Agriculture
Chaîne de valeur du mouton : Un dirham sur trois va aux intermédiaires
Avec les engraisseurs, ce sont les intervenants qui décident du prix final. Pour limiter leur impact et sévir contre la spéculation, le gouvernement vient de lancer une série de mesures.
Dans la chaîne de valeur du mouton de l’Aïd, deux maillons, situés entre l’éleveur et le consommateur, accaparent une bonne partie de la valeur ajoutée. Les engraisseurs (non-éleveurs) et les intermédiaires.
Les premiers entrent en jeu environ trois mois avant l’Aïd, les seconds quelques jours avant. Leur rôle est déterminant dans la fixation du prix final du mouton. Les engraisseurs mettent souvent en avant la cherté des aliments de bétail pour justifier leurs marges.
Une enquête publiée il y a quelques jours donne plutôt crédit à leurs propos. Elle révèle que les aliments du bétail représentent environ 65% du coût de production du kilogramme de viande rouge, et peuvent parfois atteindre 70%.
Et que «le prix des aliments composés est passé d’environ 2,8DH le kg avant la crise de 2022 à 4,5 ou 5 DH pendant la crise, puis s’est stabilisé en 2025 autour de 4 DH le kg». Or, pour les engraisseurs spécialisés dans le mouton de l’Aïd, il faut compter 1,5 kg d’aliments composés par jour pendant 90 jours. Il se trouve justement que le marché marocain des aliments de bétail est marqué par une forte dépendance aux importations de matières premières (soja et maïs).
Le dernier maillon de la chaîne, avant d’arriver au consommateur, est composé des intermédiaires de tout genre. Ces derniers raflent près de 34% du prix de l’animal et leurs pratiques font l’objet d’une série de mesures réglementaires annoncées par le chef du gouvernement, lundi 18 mai, «afin d’éviter la hausse injustifiée des prix».
Ces mesures temporaires et préventives ont été instaurées pour garantir la transparence des transactions dans les espaces de vente des moutons destinés au sacrifice et, selon l’arrêté publié par le chef du gouvernement, «endiguer toute forme de spéculation et de monopole, ainsi que toutes les pratiques illégales».
Interdiction de vente en dehors des espaces aménagés (souks et marchés), interdiction de revente sur place, interdiction de stockage et tenue d’un registre des vendeurs et de nombre de têtes mises en vente dans chaque espace, entre autres mesures.
L’objectif, est-il précisé, est de faire face à toutes les pratiques de nature à porter atteinte aux règles de la concurrence loyale ou à compromettre l’équilibre naturel du marché. Et surtout sans recours aux pratiques de «régulation de marché», qui font désormais partie d’un passé révolu.
Cela étant, pour reprendre la chaîne de valeur, une étude réalisée par le cabinet Vivae Capital (mai 2026), détaille la marge bénéficiaire de chacun de ces maillons. Ainsi, pour un mouton vendu 5.000 dirhams à un ménage casablancais, la phase naissance et engraissement représente environ 2.700 dirhams, soit 54%.
La marge éleveur est de l’ordre de 600 dirhams, soit 12%. L’intermédiation rurale et la logistique coûtent 1.100 dirhams, soit 22%. La marge souk urbain représente 600 dirhams, soit 12%. Ce qui fait que l’intermédiation totale (“chenaqas”, transporteurs, parqueurs, intermédiaires de souk urbain) capte environ 1.700 dirhams, soit 34% du prix payé par le ménage.
