Chronique
CAN 2025 : Le dividende ou le krach !
En cette fin dʼannée, le Maroc affiche tous les signaux dʼune valeur solide, bien gérée, bien valorisée. Le top management a livré. Les fondamentaux tiennent.
En cette fin d’année, la cote du «titre» Maroc s’inscrit clairement dans une tendance haussière. Une progression construite sur le temps long, à coups d’investissements lourds, de paris stratégiques, de chantiers visibles et d’une stabilité institutionnelle rare dans la région.
En langage de marché, le Royaume ressemble désormais à une valeur dont les fondamentaux ont été patiemment consolidés, une valeur de fond de portefeuille, défensive : bilan robuste, gouvernance lisible, capacité à délivrer sous contrainte… Le marché, les analystes, l’opinion internationale…, commencent à en tenir compte.
Ouverte officiellement le 21 décembre, la CAN 2025 agit dans ce contexte-là comme un stress test de fin d’année. Un moment où l’on ne regarde plus seulement la courbe, les graphiques, mais où l’on dissèque les comptes. Infrastructures, organisation, sécurité, logistique, image…
Sur ces lignes-là, les actionnaires institutionnels, ceux qui gouvernent, décident, investissent, ont fait leur travail. Les moyens ont été donnés. Les stades sont là. Les routes aussi. Les aéroports, les villes, la vitrine internationale. Le capital a été mobilisé, le risque assumé.
Bref, le board a déroulé son plan stratégique. Dans les délais, le budget, le souci du détail… Rien à dire. Le job est fait.
Reste maintenant le volet sportif, là où tout se joue désormais. Sur ce terrain, le manager s’appelle Walid Regragui. Son rôle, aux yeux de 40 millions de Marocains, est d’une simplicité presque brutale : transformer ces bons indicateurs d’activité en cash-flow.
En résultat net. En dividendes émotionnels. Peu importe la méthode, la manière, le style. Le beau jeu ? Optionnel. Un 1-0 arraché à la 90e minute sur un cafouillage dans la surface adverse ? On achète. Un match moche, fermé, sans poésie ? On prend aussi.
Dans ces rendez-vous-là, seul le résultat compte. Walid est un peu comme ce manager chargé de convertir un carnet de commandes bien rempli en trésorerie sonnante et trébuchante. Le storytelling, les power points, les beaux discours… Why not? Mais pas au détriment du concret, du cash-flow.
Car le «petit porteur», lui, ne lit pas les rapports annuels, les bilans comptables. Il ne s’intéresse ni aux arbitrages tactiques complexes, ni aux choix d’investissement de long terme, ni à la vision stratégique du staff.
Les conseils d’administration, les plans à cinq ans, les discours… il s’en fiche un peu. Ce qu’il veut, c’est son dividende de fin d’année. Gagner.
Et c’est là que le risque apparaît. Car en football comme en Bourse, quand la promesse n’est pas tenue, la sanction est immédiate. Ne pas remporter cette CAN, à domicile, avec ces moyens, cette exposition et cette attente, serait vécu comme un krach boursier violent.
Un vrai. Un jeudi noir, comme celui d’octobre 1929 à Wall Street, prélude à ce que les livres d’Histoire ont nommé «la grande dépression». Panique générale, colère populaire, «ventes» massives dans les tribunes, analystes déchaînés sur les plateaux et les terrasses de café…
Exagéré ? Sans doute. Irrationnel ? Évidemment. Car cette CAN dépasse le football. Elle cristallise une attente collective. Elle est le point de convergence entre une cote internationale qui monte et une impatience populaire qui, elle, ne raisonne ni en fondamentaux ni en perspectives. Juste en trophées.
En cette fin d’année, le Maroc affiche tous les signaux d’une valeur solide, bien gérée, bien valorisée. Le top management a livré. Les fondamentaux tiennent. Reste la dernière ligne du compte de résultat : soulever la coupe. Le meilleur dividende possible.
