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Énergie : D’un pays importateur à un pivot de la sécurité énergétique

Le Royaume accélère sa propre transition énergétique. Il s’impose en même temps en tant que futur fournisseur de l’énergie verte et de solutions de stockage. Une nouvelle niche qui monte en puissance.

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Le timing de l’annonce est parfait. Selon l’information relayée il y a quelques jours par certains médias, le chinois Gotion High-Tech vient de signer un mémorandum d’entente avec le groupe marocain Marita pour un projet de développement des énergies renouvelables à… Trieste, en Italie. Le groupe marocain installe un parc photovoltaïque de 2,4 mégawatts et son partenaire chinois fournit des solutions de stockage BESS, avec des batteries fabriquées, selon toute logique, au Maroc, dans sa gigafactory de Kénitra. Le deal propose une combinaison de l’énergie solaire et de BESS au moment où l’Europe est en quête de nouvelles sources d’approvisionnement et où la Chine vient tout juste de rétablir, depuis le 1er avril, la TVA à l’export sur les composants photovoltaïques.

Au-delà de l’effet d’annonce, le groupe ayant déjà des antécédents en la matière, ce partenariat reflète une réalité. Des entreprises chinoises installées au Maroc et leurs partenaires locaux offrent justement les ingrédients de ce projet. S’il est concrétisé, ce ne sera peut-être pas un simple partenariat, mais une tendance de fond et un nouveau métier mondial du Maroc qui prendra corps. De plus, les six accords (MoU) signés entre les deux parties portent, entre autres, sur la production et le stockage de l’électricité solaire en Europe et surtout en Afrique. Dans le lot, la production de camions électriques avec une autonomie de près de 1.000 km. Quelle que soit l’issue de ce partenariat, la réalité est là. Il y a un besoin en ce domaine et le Maroc peut le satisfaire.

L’autre réalité est que le baril de pétrole évolue au-delà de 100 dollars et plusieurs pays d’Asie et surtout d’Afrique font face à une crise énergétique aiguë. En même temps, le marché solaire connaît une accélération sans précédent en Afrique: la capacité déployée sur le continent a atteint 19,2 GW en 2024 et la capacité de stockage est passée de 150 MWh à plus de 1.600 MWh en une seule année. L’autre fait, c’est qu’aussi bien en termes de production que de stockage, le Maroc ne se contente plus d’être un consommateur de technologies importées, il a structuré un secteur industriel local capable de produire des composants à haute valeur ajoutée, favorisant à la fois la création d’emplois et la réduction de la dépendance aux importations.

C’est une branche des EnR dont l’essor pourrait considérablement être boosté par la crise actuelle au Moyen-Orient. L’industrie photovoltaïque marocaine est profondément marquée par la présence des géants chinois de la fabrication de composants, qui dominent tant le segment des modules que celui de l’électronique de puissance. Des opérateurs marocains émergent aussi, mais dont la production est destinée en grande partie à l’export.

Le secteur photovoltaïque dans le Royaume est aujourd’hui un écosystème mature et diversifié. L’émergence d’une industrie locale forte (Solaris Tangier, Almaden Morocco, Cleanergy, à titre d’exemple), avec des rendements moyens compris entre 22 et 25%, témoigne de la réussite de la stratégie d’intégration industrielle du secteur. La mise sur le marché des premières batteries marocaines issues aussi bien des lignes de production de Gotion High-Tech que de Mera Batteries (groupe OCP), la suppression de l’exonération de la taxe à l’export de l’industrie photovoltaïque chinoise et la prochaine entrée en fonction de la future usine de polysilicium à Tan-Tan sont autant de facteurs qui font du Royaume une future plateforme de cette industrie.

Carrefour de l’énergie
C’est qu’en plus de la gigafactory de Gotion High-Tech de Kénitra, le Maroc compte un autre acteur, Mera Batteries, filiale d’InnovX avec son programme de batteries BESS, ayant pour objectif 1 GWh de batteries LFP pour commencer. La filiale de l’OCP a déjà reçu une première commande ferme du groupe. Il n’est pas à écarter que les ambitions du groupe soient portées à la hausse, poussées par la demande mondiale et régionale sur l’énergie non fossile. Autre facteur à tenir en compte, la prochaine entrée en fonction, annoncée par le groupe Managem, de la production du sulfate du cobalt de son usine récemment construite à Guemmasa.

C’est tout un écosystème qui est en place et dans lequel le Royaume, et c’est un cas très rare, maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur. Évidemment, soit dit en passant, le Royaume dispose également de grandes capacités de production de l’électricité éolienne, soit une part importante de la branche renouvelable de son mix énergétique, et abrite une usine de production de pales d’éoliennes. Ce qui en fait un exportateur potentiel de l’électricité verte, via notamment les interconnexions électriques avec l’Espagne, et très prochainement la France, la Mauritanie et même le Portugal. On le sait, traditionnellement, le renchérissement du cours mondial de l’or noir se traduit par une exposition dans l’industrie d’exploration pétrolière et du gaz. Le Maroc ne manque pas de projets en ce sens, que ce soit dans le gaz naturel ou l’hélium, un autre gaz hautement stratégique, mais dont l’approvisionnement du marché mondial est fortement perturbé par le conflit actuel.
Le Royaume ne compte pas laisser passer l’opportunité. Tout porte à croire aussi que les projets de l’hydrogène vert devraient connaître un coup d’accélérateur. D’abord pour la production de l’ammoniac vert, mais aussi de l’e-fuel destiné au transport maritime, l’acier vert entre autres.

Il va sans dire que ce contexte de forte demande sur le gaz, notamment par les pays européens, ne manquerait pas d’accélérer la réalisation du Gazoduc Afrique Atlantique, un chantier prioritaire aussi bien pour le Maroc que pour le Nigéria et vital pour une douzaine de pays africains. Pour le Royaume, c’est une partie de son mix énergétique global. Ce mix qui devrait englober, très prochainement, l’énergie nucléaire civile. Autant de facteurs qui font du Maroc aujourd’hui un futur hub énergétique entre l’Afrique, l’Europe et l’espace atlantique. Le Royaume, par sa position au carrefour de l’Atlantique et de la Méditerranée, mise sur sa transformation en plateforme logistique et énergétique reliant le Sud au Nord, et assurant les flux d’énergies propres dans un monde en quête d’alternatives stables et fiables. Aujourd’hui et encore plus après cette crise au Moyen-Orient, les corridors énergétiques ne sont plus seulement des pipelines, mais des réseaux électriques et d’hydrogène renouvelables qui redéfinissent les centres de pouvoir.

De l’avis des experts, «c’est un moment de positionnement décisif : d’un pays importateur d’énergie à un pivot émergent dans la sécurité énergétique internationale, où les énergies propres deviennent un outil d’influence, comme l’a été l’énergie traditionnelle pendant des décennies».