Evénement
Réouverture du détroit d’Ormuz: Le Royaume vient de surmonter une nouvelle crise
La signature, vendredi 19 juin, du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran, s’est traduite par l’ouverture immédiate de ce canal commercial. Les exportations du pétrole ont repris normalement, mais aussi, et c’est important pour le Maroc, celles du soufre et de l’ammoniac. Leçons d’une crise.
Le Maroc a salué la conclusion d’un mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran. Un accord qui «revêt une importance particulière pour consolider le cessez-le-feu et garantir durablement la liberté de navigation maritime dans le détroit d’Ormuz», a souligné le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué rendu public lundi 15 juin.
De ce fait, poursuit le ministère, «le Royaume du Maroc appelle à la prompte mise en œuvre et au plein respect de cet accord, et remercie les médiateurs pour leurs efforts ayant facilité ce progrès». Et de conclure : «Le Royaume du Maroc espère que cet accord contribuera au règlement, conformément au droit international, d’autres questions non résolues.»
La signature définitive de l’accord, qui devait intervenir vendredi 19 juin, a déjà eu pour effet, depuis le début de la semaine, une baisse notable des cours du pétrole et une hausse du trafic des navires à travers le détroit d’Ormuz. Le Royaume vient de traverser une nouvelle crise.
Le brut est passé sous la barre des 80 dollars, depuis mardi 16 juin en début d’après-midi, en baisse de 7% sur une semaine et de plus de 18% en glissement mensuel.
Le débat a repris sur l’avenir de la Samir, qui a même fini par l’adoption d’une proposition de loi, le 9 juin en Commission à la Chambre des conseillers. La question des réserves stratégiques et de sécurité en produits énergétiques a été largement débattue en public au moment où, ironie du sort, des statistiques officielles espagnoles font état d’importation depuis le Maroc de plusieurs dizaines de milliers de tonnes de gasoil, en mars dernier.
Mais ce qui a été le plus préoccupant, surtout dans les milieux économiques, c’est l’impact de la fermeture du détroit d’Ormuz (par lequel transitent 44% des exportations mondiales de soufre, 31% du commerce de l’urée et 18% de l’ammoniac) sur l’activité de l’OCP qui s’approvisionne en grande partie en soufre et ammoniac depuis les pays du Golfe.
C’est la fameuse problématique de la disponibilité et des coûts des intrants qui impacte aussi bien les marges que la production. Or, cette crise nous a appris que le Maroc produisait du soufre dans le temps, avec la valorisation des pyrites qu’il compte remettre en service à compter de l’année prochaine.
Plus encore, Managem avait développé et industrialisé, il y a une quinzaine d’années, grâce à une technologie chinoise clés en main, un procédé de production d’acide sulfurique à partir des stériles de la mine de Guemassa. Le procédé permettait de produire de l’acide sulfurique de très bonne qualité. L’idée n’a pas été développée depuis, mais n’a pas non plus été abandonnée.
Le groupe vise aujourd’hui, dans le cadre de son plan d’action 2025-2030, une production annuelle de 300.000 tonnes. La crise a mis également sous les projecteurs la politique d’intégration horizontale du groupe et sa stratégie basée sur la diversification de ses activités.
L’on apprend, en attendant l’entrée en activité des projets de production de l’ammoniac vert, que le groupe est très avancé dans son programme de TSP (triple superphosphate). Contrairement au DAP, très répandu, ce fertilisant consomme 30 à 50% moins de soufre. N’empêche que le TSP représente aujourd’hui près de 65% des ventes de l’OCP, contre 30% avant la crise. La leçon est retenue.
Maroc, hub de la sécurité alimentaire
Cela dit, même avant l’annonce de la signature du MoU, l’OCP avait déjà annoncé la reprise à 100% de ses capacités de production d’engrais d’ici fin juin. Le groupe ayant décidé d’avancer le calendrier de son programme de maintenance, initialement prévu pour le deuxième semestre de l’année, réduisant sa production par la même occasion.
«Ce serait une triple victoire : pleine cadence retrouvée, redémarrage mené par des compétences locales et un coût optimisé de l’opération. C’est une belle occasion de transformer une crise d’Ormuz en une véritable démonstration de souveraineté industrielle», commente un connaisseur du domaine.
La relance de l’activité à plein régime intervient alors que les États-Unis et l’Union européenne ont décidé de constituer des réserves stratégiques de fertilisants, comme pour le gaz et le pétrole. C’est l’une des mesures phares annoncées dans le sillage de la réunion, le 8 juin, des ministres de l’Agriculture des pays du G7. Cette réunion a définitivement ancré l’idée que la «sécurité alimentaire est indissociable de la sécurité nationale».
Concrètement, les pays du G7 ont annoncé clairement leur volonté de sécuriser leurs approvisionnements via des partenaires comme le Maroc. Le Royaume, avec ses réserves inégalées, est le principal acteur dans le domaine, capable d’offrir une alternative d’approvisionnement stable, fiable et durable.
Plus encore, cette réunion a également mis un accent particulier sur l’Afrique, qui abrite 60% des terres arables non exploitées de la planète et où le groupe marocain est très implanté à travers sa filiale OCP Africa, active dans 42 pays du continent, avec ses 20 millions de tonnes de capacité de production comme objectif en 2027.
D’une manière globale, les orientations prises par le G7, lors de cette réunion, valident et renforcent la stratégie de long terme d’OCP et le positionnement géostratégique du Maroc. Les mots clés de cette réunion sont: durabilité, innovation et diversification des sources d’approvisionnement et de production.
Ce qui montre la pertinence de la politique adoptée par le groupe depuis près de deux décennies. Aussi, relève-t-on, «l’engagement renouvelé du G7 envers le développement agricole africain place-t-il le Maroc au poste de commande».
Pour plusieurs pays à travers le monde, le Royaume est désormais perçu non plus seulement comme un fournisseur, mais comme un «partenaire stratégique incontournable pour résoudre l’équation alimentaire mondiale».
La crise a montré aussi comment le Maroc a appris à gérer au mieux l’inflation importée, particulièrement celle induite par le renchérissement des produits énergétiques. Un filet, déjà éprouvé, a été mis en place pour absorber l’impact de la hausse des cours du pétrole sur le secteur du transport et l’électricité.
Le mécanisme est rodé, et le gouvernement a décrété une rallonge budgétaire pour y faire face. Aujourd’hui, la baisse entamée des prix du carburant et des coûts logistiques se répercute sur les prix alimentaires, le transport et l’industrie.
La réouverture d’Ormuz permet de contenir l’inflation importée, protégeant le pouvoir d’achat des ménages marocains.
Cela ne pouvait mieux tomber, surtout dans un contexte préélectoral.
Impact immédiat
Mardi 16 juin dans l’après-midi, les cours du Brent évoluaient à moins de 80 dollars, en baisse de 18% sur un mois. Cette tendance baissière devrait s’accentuer dans les jours à venir.
Le jour même, l’Iran a annoncé la mise sur le marché d’importantes quantités de pétrole, sans limite sur leur commercialisation. Les autres pays du Golfe devraient reprendre normalement leurs exportations, sans contrainte de plafonnement pour les Émirats, qui viennent de quitter l’OPEP. Pour le citoyen marocain, l’impact sur les prix devrait se sentir rapidement.
Durant toute la crise, soit dit en passant, le Conseil de la concurrence a veillé à une transparence totale des prix de vente. La baisse des prix va également soulager les caisses de l’État, qui supporte, jusque-là, l’impact sur le coût du transport et la production électrique.