débuté son activité export en 2024, et si les volumes exportés sont tenus confidentiels, on retiendra que l’entreprise exporte vers l’Europe (Suisse, Tchéquie, Portugal et Luxembourg) et se positionnera bientôt sur d’autres marchés, notamment l’Allemagne et les USA. Des négociations sont en cours avec des opérateurs de ces deux pays. Des analyses d’échantillons sont effectuées dans 7 laboratoires situés à Casablanca, Mohammédia, Rabat et Salé, et agréés par l’Agence de régulation.
Un potentiel important à saisir
Interrogé sur le potentiel de cette industrie naissante, le DG de Somacan fait état d’une demande croissante, bien que progressive, surtout sur les segments du soin naturel, du bien-être et des solutions alternatives aux traitements classiques. «Le potentiel est important, à condition que le cadre réglementaire continue de se moderniser, de reconnaître les usages thérapeutiques du cannabis et d’accompagner l’innovation dans ce domaine», estime-t-il.
Tout en saluant les efforts déjà consentis par les autorités, le responsable préconise des mesures complémentaires pour accélérer le développement du secteur. Il s’agit notamment de la simplification des procédures d’autorisation, d’enregistrement et de certification, du soutien à la R&D et aux essais cliniques, de la création de mécanismes d’aide à l’export (pour faire du Maroc un hub régional) et un accès facilité au financement, en particulier pour les PME et start-up innovantes du secteur.
54 MDH pour un laboratoire pharmaceutique à Ain Cheggag
Après l’usine de Sahel Boutaher, dédiée à la production de produits cosmétiques et de compléments alimentaires, Somacan a lancé la construction d’un laboratoire pharmaceutique dans la zone industrielle de Ain Cheggag près de Fès. Avec ce projet, monté en partenariat avec des bailleurs de fonds, l’entreprise ambitionne de contribuer à l’essor de la filière du cannabis médical. Les médicaments produits seront destinés au traitement de pathologies chroniques comme le Parkinson, l’Alzheimer ou encore certains types d’épilepsie. La société vise avec cette usine à «approvisionner le marché local mais aussi faire de l’export, d’une part, et, d’autre part, contribuer à la recherche dans ce domaine», souligne Ellouzy. Et d’ajouter que l’unité sera certifiée pour répondre aux exigences des clients par trois organismes : européen, américain et asiatique. Cette triple certification permettra de répondre aux exigences des clients et d’être en conformité avec les normes étrangères, et facilitera la conquête de nouveaux débouchés. L’objectif est de positionner le Maroc comme un leader régional et continental sur ce marché porteur.
