Agriculture
Aménagements hydroagricoles : Des acquis substantiels
La superficie équipée en irrigation localisée, une technique efficace et économe en eau, a atteint 900.000 ha en 2025, soit près de 55% de la superficie irriguée. Bilan d’un chantier à fort impact.
Au cours des dernières décennies, le Maroc a engagé une politique volontariste de mobilisation des ressources en eau, reposant sur la mise en place d’importantes infrastructures hydrauliques, comprenant plus de 156 grands barrages et le déploiement d’un vaste programme d’aménagements hydroagricoles.
Cette stratégie a conduit à des acquis substantiels, se traduisant par une progression significative des superficies aménagées par les soins de l’État qui dépassent le million d’hectares à ce jour.
«La Vie éco» a interpellé le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts sur les principales avancées relatives aux chantiers des aménagements hydroagricoles. Sachant que les stratégies agricoles successives, notamment le Plan Maroc Vert, puis la stratégie Génération Green 2020-2030, ont fait de l’irrigation un levier central du développement agricole et de la sécurité alimentaire.
Le département de l’Agriculture a également apporté des éléments de réponse concernant les projets d’aménagements hydroagricoles qui sont dans le pipe pour la période 2026-2030.
Un effort d’investissement de 50 MMDH
Au sujet des projets d’aménagements hydroagricoles ainsi que des investissements prévisionnels sur la période 2026-2030, notre source indique que les projets à venir s’inscrivent pleinement dans la stratégie Génération Green 2020-2030. Cette dernière prévoit un effort d’investissement conséquent de près de 50 MMDH, spécifiquement destinés au développement de l’irrigation et à la modernisation des aménagements hydroagricoles.
Le projet d’aménagement hydroagricole de la zone est et sud de la plaine du Gharb, portant sur 30.000 ha, et celui d’Ouljet Essoltane sur une superficie de 1.800 ha au profit de 200 agriculteurs font partie des projets structurants programmés dans le cadre de la stratégie Génération Green.
À cela s’ajoutent le projet d’aménagement hydroagricole du périmètre Ait Ziat sur une superficie de près de 17.000 ha et celui du périmètre Douirane relevant de la province de Chichaoua, région Marrakech–Safi, d’une superficie irriguée estimée à 3.600 ha.
Une nouvelle vision dans le pipe
Le ministère de l’Agriculture est formel : en matière de projets hydroagricoles associés aux stations de dessalement de l’eau de mer, le projet emblématique qui incarne la nouvelle vision de l’aménagement hydroagricole au Maroc est celui de la création du nouveau périmètre irrigué de Dakhla, dont la mise en eau est prévue au cours de 2026.
«Ce chantier structurant porte sur l’aménagement de 5.200 ha, alimentés par une station de dessalement de l’eau de mer adossée à un parc éolien. Il constitue un modèle innovant et intégré, aux impacts multidimensionnels, illustrant parfaitement l’engagement du Maroc à promouvoir le nexus eau-énergie-alimentation, renforçant ainsi la résilience de l’agriculture irriguée face aux effets du changement climatique», explique-t-on en substance.
Il est utile de souligner que la tutelle prévoit le lancement de plusieurs chantiers structurants d’aménagement hydroagricole associés aux stations de dessalement de l’eau de mer, notamment dans les régions de Guelmim-Oued Noun et Souss-Massa.
Le renforcement de l’irrigation par dessalement de l’eau de mer dans les périmètres irrigués existants souffrant d’un déficit hydrique structurel, notamment dans les bassins de la Moulouya, de Souss-Massa et d’Oum Erbia, est également envisagé.
En résumé, ces projets s’inscrivent dans un objectif stratégique clair à l’horizon 2030 : doubler la valeur ajoutée créée par mètre cube d’eau mobilisé.
L’irrigation localisée gagne du terrain
D’après le ministère de tutelle, sur le plan des réalisations concrètes, les avancées sont significatives. La superficie équipée en irrigation localisée (technique efficace et économe en eau), qui ne dépassait pas 160.000 ha avant 2008, a atteint 900.000 ha en 2025, soit près de 55% de la superficie irriguée à l’échelle nationale.
Parallèlement, notons que plusieurs chantiers d’aménagement hydroagricole ont été engagés, portant à la fois sur la modernisation des réseaux d’irrigation existants et sur l’extension des surfaces irriguées par la création de nouveaux périmètres à l’aval des nouveaux barrages.
Selon notre source, ces périmètres portent sur une superficie globale de 124.000 ha, dont environ 53.000 ha sont déjà opérationnels. À titre d’exemple, il y a lieu de citer les périmètres aménagés durant la période 2010-2020 sur une superficie de 33.200 ha (répartie au niveau de plusieurs régions du Royaume), la première tranche du projet de sauvegarde de la plaine du Saïss, portant sur 10.000 ha, mise en service durant l’été 2025, ou encore le projet d’aménagement hydroagricole de la plaine de Boudnib, associé au barrage Kaddoussa.
Il concerne une superficie de 5.000 ha au profit d’environ 1.420 exploitations agricoles. Il importe de préciser que ces projets ont un impact socioéconomique majeur, en termes d’amélioration des revenus agricoles et de création d’emplois, notamment au profit des petites exploitations familiales qui représentent plus de 80%.
300.000 ha sauvegardés dans les périmètres de la PMH
Pour leur part, les programmes de réhabilitation des réseaux d’irrigation dans les périmètres de la petite et moyenne hydraulique, en particulier dans les zones montagneuses et oasiennes, ont permis de sauvegarder près de 300.000 ha, au bénéfice d’environ 140.000 petites exploitations agricoles.
Ces interventions ont contribué à la préservation du patrimoine irrigué et des infrastructures hydrauliques traditionnelles, notamment les khettaras, face aux risques liés au déficit hydrique.
Elles ont également, selon la tutelle, favorisé l’amélioration des conditions de vie des populations agricoles et rurales, soutenu l’émergence d’une classe moyenne agricole et renforcé la résilience de la petite agriculture irriguée face aux effets du changement climatique.
Par ailleurs, le premier PPP d’irrigation au Maroc, mis en œuvre au niveau du périmètre d’El Guerdane et opérationnel depuis 2009 dans la région du Souss-Massa, a permis de sauvegarder près de 10.000 hectares d’agrumes et d’enregistrer des résultats probants en matière d’efficience du réseau, de qualité de service et de durabilité des infrastructures.
D’après le département de l’Agriculture, le modèle du PPP a également permis de concrétiser la première expérience d’irrigation agricole au Maroc à partir du dessalement de l’eau de mer, au niveau du périmètre de Chtouka.
Pour rappel, le projet de sauvegarde du bassin primeuriste de Chtouka, mis en eau en 2022, a permis, entre autres, de sécuriser l’irrigation de près de 15.000 hectares de cultures à haute valeur ajoutée, de préserver environ 9 MMDH d’investissements agricoles et de maintenir l’emploi sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.
Un écosystème en mesure d’assurer l’autosuffisance nationale
Concernant l’expertise du Maroc en matière d’aménagement hydroagricole, notre source explique que les différentes stratégies agricoles mises en œuvre par le pays ont fortement contribué à l’émergence d’un véritable écosystème autour de l’agriculture irriguée, aujourd’hui en plein développement.
Notons que cet écosystème couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’ingénierie et le conseil jusqu’aux entreprises de travaux, d’équipement, d’exploitation et de maintenance.
D’après le ministère de l’Agriculture, grâce à l’expérience accumulée dans la réalisation des programmes d’irrigation, cet écosystème est désormais en mesure d’assurer une autosuffisance nationale dans plusieurs domaines, pour ne citer que la conception, la mise en œuvre des projets hydroagricoles, la maintenance, le renouvellement et la gestion des équipements, ainsi que l‘introduction et la diffusion d’innovations technologiques.
La mise en œuvre des programmes d’irrigation a non seulement permis l’extension et la modernisation des périmètres irrigués, mais a également posé les bases d’un savoir-faire national capable d’innover, de se projeter à l’international et de contribuer durablement à la résilience de l’agriculture marocaine face aux changements climatiques.