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Agriculture

Siam 2025. Agro-industrie : Une activité qui transcende la rude adversité climatique

Plusieurs filières de l’industrie agroalimentaire composent avec un changement majeur de paradigme induit par l’exacerbation de la sécheresse au Maroc. Cette industrie qui a enregistré une croissance modérée en 2024 réalise des prouesses à l’export. Décryptage.

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Selon le Haut-commissariat au plan, l’activité industrielle au Maroc devrait enregistrer une croissance de 3,7% en 2025 après une amélioration attendue de 4% en 2024. En revanche, selon les projections de la même source, l’activité de l’industrie agroalimentaire devrait enregistrer une croissance modérée de près de 1,3% en 2025, et une progression de 0,9% en 2024, contre un recul de 0,2% en 2023.

Quelles sont les raisons de cette croissance relativement modeste comparativement au secteur industriel national ? Les difficultés traversées par l’amont agricole au cours des dernières années, marquées par une sécheresse chronique au Maroc, le tarissement des ressources hydriques et la hausse des coûts des intrants, de l’énergie et de la main-d’œuvre, expliquent-elles la croissance timorée de la filière agro-industrielle ?

Hassan Debbarh, DG de l’entreprise de Cartier Saada, spécialisée dans l’industrie agroalimentaire, et Abdelmounim El Eulj, président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri), apportent des éléments de réponse aux ressorts de la résilience de l’industrie agroalimentaire nationale qui n’a pas été épargnée ces dernières années.

Changement de paradigme
La sécheresse que subit le Maroc depuis près de 7 années n’est pas sans conséquences sur le secteur agro-industriel qui représente, selon les chiffres officiels, en moyenne 27,5% de la valeur ajoutée industrielle entre 2019 et 2023 (voir encadré). C’est dire sa centralité pour l’économie nationale. D’ailleurs, selon El Eulj, président de la Fenagri, le secteur qui représente 8% du PIB national et 26% du PIB industriel génère un chiffre d’affaires de près de 185 MMDH (hors transformation de produits de la mer).

Tout en soulignant les qualités de résilience du secteur, avec des performances remarquables à l’export (voir encadré), Debbarh, DG de l’entreprise cotée Cartier Saada, parle d’un changement de paradigme.

«En raison du changement climatique dont la manifestation la plus perceptible est la sécheresse que vit le Maroc depuis plusieurs années, l’industrie agroalimentaire, censée utiliser exclusivement des produits issus de l’agriculture marocaine, est contrainte aujourd’hui, notamment pour certaines filières, de se tourner vers les importations de la matière première», confie, en substance l’industriel.

Concrètement, selon notre source, Cartier Saada, spécialisée dans la valorisation de plusieurs produits agricoles (olives, abricots, artichauts, câpres, oignons, etc.), s’adonne, depuis 3 ans, à l’importation de la matière première afin de poursuivre son activité tournée vers l’export (à hauteur de 96%).
Cette stratégie est qualifiée de mesure intelligente par El Eulj qui estime que les importations de la matière première au cours des dernières années ont permis à certaines filières de l’industrie de ne pas mettre la clef sous la porte.

Le DG de Cartier Saada est formel : nous considérons que l’importation temporaire de la matière première est cruciale pour faire face aux difficultés d’approvisionnement sur le marché local, pénalisé par la sécheresse aiguë et le manque d’eau. Dans ce sens, il appelle les consommateurs et les pouvoirs publics à être davantage conscients de cette donne, laquelle pourrait changer avec l’amélioration des facteurs clés de l’amont agricole qui, selon lui, traverse depuis des années maintenant une période très difficile.

De l’avis du numéro 1 de la Fenagri, les politiques publiques agricoles (plan Maroc Vert, Génération Green) ont eu un effet positif sur certains produits agricoles, pour ne citer que les agrumes, notamment à travers l’économie d’eau. Ce qui, à l’évidence, a contribué à la résilience de la branche de l’agro-industrie.

Toujours au registre de l’amont agricole, Debbarh, qui fait part du retour d’expérience de ses fournisseurs locaux de produits agricoles, évoque une triple peine, à savoir la hausse des prix des intrants, la contraction des rendements, ainsi que la disparition de certaines opportunités, en raison des stratégies de dumping ou de dévaluation de certains pays.

Il importe de préciser que pour l’exercice social 2023-2024, Cartier Saada a annoncé un chiffre d’affaires annuel en progression de 3,9%, à 253,4 MDH. Malgré les défis de l’amont agricole, l’entreprise qui s’inscrit dans une trajectoire de croissance, entame 2025 avec un projet d’augmentation de capital de 40 MDH. Et ce, pour accroître sa capacité de résilience face aux difficultés liées à l’amont agricole, à la hausse des coûts de la matière première et à d’autres paramètres propres aux entreprises exportatrices (fluctuation de devises, politiques monétaires de pays concurrents, etc.).

Ces leviers de résilience
De l’avis de nos deux sources, l’État prête une oreille attentive aux doléances des acteurs agro-industriels. C’est dans ce sens que le gouvernement, en concertation avec les groupements professionnels, a mis en place un mécanisme facilitant l’importation d’huile d’olive (en suspension de droit de douane et de TVA), en raison du tassement de la production d’olives (-40% par rapport aux moyennes des années normales).

Le gouvernement qui travaille en étroite collaboration avec la Fenagri n’hésite pas à recourir aux mécanismes de défense commerciale afin de préserver le secteur agro-industriel national d’une concurrence étrangère déloyale. L’exemple le plus récent est l’application d’un droit antidumping de 29,93% pour une durée de 5 ans à la tomate concentrée égyptienne.

L’autre levier sur lequel comptent s’appuyer les industriels de l’agroalimentaire, fédérés par la Fenagri, a trait aux mesures contractuelles. Des contrats-programmes 2026-2027 devraient être signés avec le gouvernement.

Ces mécanismes qui permettront à la fois de soutenir l’amont agricole et de subventionner des secteurs agro-industriels qui en ont besoin. De plus, pour renforcer la compétitivité du secteur face aux importations massives, des mesures de restrictions quantitatives, de renforcement des contrôles sanitaires ainsi que de mise en place de normes marocaines spécifiques (barrières non tarifaires) pourraient être prises.


Fiche synthétique des industries alimentaires
2.000 entreprises actives dans le secteur des industries alimentaires.
210.000 emplois créés.
185 MMDH de chiffre d’affaires, dont 83,14 MMDH, à l’export.
9,6% du total des exportations (soit une valeur de 43 MMDH) est constitué de produits agroalimentaires transformés.
46% d’augmentation des exportations du secteur.
66% des exportations de la filière sont captés par l’Europe.