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Abdelouahed Mountassir, urbaniste, peintre et poète

Figure majeure de la scène architecturale marocaine contemporaine, il s’évertue à concevoir, depuis plus de trois décennies, des espaces qui transcendent leur fonction primaire pour marier l’esthétique à l’utilité et l’héritage à l’avenir.

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Il n’aime pas être qualifié d’architecte tout court, mais plutôt d’architecte-urbaniste. «La ville est un livre dans lequel chaque génération vient écrire un chapitre», dixit le lauréat de l’École d’architecture de Lille, en 1983.

De retour à Casablanca, en 1985, il occupera les fonctions de directeur et d’enseignant au Centre de formation des cadres techniques du ministère de l’Intérieur, avant de lancer, trois ans plus tard, son agence AWM Architectes Urbanistes. Laquelle a décroché ces dernières années de nombreux grands projets publics.

Des marchés largement justifiés par l’expertise et la notoriété de celui qui a été président du Conseil national de l’Ordre des architectes et auteur de plusieurs ouvrages pour ne citer que «La Ville heureuse» ou encore «Villes et périphéries».

Le dernier chef-d’œuvre d’Abdelouahed Mountassir n’est autre que le nouveau siège de l’Agence nationale des ports (ANP). Situé au quartier Casa Anfa, ce bâtiment, dont la construction est budgétisée à 228 millions de dirhams (MDH), abrite les entités et composantes de l’agence actuellement logée à Sidi Maârouf. «Nous l’avons conçue sous forme d’un paquebot qui s’installe sur son site», confie-t-il.

«Le projet a ainsi été pensé de manière à exprimer l’identité de l’ANP à travers son architecture. Une architecture ancrée dans son contexte urbain, dont l’écriture évoque l’imaginaire portuaire et qui a une présence forte dans le paysage urbain. Une architecture qui offre non seulement un lieu de travail à ses collaborateurs, mais un véritable lieu de vie», ajoute notre interlocuteur.

Une architecture durable
Avant de naviguer dans cet océan portuaire, le septuagénaire s’est brillamment illustré dans l’univers médical. La silhouette majestueuse du Nouvel Hôpital Ibn Sina de Rabat (19 ha), qui scintillera bientôt dans la capitale administrative, émane de son imaginaire créatif.

Un joyau d’innovation énergétique et de design, conçu en collaboration avec l’agence française AIA Life Designers, spécialisée dans l’hospitalier, et dont le coût des travaux est estimé à 6,5 milliards de dirhams (MMDH).

Un bijou architectural qu’il décrit comme «un corps unifié, élancé et ascendant, gradué par une végétation à différents niveaux afin de lui procurer plus de confort et une dimension humaine». Sa future tour, édifiée sur la partie sud-ouest du bâtiment, trônera sur Rabat. «La composition unifiante du projet entre son corps au sol et la tour cherche à éviter l’archétype de la tour et la galette.

Le socle et la tour forment un tout», poursuit Mountassir. On lui doit également la conception du futur CHU de l’Université Internationale de Rabat (UIR), un projet de 540 MDH qu’il a également réalisé avec son binôme français.

La durabilité occupe une place de choix dans ses designs. L’exemple le plus marquant, c’est la Médiathèque de Khouribga. Niché au cœur d’un bassin aquatique, cet édifice tire parti de la fraîcheur naturelle de l’eau et l’énergie thermique. «C’est l’œuvre dont je suis le plus fier. C’est un projet accompli, où le paysage se marie à la lumière, à la matière et aux énergies renouvelables», confie-t-il.

Mountassir compte aussi dans son catalogue, entre autres, la Bibliothèque Nationale du Maroc à Rabat, la Grande piscine de Rabat, la Gare portuaire de Tanger, la Gare ferroviaire d’Oujda et le Data center de Benguerir, dont il est également tout aussi fier. «C’est une infrastructure qui consomme beaucoup d’énergie dans un environnement aride et chaud. Il fallait trouver un système architectural qui permet d’atténuer la température».

Ajoutez-y le projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg entre Rabat et Salé, ainsi que le projet de logement social Nassim (nom de son fils qui a rejoint son cabinet en 2015) à Casablanca développée sur 316 hectares pour reloger les habitants de l’ancienne médina de Casablanca, qui lui a valu d’ailleurs d’être nominé au prix Aga Khan en 2001.

L’influence de Ricardo Porro
Ses choix architecturaux sont fortement influencés par sa première passion. «La peinture est une formation qui m’a beaucoup apporté. Ce que je fais dans l’architecture et l’urbanisme, par le côté chromatique ou les volumes, c’est aussi de la peinture», reconnaît celui qui a été peintre et a participé à de nombreuses expositions au Maroc et à l’étranger.

C’est que rien (ou presque) ne prédestinait le jeune plasticien des débuts des années 1980 à une riche carrière architecturale. Le déclic : sa rencontre avec l’architecte, peintre et sculpteur franco-cubain Ricardo Porro Hidalgo. «Ce monsieur m’a beaucoup influencé. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir rencontré», se remémore l’architecte.

Cette connexion avec son maître à penser, très connu pour son style expressif et humaniste, façonne sa philosophie architecturale. «L’architecture est la réalisation d’un cadre bâti politique pour l’action de l’homme», nous lance l’architecte en paraphrasant son mentor Porro. Pour l’architecte urbaniste, «faire un projet d’architecture, c’est écrire un poème», conclut l’auteur de «Architecture et poésie» en 2010.