Edito
Une majorité courte, une opposition de poids
Les recours devant la Cour constitutionnelle sont recevables jusqu’au 24 octobre, et l’histoire invite à la prudence : 17 sièges annulés en 2016, une douzaine après 2021, touchant surtout l’Istiqlal et le PAM.
Le verdict des urnes du 23 septembre a redistribué les cartes sans renverser la table. Arrivé en tête avec 97 sièges, le PAM a obtenu la Primature, et Fatima Ezzahra El Mansouri, nommée le 29 septembre, devient la première femme à diriger l’Exécutif marocain. Restait à bâtir une coalition.
Neuf jours de tractations plus tard, le choix retenu s’avère audacieux. Plutôt que de reconduire le trio sortant PAM-RNI-Istiqlal et ses 228 sièges, la cheffe du gouvernement privilégie une alliance avec les héritiers de la Koutla : l’Istiqlal (65), l’USFP (26) et le PPS (19). Total : 207 députés, neuf de plus que le seuil de 198. Une majorité de cohérence, peut-être, de confort, sûrement pas.
D’où l’importance d’un renfort extérieur. Sans entrer au gouvernement, l’Union constitutionnelle a opté pour un «soutien critique», et le Mouvement démocratique et social, avec qui elle forme un groupe parlementaire de 25 sièges, s’est dit prêt à accompagner l’expérience. De quoi porter l’assise de l’Exécutif à quelque 232 voix. Mais un soutien sans portefeuille se négocie texte par texte, à commencer par l’investiture, et il peut se retirer.
Cette marge reste d’ailleurs provisoire. Les recours devant la Cour constitutionnelle sont recevables jusqu’au 24 octobre, et l’histoire invite à la prudence : 17 sièges annulés en 2016, une douzaine après 2021, touchant surtout l’Istiqlal et le PAM. Chaque invalidation ouvre une partielle à l’issue incertaine, dans un climat de faible participation. Il suffirait de quelques revers pour que la majorité gouvernementale stricte frôle la barre des 198 et dépende davantage encore de ses soutiens.
L’arithmétique dessine en creux le fait marquant de cette législature : une opposition d’une ampleur rare depuis 2011, plus de 160 députés. Le RNI, qui dirigeait hier le gouvernement, y bascule avec 66 élus et une connaissance intime des dossiers de l’État.
Le PJD, remonté à 54 sièges, a refusé de servir sous un gouvernement PAM. Le Mouvement populaire (29), écarté au profit de l’USFP, et la gauche radicale complètent ce bloc.
Ce poids n’a rien de symbolique. La Constitution de 2011 garantit à l’opposition la présidence de la Commission de la législation, la saisine de la Cour constitutionnelle par un cinquième des députés et les commissions d’enquête à l’initiative d’un tiers. Avec plus de 40% de l’hémicycle, elle pourra actionner chaque levier seule.
Pour la majorité, l’étroitesse est une contrainte autant qu’un aiguillon : discipline de vote sans faille, coordination entre partenaires aux rivalités anciennes et ménagement de soutiens qu’aucun ministère ne viendra récompenser.
Au fond, le scrutin offre peut-être au Maroc un véritable équilibre des forces, malgré le taux de participation le plus bas enregistré depuis 2011. Une majorité courte face à une opposition forte : une configuration au Parlement qui favorise le débat, si chacun tient son rôle. Constructif, de préférence…