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Ramadan : La fiction comme plat principal

Ras-le-bol des sitcoms en roue libre. Pour Ramadan 2026, les chaînes misent sur la fiction taillée, les récits qui tiennent et les réalisateurs-signatures. Le public suit, applaudit parfois…, mais commence aussi à réclamer du sang neuf derrière et devant la caméra.

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La sitcom, pendant des années, a joué le rôle de bouchée obligatoire au moment du ftour. Courte, bruyante, censée faire rire tout de suite, sans demander d’attention. Sauf qu’à force de revenir, de se ressembler, et parfois de confondre agitation et comique, elle a fini par lasser.

La fatigue s’est installée dans les discussions ordinaires, dans les commentaires en ligne, dans cette phrase qui revient comme un tic de saison «on en a marre !». Même les capsules humoristiques, censées être le format «léger» par excellence, se retrouvent parfois jugées trop mécaniques, comme si l’humour, à l’écran, avait été transformé en réflexe de programmation.

Le Ramadan 2026 arrive donc avec un léger déplacement. Ce qui accroche, ce qui fait rester, ce qui donne envie de «revenir demain», ce sont les séries, et surtout celles qui promettent un récit, des personnages, un fil narratif. Les chaînes ne renoncent pas au divertissement, mais elles semblent accepter l’idée que le public ne se contente plus d’une simple parenthèse comique après la rupture du jeûne.

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Ce basculement se lit d’abord dans la manière dont la SNRT redessine la tranche la plus sensible, celle qui suit immédiatement l’«Adhan» (appel à la prière). La chaîne ne mise plus sur un bloc comique uniforme, mais sur une succession de fictions aux tonalités contrastées, comme si elle testait différents degrés d’intensité face à un public devenu plus attentif.

«Attaman», réalisé par Rabii Chajid, installe une compétition dans le monde de l’immobilier où l’humour naît moins du gag que des rapports de force. L’accueil reste mesuré. On regarde, on suit, mais sans emballement massif. Une proposition jugée correcte, parfois «moyenne», qui remplit sa fonction sans provoquer d’adhésion unanime.

«Al Mardi», sous la direction d’Abdelhadi Anebarou, préfère le microcosme populaire et les petits drames du quotidien. Là encore, les réactions oscillent. Une série stable, regardable, mais sans véritable étincelle. Elle occupe le terrain plus qu’elle ne le bouleverse.

En revanche, avec «Och Tmâa», réalisée par Ayoub Lahnoud, la tonalité s’assombrit nettement. Trafic clandestin, tensions sociales, zones grises morales… Ici, la fiction prend un risque. Et c’est précisément là que l’intérêt se ravive. Le téléspectateur semble accorder davantage de crédit à cette noirceur assumée, comme si la confiance revenait lorsque l’écriture ose sortir des sentiers balisés.

Puis «Chkoune Kane Igoul», signée Safaa Baraka, prolonge cette dynamique dans un registre policier où soupçons et secrets structurent l’intrigue. Le public veut comprendre, débattre, anticiper. Le suspense fidélise plus sûrement que la répétition de situations comiques.

L’essentiel n’est donc pas l’énumération des titres, mais la cohérence du mouvement. La comédie ne disparaît pas, elle change de statut. Elle devient un ingrédient, non plus un bloc autonome.

La grille donne ainsi le sentiment d’une fiction qui assume davantage ses registres, qui mélange les genres et retient par la continuité narrative plutôt que par le réflexe du rire immédiat.

Chez 2M, le mouvement est comparable, même si la chaîne conserve une capsule humoristique. «Yawmiyat Mahjouba wa Tibariya», réalisée par Mourad El Khaoudi, réactive des figures déjà connues.

Et c’est précisément ce recyclage qui divise. Une partie du public dénonce des effets appuyés, un jeu parfois trop forcé, une caricature qui tourne en rond. Le format court, répété d’année en année, révèle vite ses limites. L’attente se déplace donc vers les séries qui suivent.

La troisième saison de «Bnate Lalla Mennana» illustre bien cette évolution. Mise en scène par Chaouki El Oufir après le passage de relais avec Yassine Fennane, elle adopte un rythme plus posé, une respiration différente. Les retours soulignent une structure plus maîtrisée, des personnages mieux installés.

L’arrivée de nouveaux visages, combinée au maintien du noyau historique, crée un équilibre entre continuité et renouvellement. Le soin apporté aux costumes, au maquillage, aux détails visuels, matérialise le passage du temps. Le public le perçoit comme un signe de maturité narrative.

À côté, «Hikayate Chama», réalisée par Brahim Chkiri, privilégie une dramaturgie d’ascension et de rivalités où l’évolution psychologique prime sur l’effet immédiat. L’attachement naît du parcours des personnages, pas du simple enchaînement de scènes.

Mets
La SNRT prolonge cette logique en prime time avec des séries hebdomadaires conçues comme des univers autonomes. «Seddik», sous la direction de Brahim Chkiri, aborde la question du talent et de la différence avec une écriture jugée plus sensible. «Caftan Khadija», réalisé par Lamisse Khairat, mêle drame intime et patrimoine artisanal, et l’effort esthétique est salué.

Le cycle de téléfilms confié à Mostafa Achaour, Lotfi Aït Jaoui, Youssef Ikourd ou Yassine Fennane renforce l’idée que la fiction devient l’axe structurant de la soirée. Les noms des réalisateurs circulent, deviennent des repères. On ne regarde plus seulement une histoire, on suit une signature.

2M adopte une logique similaire en soirée. Driss Roukh, Alaa Akaaboune, Younes Reggab : les réalisateurs sont mis en avant comme des points d’ancrage. Les discussions ne portent plus uniquement sur les intrigues, mais aussi sur la mise en scène, le rythme, l’identité visuelle. L’humour n’est pas supprimé, il est repositionné. Il cesse d’être un réflexe automatique du Ramadan pour devenir une tonalité parmi d’autres.

Et pourtant, derrière cette amélioration perceptible (écriture plus travaillée, réalisation plus affirmée, univers plus cohérents) une évidence.
À mesure que le public devient plus exigeant, il remarque aussi que certains noms reviennent en boucle.

Les mêmes réalisateurs signent plusieurs projets, les mêmes acteurs et actrices occupent l’écran d’une année à l’autre. La fidélité rassure, mais la répétition interroge. Où sont les nouvelles signatures ? Où sont les jeunes interprètes ?

L’Isadac forme chaque année des promotions d’acteurs et d’actrices. Certaines générations ont vu éclore plusieurs visages devenus familiers. D’autres semblent disparaître sans transition.

Certes, quelques nouveaux talents émergent çà et là, mais pour beaucoup de téléspectateurs, cela reste insuffisant. L’amélioration qualitative est réelle, mais le renouvellement, lui, paraît plus timide. Cette question, qui affleure déjà dans les conversations, mérite d’être posée frontalement.

Reste que le véritable verdict ne se joue ni dans les conférences de presse ni dans les bandes-annonces. Il se joue dans les salons, dans les discussions familiales, dans ces soirs où l’on décide collectivement de continuer… ou de décrocher au bout de trois épisodes.