Affaires
En Couv’. Guerre : Une crise, des opportunités
Le Maroc accuse le choc du Moyen-Orient et réagit en conséquence. Il fait ce qu’il a toujours fait : transformer les crises en opportunités. EnR, fertilisants, Tech, transport maritime, industrie…, des secteurs impactés, mais pour le meilleur.
En juillet 2008, le baril de pétrole franchit le seuil de 147 dollars. Le monde accuse le coup. Pour le Maroc, c’est le début d’une succession de crises et de chocs économiques. Durant plus de quinze ans, le Royaume fait face aux chocs extrêmes, comme la crise de 2008, la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, l’éternel conflit au Moyen-Orient, mais aussi naturels, incendies de forêt, inondations, séisme, sécheresse… Il y a une décennie et demie, le Maroc a décidé de ne plus subir les chocs, mais de les transformer en opportunités.
En quinze ans de gestion de crises, le Royaume a acquis de l’expérience et développé des réflexes renforçant sa résilience économique et sa stabilité sociale. Cela a donné le virage des EnR en réponse à la crise de 2008 – l’Iresen a été créé pour rappel en 2011 et Masen une année plus tôt, et le Green Energy Park en 2017 - ; la crise sanitaire nous a permis d’installer les fondements de l’État social, avec la mise en place du programme des aides sociales directes, mais aussi de lancer l’industrie des vaccins – Marbio permet aujourd’hui de répondre aux besoins du programme national et d’exporter en Afrique - ; le séisme d’Al-Haouz a été suivi par le lancement des plateformes régionales de stockage de réserves de première nécessité ; et la sécheresse a permis l’accélération du programme national de l’eau (dessalement, autoroutes de l’eau…). Ce ne sont que des exemples. La réalité est que le Royaume anticipe désormais les impacts de crises. La réponse est immédiate : des mesures d’urgence sont prises pour atténuer les effets de la crise sur les citoyens et l’entreprise (stabilisation des coûts du transport et de l’énergie, soutien aux agriculteurs, aide directe…). Une rallonge budgétaire est décrétée au besoin et, dans le cas extrême, le recours à la ligne de précaution auprès du FMI.
Un comité de veille suit la situation de près. Le réflexe de la Loi de finances rectificative, naguère brandie à chaque choc, disparaît complètement du débat public. Le modus operandi est maîtrisé. Nous l’avons vu ces derniers jours. Le gouvernement a réagi en premier pour rassurer sur la disponibilité des stocks des hydrocarbures, les chiffres annoncés par le ministère de la Transition énergétique font montre d’un approvisionnement régulier depuis le début de la crise. En parallèle, un dispositif de soutien a été mis en place pour garder inchangés les coûts du transport, les prix de l’électricité et du gaz butane.
Bref, pour reprendre, en substance, les récents propos du wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, ce qui préoccupe le Maroc, ce n’est pas comment faire face à la crise, le plus important c’est comment il peut la transformer en une nouvelle série d’opportunités. Le Royaume l’a compris, depuis des années déjà, ce qui peut arriver de meilleur, et c’est son atout le plus puissant, c’est d’être intégré complètement dans des chaînes d’approvisionnement complexes sur lesquelles le monde entier repose.
Une sorte de «Supply Chain Interdependence» dans le jargon des initiés. Cela est en train d’arriver, il y travaille déjà. Et la crise au Moyen-Orient ne fera qu’accélérer ce processus. Le Royaume devient incontournable en matière de sécurité alimentaire mondiale. Il s’affranchit progressivement de sa dépendance aux principaux intrants de l’industrie des fertilisants tout en permettant à de plus en plus de pays de sécuriser leurs approvisionnements. Il est également en passe de devenir un hub maritime au carrefour des routes et corridors maritimes internationaux. Aujourd’hui Tanger Med, très prochainement Nador West Med, puis dans moins de deux ans, Dakhla Atlantique – actuellement à plus de 56% du taux d’avancement des travaux -, et un peu plus tard, Kénitra Atlantic. À côté, l’extension du port de Casablanca, depuis Jorf Lasfar, entre autres installations portuaires.
Crédibilité, sécurité et stabilité
La politique du Royaume en la matière est visionnaire et cohérente. Chaque port en son temps, et chaque port sa vocation. Ces ports deviennent, d’année en année, des nœuds de sécurité indispensables pour assurer la continuité des flux énergétiques et commerciaux mondiaux. Des alternatives, des positions de repli, et le point d’accès aux richesses minières de certains pays africains dont l’accès à l’Atlantique, et donc au marché mondial, sera facilité par le futur port de Dakhla.
En élevant son niveau de préparation en matière de sécurité maritime le long de ses couloirs atlantiques, le Maroc rassure les assureurs, les opérateurs de fret et les investisseurs dans différents domaines, se positionnant comme un partenaire de confiance pour le commerce international. Une position qui ne fait que se renforcer. La façade atlantique est aussi un atout pour la nouvelle industrie des Tech. Elle offre sécurité et facilité de connexion aux câbles internationaux.
La future génération des «data centers verts», dont des projets d’hyperscales programmés au Maroc, suit son cours. Le géant Nvidia vient de franchir le pas, d’autres (Amazon, Google, Oracle…) le suivront certainement. Le potentiel marocain des EnR, dans un contexte où les cours mondiaux de l’énergie atteignent des niveaux élevés, attire de plus en plus d’investissements. L’industrie des modules photovoltaïques est en plein essor. Couplé à l’offre de stockage (BESS), en cours de développement, le secteur contribuera à faire du Maroc un hub énergétique entre l’Europe et l’Afrique, avec l’hydrogène vert et le gaz nigérian arrivé par le Gazoduc Afrique Atlantique. Le Royaume compte également pour ses voisins européens en tant que plateforme industrielle de proximité. Les conflits régionaux ralentissent les coûts et prolongent les trajets du transport maritime. Dans l’aéronautique et l’automobile, les investissements se maintiennent à une cadence soutenue et la position du Maroc sur la chaîne de valeur mondiale se consolide. L’industrie automobile et l’industrie chimique continuent de drainer des investissements importants.
La Commission nationale des investissements vient de donner son feu vert à trois projets stratégiques dans les deux secteurs portant sur un investissement de 12 MMDH.
Le Maroc, membre depuis début février d’un nouveau cadre de coopération internationale sur les minerais critiques, est un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement des métaux nécessaires aussi bien pour l’industrie de l’IA, la robotique ou encore l’industrie de défense. En termes de défense justement, le Maroc joue le rôle de pivot régional de la paix et de la sécurité régionale. Les deux vont ensemble. Le Royaume, membre fondateur du «Conseil de la paix», initié par le Président Trump, est le seul pays de sa région à faire partie des forces de stabilisation internationale à Gaza. Il vient d’être promu par l’OTAN comme «un partenaire stratégique clé dans son approche du voisinage Sud», alors que quelques semaines avant l’African Lion 2026 (du 20 avril au 8 mai), son partenariat militaire avec les États-Unis et d’autres partenaires est de plus en plus affirmé. Le Royaume a accès aux armes et aux technologies de défense les plus avancées, sans restriction, et il est en train de se convertir en une puissance industrielle de défense, avec pour marchés des pays africains qui font encore face aux instabilités aux frontières. Le Maroc multiplie, de même, ses partenariats militaires, de l’est à l’ouest du Continent, et devient un acteur actif et crédible sur la scène continentale. Un statut qui va sans doute être renforcé une fois que la question du Sahara sera définitivement résolue. La fin de ce différend signifie pour nombre d’observateurs, «la libération de la diplomatie marocaine d’un long épuisement, et son entrée avec une force beaucoup plus grande dans les dossiers d’investissement et d’influence en Afrique». Le Royaume passe ainsi du statut d’un État occupé à défendre son intégrité territoriale à celui d’une puissance régionale libérée, prête à élargir son influence au sein du continent et ailleurs.
