SUIVEZ-NOUS

Affaires

Aéronautique : La maintenance, nouveau cheval de bataille

Restée relativement à l’écart de l’essor de l’industrie aéronautique nationale, la MRO est désormais au cœur des préoccupations des professionnels du secteur. Objectif : faire du Maroc un hub régional incontournable dans cette filière. Pour cela, l’offre de formation se met au diapason.

Publié le

MRO : trois lettres qui sont sur toutes les lèvres au sein de l’écosystème aéronautique marocain. Ces initiales désignent les activités de maintenance, de réparation et de révision (Maintenance Repair & Overhaul, en anglais) des avions. Une activité réglementée, obligatoire et périodique, qui revêt un caractère crucial, puisqu’elle est garante de l’intégrité et de la sécurité des aéronefs. Cette filière connaîtra une forte croissance dans les prochaines années, dans le sillage du boom des commandes d’avions lancées par les plus grandes compagnies aériennes au sortir de la crise sanitaire. D’après l’étude 2024-2034 du cabinet Oliver Wyman, la flotte mondiale devrait grossir d’un tiers d’ici 2034, pour dépasser 36.400 avions commerciaux.
Dans son sillage, l’activité de maintenance, réparation et révision générale devrait s’étoffer de près de 20%, à 124 milliards de dollars. Pour un pays comme le Maroc, qui aspire à devenir un hub de l’industrie aéronautique, «une telle opportunité ne peut être gâchée», répètent en chœur les professionnels marocains.

Il faut reconnaître que les activités de maintenance font quelque peu figure de parent pauvre du secteur aéronautique au Maroc, et la filière n’a pas réellement profité de l’essor qu’a connu cette industrie ces 20 dernières années. Pourtant, la MRO a été identifiée par les pouvoirs publics dès 2015 comme l’un des quatre écosystèmes aéronautiques mis en place dans le cadre du plan d’accélération industrielle en 2015, aux côtés des filières de câblage, usinage et ingénierie. Si les deux premiers ont décollé et ont fait office de locomotives du secteur, permettant de générer un chiffre d’affaires à l’export de plus de 22 milliards de dirhams, avec des croissances annuelles à deux chiffres, la MRO, elle, demeure en deçà des attentes, alors même qu’elle présente le plus grand potentiel pour le Maroc.

De l’avis des professionnels, les principaux écueils sur lesquels bute cet écosystème sont liés à des problématiques de foncier (les opérations de maintenance nécessitent d’imposants hangars, bien situés), mais aussi de formation de mécaniciens en nombre suffisant.

La formation, nerf de la guerre
Raison pour laquelle les bouchées doubles ont été mises sur le plan de la formation, considérée comme un levier clé pour permettre à la plateforme aéronautique nationale de capter les opportunités offertes par les activités de maintenance et d’attirer de nouveaux investisseurs dans ce domaine. L’intérêt est aussi d’assurer une montée en compétence des ressources humaines marocaines, les métiers de la MRO étant plus complexes et techniques que ceux de l’assemblage et nécessitent des compétences hautement qualifiées.

Le Maroc ne part pas d’une feuille blanche certes, car il dispose déjà d’instituts de formation de premier plan bien rodés, à savoir l’IMA (Institut des métiers de l’aéronautique), et l’Ismala (Institut spécialisé dans les métiers de l’aéronautique et de la logistique aéroportuaire, relevant de l’OFPPT). Mais il s’agit maintenant de densifier l’offre de formation de mécaniciens de maintenance. Un premier pas important dans ce sens a été franchi en décembre dernier, avec la signature d’un mémorandum d’entente pour l’établissement d’un partenariat entre l’OFPPT et le Gimas pour la création d’une société commune pour la gestion de l’Ismala, nommée Ismala S.A. Ce partenariat, qui place les professionnels du secteur aéronautique au centre de la gestion de l’Institut, permettra d’assurer une meilleure adéquation entre formation et emploi dans le domaine de la maintenance aéronautique et de répondre ainsi aux besoins en compétences de cet écosystème. Afin de booster la filière MRO, un objectif de 500 jeunes formés par an a été fixé, contre environ 120 actuellement.

De même, et afin de répondre aux besoins des entreprises en profil Middle Management (MM) et de renforcer la chaîne de compétences du secteur aéronautique, il est prévu de mettre en place, au niveau de l’IMA, une structure dédiée au MM, pour former des cadres intermédiaires aux compétences transverses à l’industrie aéronautique.

Par ailleurs, un autre jalon important franchi par le Maroc pour assurer le décollage de la filière MRO a été franchi tout récemment sur le plan réglementaire, à savoir la mise en conformité de l’activité de maintenance avec les dispositions de la Convention relative à l’aviation civile internationale. Le gouvernement a approuvé en effet, il y a quelques semaines, un projet de décret relatif aux normes internationales régissant la conception, la production et la maintenance des aéronefs. Ce texte fixe les normes techniques qui doivent être respectées par les personnes souhaitant obtenir l’accréditation accordée par l’autorité gouvernementale en charge de l’aviation civile pour réaliser les processus de conception, de production et de maintenance des avions au Maroc. Il détermine également les conditions d’agrément pour mener à bien le processus de maintien de la navigabilité des aéronefs.

Safran et RAM montrent la voie
En tout état de cause, le Maroc est en train de baliser le terrain pour s’ériger en hub de la MRO et accueillir davantage d’investissements dans cette filière prometteuse. Des investissements qui viendront compléter l’offre actuellement en place, et dont l’une des locomotives est Safran Aircraft Engine Services Morocco (SAESM), société commune entre Safran Aircraft Engines et Royal Air Maroc, fondée il y a plus de 25 ans, spécialisée dans la maintenance des moteurs d’avions, notamment les fameux CFM56, véritables best-sellers qui équipent la majorité des avions des familles Airbus A320 et Boeing 737. Implanté sur la zone de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, le site de SAESM a bénéficié tout récemment d’une extension supplémentaire de ses capacités de 2.000 m2. De quoi permettre d’accroître le nombre d’opérations de maintenance de 70 à 100 «shops visits par an d’ici 2026». «Le momentum est favorable, il faut le saisir», avait souligné à cette occasion Hamid Addou, PDG de Royal Air Maroc, compagnie qui est elle-même engagée dans un ambitieux plan de croissance qui vise notamment à quadrupler sa flotte d’ici 2037. «On est sur un marché très prometteur, et nous avons donc besoin d’augmenter nos capacités de maintenance. Nous avons encore au moins 25 ans d’activité devant nous !», avait ajouté, enthousiaste, Jean-Paul Alary, président de Safran Aircraft Engines, qui envisage de recruter une centaine de personnes bien formées aux métiers de la MRO d’ici à 2026. Pour cela, Safran pourra miser sur la nouvelle Cité des métiers et des compétences de Tamesna, inaugurée en juillet 2023 par le Souverain. Une structure qualifiée par le patron de Safran de très importante, «à même de baliser la voie à un partenariat central», au regard des besoins futurs en compétences, notamment dans le domaine de maintenance aéronautique. «La maintenance des moteurs nécessite des compétences très pointues», fait savoir un cadre de SAESM. Et pour cause, un moteur d’avion, tel que le CFM56, est composé de plus de 2.000 pièces qu’il faut démonter et vérifier une par une, réparer celles défectueuses quand cela est possible ou les remplacer par d’autres neuves. C’est un travail minutieux qui nécessite une grande maîtrise des technologies et systèmes, souvent complexes, qui équipent les moteurs d’avions. À l’heure où l’industrie aéronautique mondiale commence à manquer de main-d’œuvre qualifiée, la plateforme marocaine a, dans ce contexte, une occasion en or de se démarquer et de prendre un avantage décisif sur la concurrence.


MRO pour avions militaires : Le Maroc se positionne
La plateforme aéronautique marocaine a également des ambitions dans le marché de la maintenance des avions militaires. En 2022, le Royaume a noué un partenariat avec le groupe aérospatial belge Orizio pour la création d’un centre de maintenance pour les avions militaires, notamment les F16. Il s’agit d’une joint-venture marocaine, appelée Maintenance Aero Maroc (MAM), qui exploitera un centre de la MRO pour les avions militaires à l’aéroport de Benslimane.
Les nouvelles installations offriront quelque 15.000 m² pour la maintenance, la réparation, la révision et la mise à niveau d’avions et hélicoptères militaires. Cette unité industrielle, dont le démarrage est annoncé pour cette année, devrait générer 300 emplois. Le centre devrait se pencher sur la maintenance des avions militaires du Maroc, ainsi que ceux d’autres pays issus de l’Europe, du Moyen-Orient, mais aussi de l’Afrique.