SUIVEZ-NOUS

Affaires

Agadir : Une embellie toujours en trompe-l’œil

Les hausses en arrivées et en nuitées ne reflètent pas la réalité du secteur. La station balnéaire tourne à deux vitesses. Le taux d’occupation dans la destination, qui reste inférieur à 60%, ne décolle pas depuis 20 ans.

Publié le


Mis à jour le

La destination Agadir et région continue à enregistrer une augmentation de chiffres au niveau de son activité touristique. En février 2024, les arrivées totales réalisées dans les établissements d’hébergement touristique classés ont enregistré une augmentation de +18,05% par rapport à février 2023 et +21,15% par rapport à février 2019. Au cours de la même période, les nuitées totales réalisées dans les établissements d’hébergement touristique classés ont enregistré également une hausse de +16,02% par rapport à février 2023 et +8,46% par rapport à février 2019. S’il faut se réjouir de ce regain d’activité, ces performances ne reflètent pas cependant la réalité du secteur dans la destination qui continue à fonctionner à deux vitesses.

Outre les nombreux hôtels fermés dans la station balnéaire d’Agadir, la hausse des arrivées et des nuitées ne profite pas à tous les établissements. Seuls quelques hôtels enregistrent un véritable taux d’occupation. En février dernier, le taux d’occupation moyen enregistré dans les hôtels classés de la destination était de 57,74%, soit une augmentation de +8,83 par rapport à 2023 et +7,60 par rapport à 2019 (53,66% en 2019 et 53,06% en 2023). Sur les vingt dernières années, le taux d’occupation moyen de la station balnéaire est resté bas, inférieur à 60%. Et ce, malgré une évolution des arrivées comme des nuitées tout au long de cette période. Les chiffres enregistrés de 2005 à 2023 révèlent un taux d’occupation moyen de 48%. Une capacité effective ou véritablement opérationnelle, en deçà de ce que compte comme chambres la destination, serait un des éléments à l’origine de cette situation. En raison de leur vétusté, beaucoup d’hôtels ont fermé leurs portes et beaucoup d’autres maintiennent une activité au ralenti.

Aussi, selon les professionnels, bien qu’Agadir compte 29.935 lits, la capacité réellement opérationnelle ne dépasserait pas 19.000 lits. Le taux d’occupation des unités hôtelières est aussi impacté par la baisse tendancielle de la durée moyenne de séjour qui était en février dernier de 4,18 contre 4,29 en février 2023. «Dans les années 80/90, la durée moyenne de séjour était entre 8 et 9 jours, puis a chuté à 7/8 lors de la période 1990-2000, ensuite à 6 par la suite, pour être en deçà de 5 actuellement», déplore un professionnel.

des leviers à renforcer, d’autres à revoir…
Comment redonner du souffle à la destination ? C’était justement le sujet au cœur du débat d’une table ronde organisée la semaine dernière à Agadir par la coordination préfectorale du parti du RNI avec la participation de professionnels du tourisme de la destination. Objectif : dresser les contours d’une stratégie régionale du secteur du tourisme de manière concertée. Pour les professionnels, il y a beaucoup à faire pour doper l’activité touristique de la destination. Le renforcement de l’aérien est une action de premier plan auquel il faut s’attaquer, ne cessent-ils de marteler à chaque rencontre et à juste cause. La desserte aérienne a enregistré un important recul, notamment sur les marchés traditionnels émetteurs d’Agadir (UK, Allemagne, NL, Scandinavie…). «La liaison Agadir-Paris mise en place deux fois par jour il y a quelques années par la compagnie nationale est passée à seulement quatre vols par semaine», lance dans ce contexte un hôtelier. Il apparaît donc nécessaire de remettre le focus sur les marchés porteurs d’Agadir pour aller de l’avant.

Le développement de la destination ne pourra se faire aussi sans un renforcement de la capacité litière. «Il y a trop d’hôtels fermés et les établissements ouverts qui offrent un produit de qualité sont pleins. Aussi, les TO ne trouvent pas de produits à commercialiser», expose un acteur du secteur. Pour mieux vendre Agadir et sa région, il y a aussi un effort à faire au niveau de son branding et de son animation. Il faut, en effet, de l’avis des professionnels, mieux marketer la destination, ses plages et son arrière-pays, pas assez mis en avant.

Pour tout cela, les opérateurs privés de la destination appellent à une démarche en convergence entre politiques et professionnels. Institutionnels, élus et tissu économique doivent se mobiliser ensemble pour réinventer le produit Agadir. Avec des atouts naturels indéniables, la destination est un produit résilient qui peut redevenir une station balnéaire de premier ordre. Il suffit que les institutionnels tout autant que les professionnels acceptent le changement et s’investissent pour le réussir.

Le programme de développement urbain, le programme de rénovation des unités hôtelières, les projets de mise à niveau des plages, des spots et des centres émergents (sites emblématiques et circuits), l’accompagnement des jeunes porteurs de projets touristiques sont autant de preuves que la volonté est là pour redorer le blason de la destination et la booster. Les maux dont souffre Agadir et sa région depuis trop longtemps sont connus. Nul besoin d’y revenir. Il est plutôt plus urgent d’agir pour y remédier. Institutionnels comme professionnels sont concernés.