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Agriculture

SIAM 2024 : Ressources hydriques, la rationalisation en marche

Le Maroc prend à bras-le-corps la question devenue structurelle du déficit hydrique. En plus de l’équipement de superficies à l’irrigation, des stations de dessalement sont en cours de réalisation. Le but est de relever les défis majeurs de la raréfaction de cet or bleu.

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Il n’est nul doute que les récentes pluies, bien que tardives, sont bénéfiques à certaines cultures. En effet, les légumineuses, les cultures printanières, l’olivier, l’arboriculture, ainsi que le pâturage peuvent toujours rattraper leur déficit.

En revanche, la production des céréales n’est plus récupérable. D’ailleurs, les récentes prévisions de Bank Al-Maghrib tablent sur une campagne céréalière limitée à 25 millions de quintaux, contre des réalisations de 55,1 millions une année auparavant et 70 millions en moyenne lors d’une année normale. «Et quand bien même la banque centrale n’aurait pas pris en compte l’effet de ces dernières pluies dans son diagnostic, la situation ne changerait pas drastiquement, puisque les céréales ont besoin de pluies automnales. Une pluviométrie intervenue vers fin mars ne pourrait sauver la mise que légèrement», nous confirme un ingénieur et agriculteur.

Cela dit, la nappe phréatique et les barrages devraient bénéficier de ces pluies. Le taux de remplissage global a atteint 32,86% en date du 15 avril, avec toutefois des disparités. Le bassin du Loukkos, par exemple, a pointé à 63,8% avec un volume de 1.099 millions de m3, au moment où celui d’Oum Er-Rbia n’en est qu’à 7,3% avec 362 millions. Le bassin de Sebou, lui, a atteint un taux de 51%, soit un volume de 2.841 millions de m3. C’est dire que le Maroc est toujours loin de résorber le déficit hydrique consécutif aux six dernières années de sécheresse. Et le gouvernement devrait poursuivre ses efforts tant dans la rationalisation de la consommation de l’eau que dans l’élargissement des superficies irriguées ou encore le développement de nouvelles technologies visant l’optimisation des ressources aquatiques dans l’agriculture.

Des challenges à relever
Le gouvernement s’est fixé l’objectif d’atteindre un million d’hectares de superficie irriguée d’ici à 2030, sachant que le potentiel irrigable s’établit à 1.680.000 hectares. Actuellement, la superficie totale irriguée est de 824.000 ha, soit un taux de réalisation de plus de 80%.
Une belle prouesse certes, qui témoigne de l’engagement du Maroc dans son processus de limitation des pertes d’eau destinée à l’irrigation et de son utilisation rationnelle, mais le déficit hydrique est tel que l’approvisionnement en eau se réduit comme peau de chagrin. En effet, les fournitures d’eau à l’irrigation à partir des grands barrages sont passées d’une moyenne de 3 milliards de m3 accordées annuellement en année normale, à près de 680 millions de m3 entre 2023 et 2024, soit une baisse de 77%. Ce qui situe le taux de couverture à 13% à peine des besoins en eau des périmètres irrigués en grande hydraulique.
Les défis et les enjeux futurs sont considérables pour ainsi dire. Le premier concerne, de manière générale, la sécurité hydrique du pays, notamment la résorption du déficit en eau structurel constaté dans les principaux bassins agricoles irrigués. «À l’exception des bassins du nord (Loukkos et Sebou) qui disposent de ressources d’eau permettant de satisfaire la demande en irrigation, les autres périmètres irrigués, dont notamment Moulouya, Doukkala, Tadla, Haouz, Souss-Massa, Tafilalet et Ouarzazate enregistrent des déficits structurels en eau», nous apprend le ministère de l’Agriculture. Pour ces périmètres déficitaires, les volumes d’eau effectivement alloués à l’irrigation sont de loin en deçà des volumes prévus par les documents de la planification.
L’autre défi est celui de l’atténuation de la compétition inégale entre la satisfaction de l’irrigation et des autres usages dont les demandes sont en forte augmentation. L’une des caractéristiques essentielles de l’utilisation de l’eau au Maroc réside dans la difficulté du secteur agricole à assurer sa résilience face aux aléas climatiques et la sécurité alimentaire du pays, dans un modèle où l’allocation de l’eau à l’agriculture est de plus en plus incertaine. Ce secteur supporte en réalité tout le déficit en vue de garantir la satisfaction des besoins des autres usages sans restrictions même en situation de pénurie extrême.

Enfin, le dernier défi réside dans une plus grande adaptation aux changements climatiques dont les effets se traduisent par davantage de réduction des ressources hydriques régularisées par les barrages. Ce qui entraîne une aggravation des déficits hydriques déjà enregistrés dans les périmètres d’irrigation et une forte pression sur les nappes.

Des chantiers structurants
Plusieurs chantiers importants sont engagés pour accélérer les investissements de mobilisation de l’eau de nature à atténuer la compétition entre les usages et surtout sécuriser les ressources en eau.

Il s’agit particulièrement de la poursuite du développement de nouveaux barrages dans les bassins qui disposent encore d’un potentiel de mobilisation (bassins Loukkos, Sebou et Bouregreg), l’interconnexion des bassins (Sebou-Bouregreg-Oum Er Rbia-Tensift, Loukkos-Tangérois) pour mobiliser le maximum des eaux actuellement perdues en mer, l’approvisionnement en eau des grandes villes côtières par dessalement de l’eau de mer et le développement des projets d’irrigation par dessalement d’eau de mer, destinés essentiellement à la production des fruits et légumes.

 


28.000 ha bientôt totalement irrigués par le dessalement
Le gouvernement ne ménage pas d’efforts pour couvrir les besoins en irrigation des agriculteurs. Après la station de dessalement d’Agadir, mise en service en 2022, permettant la sécurisation de 15.000 hectares dans la région de Chtouka, avec un apport en eau de 125.000 m3/jour et profitant à 1.500 exploitations agricoles, deux autres stations sont en cours de lancement. Celle de Dakhla, dont les travaux devraient s’achever en 2025, devra assurer l’approvisionnement en eau de 5.000 ha. Avec un volume annuel de près de 30 millions de m3 d’eau, la production annuelle de primeurs est estimée à plus de 415.000 tonnes et la valeur ajoutée annuelle à plus d’un milliard de dirhams. La station de dessalement du Grand Casablanca, elle, a une capacité de traitement de 300 millions de m3 à l’horizon 2030, dont 50 millions destinés à l’agriculture, et devra irriguer 8.000 ha.