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Batteries électriques : L’écosystème marocain prend forme
En moins de deux années, le Maroc a posé les fondations d’un écosystème de batteries électriques, de bout en bout, se positionnant comme un acteur incontournable d’une industrie en plein boom, dont la taille au niveau mondial va presque tripler en 5 ans.
Le Maroc a bel et bien pris le virage des batteries électriques, dépassant largement le stade des annonces. Que ce soit à Tanger Tech, Jorf Lasfar ou à Kénitra, les premiers projets d’envergure, portés par des géants chinois de la filière des batteries, avancent à grandes enjambées, positionnant le Royaume comme un acteur majeur de la chaîne de valeur de cette industrie au niveau mondial et comme un hub de la mobilité électrique.
À Tanger Tech, les travaux de construction des deux usines du chinois BTR, dédiées à la production d’anodes et de cathodes pour batteries électriques, vont bon train, avec une entrée en production prévue au deuxième semestre de 2026.
À Kénitra, un autre géant chinois, Gotion High Tech, vient tout juste de démarrer les travaux de la future plus grande gigafactory de la région et du continent, qui produira des batteries lithium-fer-phosphate (LFP) pour véhicules électriques.
La première cellule qui sortira de cette usine, en 2026, a même déjà été commandée par le groupe automobile Renault. À Jorf, l’usine de Cobco, fruit du partenariat entre Al Mada et le groupe chinois CNGR, un leader mondial des précurseurs, a déjà démarré ses activités de production de matériaux actifs pour cathodes.
La livraison des premiers précurseurs produits par Cobco a même déjà eu lieu pour un client sud-coréen. Aux côtés de ces projets d’envergure, d’autres, non moins stratégiques, sont en cours de déploiement dans le Royaume, comme ceux de Tinci à Jorf pour la fabrication de composants pour batteries LFP, de SRG Mining à Tanger Tech pour la transformation du graphite, de Hailiang à Tanger pour la fabrication de tiges pour batteries, ou encore de Falcon Energy Materials qui a récemment jeté son dévolu sur le hub de Jorf pour une usine d’anodes à grande échelle, en tandem avec Fluoralpha, une filiale d’InnovX. Bref, c’est tout un écosystème intégré, aux portes de l’Europe, qui est en train de prendre forme, allant du raffinage des métaux de base jusqu’au recyclage des batteries en fin de vie.
Selon le ministère de l’Industrie, le Maroc fera même partie du club très sélect des cinq pays ayant une telle intégration dans l’industrie de la batterie, avec la Corée, la Chine, l’Inde, l’Indonésie. De quoi projeter le Royaume dans une nouvelle dimension industrielle.
Un cocktail unique d’avantages comparatifs
En attirant des leaders mondiaux moyennant des milliards de dollars d’investissement, le Maroc a ainsi réussi le tour de force de s’imposer comme un interlocuteur incontournable pour tout acteur de la chaîne de valeur des batteries électriques.
Tout cela en quelques années seulement. Faisant face à une rude concurrence internationale pour attirer les investissements dans les gigafactories, le pays a su mettre en avant ses avantages comparatifs pour damer le pion à ses concurrents.
Ces atouts ont d’ailleurs fait l’objet d’un exposé détaillé de la part d’Emile Detry, directeur associé de BCG Casablanca. Selon cet expert, outre sa stabilité économique et politique, le Royaume peut s’appuyer sur cinq avantages distinctifs pour devenir un acteur central de l’industrie mondiale des batteries.
Le premier est relatif à la «compétitivité des coûts». En plus de sa main-d’œuvre compétitive et qualifiée, le Maroc propose en effet une logistique optimisée, proche géographiquement de l’Europe, ainsi qu’un écosystème automobile dense, qui permet de développer des contrats d’approvisionnement en batteries et de massifier les volumes.
Cette compétitivité, à laquelle s’ajoute l’accès à une énergie verte très bon marché, parmi les moins chères au monde, est un argument de poids en faveur du Maroc.
Autres avantages mis en avant : les 55 accords de libre-échange conclus par le Maroc, dont ceux noués avec les États-Unis et l’Union européenne, offrent un accès à un marché de plus de 2 milliards de consommateurs.
Selon Emile Detry, deux autres avantages décisifs, qui seront difficiles à répliquer par les pays concurrents, résident dans l’accès à la matière première, d’une part, et les alliances stratégiques nouées par le Maroc, d’autre part.
L’écosystème marocain des batteries peut en effet s’appuyer sur la disponibilité de ressources minérales essentielles à la fabrication de batteries, et en quantité suffisante, pour soutenir tout un écosystème, comme le phosphate, le cuivre, les terres rares, le cobalt, le manganèse, et potentiellement le lithium.
Par ailleurs, au niveau géostratégique, le Royaume a réussi à jouer un rôle pivot, celui de connecteur entre les entreprises chinoises les plus avancées dans le monde en termes de technologies et les grands bassins consommateurs, comme l’Europe, où le règlement européen avait acté l’interdiction de la vente de véhicules à moteur thermique à partir de 2035.
En gros, le Royaume fait valoir des cartes que d’autres pays ne possèdent pas pour émerger rapidement comme un pôle incontournable pour la production de batteries, que ce soit pour équiper les véhicules électriques ou pour les besoins de stockage de l’électricité renouvelable.
Un positionnement qui devrait bientôt s’avérer des plus lucratifs, au vu des projections du marché mondial des batteries lithium-ion.
Un marché de 700 milliards de dollars à capter
Selon les données présentées par Rachid Yazami, scientifique marocain inventeur de l’anode graphite, le marché international connaît une consommation accrue des batteries lithium-ion, avec un taux de croissance annuel moyen de 27% d’ici 2030, pour atteindre une capacité de 4.700 GWh/h, au lieu de 700 GWh/h en 2022, et 1.700 GWh/h en 2025.
Autrement, la taille de ce marché va presque tripler en 5 ans! Une grande partie de cette production est destinée au secteur de la mobilité, tandis qu’une part non négligeable viendra répondre aux besoins croissants de stockage des EnR.
En valeur, ce marché devrait atteindre une taille considérable. Selon Yazami, à 150 dollars le kWh/h, on arrive à une taille de 700 milliards de dollars. Le Maroc est d’ailleurs bien parti pour capter une part importante de ce business.
En étant le seul pays de la région euro-africaine capable de produire un véhicule électrique de la mine à la voiture, le Royaume vise pas moins de 25% du marché mondial, hors la Chine, des batteries pour voitures électriques à l’horizon 2030.
