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Agriculture

Siam 2025. Abdelmounim El Eulj : «Les importations ont permis d’éviter de grandes perturbations de la production»

Industriel chevronné dans le domaine de l’industrie agroalimentaire, le président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) décortique les principaux enjeux d’un secteur qui attend beaucoup du contrat-programme 2025-2026.

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La sécheresse des sept dernières années a bridé la croissance de l’industrie agroalimentaire qui affiche une grande résilience. Le secteur fait face à une âpre concurrence aussi bien à l’export que sur le marché local. Éclairage.

Quel est le poids de l’industrie agroalimentaire en termes de chiffres d’affaires et de PIB ?
L’industrie agroalimentaire marocaine occupe une place centrale dans le tissu économique national, grâce essentiellement à sa diversité et à son rôle crucial dans plusieurs domaines, à savoir la satisfaction des besoins alimentaires des consommateurs.

L’agro-industrie représente environ 26% du PIB industriel et 8% du PIB national. Je tiens tout de même à préciser que ces chiffres n’intègrent pas la transformation des produits de la mer. Au total, la filière génère un chiffre d’affaires de 185 MMDH.

Quel a été l’impact des 7 années de sécheresse sur le secteur ?
Il y a plusieurs facteurs d’évaluation des contraintes de l’impact de la sécheresse au niveau de la transformation des produits agricoles dans notre pays. Le premier concerne les importations des produits agricoles, avec le cas des importations de l’huile d’olive, des olives et parfois de quelques fruits et légumes.

D’ailleurs, ces importations ont permis d’éviter de grandes perturbations au niveau de la production des branches d’activité concernées de l’industrie agroalimentaire et de renforcer sa résilience.

De plus, il faut souligner que les politiques agricoles (plan Maroc Vert, Génération Green) ayant permis de fortes optimisations dans l’utilisation de l’eau d’irrigation ont contribué à la réalisation de certaines améliorations de productions agricoles, telles que le cas des agrumes, par exemple, lesquels ont réalisé de bonnes performances à l’export.

Ceci dit, les performances de l’industrie agroalimentaire seraient meilleures avec une pluviométrie plus favorable.

Quid de la compétitivité du secteur, et quelle est votre appréciation de l’impact de l’évolution des coûts des facteurs de production de l’amont agricole ?
Au niveau du marché de bouche, je dirais que pour tout ce qui est fruits et légumes, l’impact en toute clarté, de l’évolution des coûts des semences, de l’énergie et de la main-d’œuvre, n’a pas été important, et ce, grâce essentiellement à des mesures prises par l’État à ce sujet, car l’élément déterminant c’est l’eau.

Concernant la compétitivité, il faut savoir que pour le marché à l’export, les produits alimentaires sont standardisés pour les sociétés spécialisées dans la transformation des produits agricoles.

En clair, les prix sont transparents et standardisés au niveau de Chicago et Rotterdam.
En revanche, pour les produits agroalimentaires locaux, la menace et la concurrence déloyale émanent des pays comme la Chine et la Turquie qui ne se limitent pas seulement à financer les facteurs de production de leurs entreprises agro-industrielles.

Ces États octroient à leurs entreprises des subventions pour les équipements, le transport et la logistique. De telles pratiques pénalisent les opérateurs locaux.

Comment la Fenagri s’organise-t-elle pour faire face à cette concurrence ?
La menace pour les entreprises marocaines est très importante au niveau du marché local et à l’export. Au niveau du marché local, notamment pour les produits frais, elle est moindre.

Toutefois, pour faire face à la rude concurrence sur les marchés étrangers, la Fenagri travaille avec l’Administration concernée pour la signature du contrat-programme 2025-2026 (déjà ficelé) pour renforcer l’industrie agroalimentaire. En outre, il sera aussi question, entre autres, de mettre en place des mécanismes tels que des subventions pour des branches agro-industrielles menacées à l’export.

Dans l’optique de limiter les importations massives, le déploiement des mesures de restriction quantitatives, le renforcement du contrôle sanitaire et l’instauration de barrières non tarifaires à travers la création des normes marocaines spécifiques pourront porter leurs fruits.
En somme, il existe plusieurs moyens pour préserver la compétitivité des opérateurs marocains.

Avec le recul, il faut admettre que les accords de libre-échange comprenant une franchise totale, conclus par le Maroc avec plusieurs pays, n’ont pas suffisamment pris en compte la question de la préservation de la compétitivité de l’industrie marocaine.

Pour rectifier le tir et éviter que notre économie soit pénalisée en raison de son ouverture, tous les acteurs concernés, à savoir les pouvoirs publics (ministères) et les opérateurs économiques marocains doivent travailler de concert.

Justement, la tomate concentrée égyptienne a fait l’objet de mesures antidumping de la part du ministère de l’Industrie et du commerce. Quel est votre avis sur ces mesures ?
C’est une décision que nous saluons au niveau de la Fenagri. La mesure antidumping permet aux opérateurs marocains de faire face à la dévaluation de la monnaie égyptienne, tout en réduisant l’écart de compétitivité avec les entreprises égyptiennes sur le marché local. Je constate que les barrières tarifaires et la possibilité de créer un prix de référence à l’importation nous ont permis de gagner en compétitivité sur le marché local de la tomate concentrée.

Pour la question de l’eau qui est essentielle pour la pérennité de l’industrie agroalimentaire, notre pays est appelé à accélérer le déploiement du dessalement de l’eau de mer et le programme de transfert des eaux entre bassins. En comblant ce gap, le pays sera en mesure d’accroître ses capacités de périmètres irrigués. Ce qui sera bénéfique à l’agriculture et à l’industrie agroalimentaire.