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Tendance : «Posez-nous vos questions sur notre programme, l’IA vous répond»

Le changement est réel, la campagne électorale s’est progressivement déplacée vers le monde digital, sur les réseaux sociaux. Reels, punchlines, messages courts, pubs en ligne concurrencent les traditionnelles tournées dans les quartiers, distribution de tracts et de flyers et affichage sur les murs. L’IA fait son entrée cette année.

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« Vous avez une question sur le programme électoral du parti ? Un assistant automatique vous répond directement sur l’emploi, le logement, la santé, l’éducation, le pouvoir d’achat…».

L’invitation a été publiée, au démarrage de la campagne électorale, sur la page Facebook de Nizar Baraka, patron de l’Istiqlal, annonçant la mise en place d’un chatbot spécifiquement pour cette campagne.

Plus encore, suggère la même incitation : «Posez-lui une question sur n’importe quel axe du programme ou racontez-lui votre situation et il vous montrera ce que le programme propose. Il parle en darija, en arabe, en français et en anglais».

Exit les flyers, les affiches et autres tracts électoraux, les meetings de proximité dans les quartiers, les bureaux de campagne électorale.

Ces pratiques n’ont certes pas complètement disparu, mais, de l’avis de certains observateurs, elles sont sur le point d’être remplacées par les réseaux sociaux, le QR code et l’IA.

L’évolution est palpable. En l’espace d’une législature, le changement est là. En 2021, Covid oblige, les réseaux sociaux sont devenus nécessaires en raison notamment des restrictions sur les meetings.

Cinq ans plus tard, en 2026, les RS et autres plateformes digitales se sont transformés en une infrastructure permanente de campagne, avec production vidéo, community management, sponsoring, ciblage, formats courts, influenceurs et segmentation des publics. La totale.

Il n’en reste pas moins que les meetings populaires restent indispensables, surtout en milieu rural, aux abords des grandes agglomérations et dans certaines zones.

Cependant, «la bataille de l’attention se joue désormais sur Facebook, TikTok, Instagram, YouTube et WhatsApp», note-t-on. Les chiffres sont là pour étayer cette tendance.

Plus de 95% des Marocains ont un téléphone et un compte. Selon les chiffres de l’ANRT, le Maroc compte 41,08 millions d’abonnements Internet (taux de pénétration : 111,5%, mars 2026).

Lors d’une étude réalisée au début de cette année, 74% des personnes interrogées disent s’informer politiquement d’abord via les réseaux sociaux.

Une récente publication de «Digital News Report» (2026) indique que 59% des Marocains ont un compte Facebook, 47% YouTube, 38% Instagram, 35% WhatsApp, 26% TikTok et 11% X.

Au-delà de la publicité classique à laquelle plusieurs partis ont eu recours lors de cette campagne, le «tout digital» est en train de se frayer son chemin.

Production d’affiches, de visuels, de textes, de scénarios vidéo, de traductions (darija, amazigh, français), la révolution digitale est passée par là.

L’IA vient en appoint pour la compréhension de l’électeur, l’analyse du fil d’actualité, la segmentation, mais aussi le ciblage territorial.

RNI, le précurseur
N’importe quel spécialiste du domaine affirmera sans hésiter que le RNI est passé maître dans le domaine digital.

Ce n’est évidemment pas venu comme ça. En dix ans, le parti a sillonné le Royaume, du Nord au Sud, allant à la rencontre des citoyens dans les villes, les montagnes et les zones les plus reculées.

De la «La Voie de la confiance» (2017-2018, 13 étapes, 12 régions), à «La Voie des réalisations» (2025, 12 régions), on compte pas moins d’une trentaine d’étapes.

Il y a encore quelques semaines, le parti venait tout juste de boucler une nouvelle tournée régionale des membres de son bureau politique à travers le Royaume.

Derrière cette pratique de communication de proximité prônée par la formation depuis plus de deux décennies, il y a un travail méthodique de collecte de l’information. Et c’est justement la data documentée qui fait aujourd’hui la différence dans la campagne électorale des partis sur le Net.

C’est pourquoi le RNI est largement en avance par rapport aux autres formations. Là où certains partis continuent à dénoncer, calomnier, voire diffamer – avec surtout d’innombrables punchlines anti-Akhannouch –, le RNI tire sa «puissance digitale» de l’analyse des données, de la segmentation des publics et de la communication territoriale ciblée.

Un exemple concret : le programme du RNI est présenté, entre autres formes, à travers l’histoire d’un jeune Marocain qui souhaite créer son entreprise et à qui est expliquée la proposition du parti concernant l’épargne.

On passe ainsi du programme politique au récit individuel facilement consommable sur TikTok/Instagram. Le parti reste néanmoins discret sur sa stratégie de communication digitale.

Cela, contrairement à l’Istiqlal, le premier et jusque-là le seul parti à avoir annoncé officiellement, en mai 2026, ce qu’il présente comme le premier «adhérent virtuel» doté d’intelligence artificielle du paysage politique marocain.

Il s’agit d’un modèle interactif conçu pour simuler le débat politique et répondre en temps réel aux citoyens, disponible 24 h/24. Lors de cette campagne électorale, le champ de bataille politique s’est déplacé massivement sur le Web et les réseaux sociaux.

Le niveau d’investissement publicitaire global, toutes tendances politiques confondues, relève de l’inédit. Tout comme le cadre légal aujourd’hui renforcé et qui encadre clairement l’usage de l’intelligence artificielle.

Le monde change, le digital en particulier. Le RNI, le PAM, l’Istiqlal et, dans une moindre mesure, le PJD l’ont compris.

Deux décennies plus tôt…
Pourtant, nous venons de très loin. Deux scrutins plus tôt, à la veille des élections de 2016, le PJD était déjà le premier parti à comprendre l’importance des réseaux sociaux.

Certains de ses cadres, qui ont bénéficié d’une formation en la matière auprès de certaines institutions américaines, ont largement contribué à l’élaboration de sa stratégie digitale avec le lancement de sa page Facebook officielle dès mai 2011.

En 2016, cette avance était manifeste. Le parti comptait plus d’un million de fans sur Facebook, loin devant ses concurrents, notamment le PAM, qui en avait un peu plus de 500.000.

Les fameuses «milices électroniques» étaient déjà à l’œuvre, fortes de milliers de sympathisants et de jeunes militants très actifs. Elles menaient des campagnes de promotion du bilan gouvernemental du parti et des attaques systématiques contre les adversaires politiques.

Des groupes comme «Les chevaliers de la justice» (Forsane Al Adala) comptaient plus de 132.000 membres, selon certains chiffres publiés plus tard.

«L’armée électronique de lutte contre le tahakoum» comptait plus de 43.000 abonnés. La méthode est simple. D’abord la base. Chacun des 107 élus du parti était tenu d’ouvrir un bureau de représentation dans sa circonscription électorale.

Un bureau, un agent permanent, souvent membre de la jeunesse (JJD), un ordinateur et une connexion Internet.

Le reste de l’effectif se greffe sur cette unité de base. L’impact de cette mobilisation digitale a été jugé «important» lors des élections de 2015 et 2016.

Le PJD a d’ailleurs salué le rôle de son «armée électronique» au lendemain du scrutin du 7 octobre 2016. Cinq ans plus tard, le contexte a radicalement changé.

La campagne de 2021 s’est déroulée sous des contraintes sanitaires, obligeant tous les partis à se tourner massivement vers le digital.

Le PJD a alors perdu son avantage. Le RNI et l’Istiqlal ont dominé la campagne en ligne, cumulant 55% de part de présence digitale, reléguant le parti islamiste à la troisième position.

Aujourd’hui, tout comme pour le PPS et l’USFP, la campagne digitale du PJD se concentre sur la critique du bilan gouvernemental, avec une communication électorale, pour le PJD, monopolisée par son «zaïm».

Toujours est-il, dans la vie quotidienne des Marocains, la révolution numérique est déjà en marche. Le digital et l’IA gagnent du terrain bien souvent plus rapidement qu’on ne s’y attendait. Le processus électoral, dans toutes ses phases, n’échappe pas à cette réalité.

Seulement, une autre réalité relativise la donne. Ce sont les personnes âgées (les +55 ans représentent 39% des inscrits sur les listes électorales, 29% pour les plus de 60 ans) et le monde rural (45% des inscrits) qui pèsent, de manière significative, sur le verdict des urnes.

Si lors des six premiers jours de la campagne, les rassemblements populaires des partis se sont plutôt concentrés sur le monde rural, dans certaines villes éloignées des grands centres, tout porte à croire que leur cadence devrait s’accélérer dans les grands centres urbains. Une campagne hybride, pour tout dire.


Quand le législateur anticipe
Le cadre juridique a précédé la pratique. Le Maroc a légiféré sur l’«IA électorale» avant que les partis n’en fassent réellement usage à grande échelle.

Les nouvelles dispositions criminalisent la diffusion de contenus manipulés par l’IA, incluant les enregistrements falsifiés ou montages numériques.

De son côté, la CNDP a publié, le 31 août 2026, dix règles imposant notamment que tout contenu produit par l’IA soit clairement signalé, en application de l’article 447-2 du Code pénal.

La HACA, elle, a fait de même côté audiovisuel. C’est un signal révélateur en soi. Le régulateur anticipe un risque plus qu’il ne documente une pratique généralisée déjà.