Culture
Brahim El Mazned : «Timitar est le reflet vivant de la créativité amazighe»
À la veille de la CAN, le Festival Timitar renforce son ancrage africain en donnant une large place aux scènes contemporaines et à la jeunesse du continent.
L’avenir de Timitar passe par un meilleur accompagnement des créateurs, le mécénat culturel et la valorisation des nouvelles infrastructures d’Agadir. Entretien avec le directeur artistique du festival.
Vingt ans après sa création, comment Timitar a-t-il su rester fidèle à l’âme amazighe tout en s’ouvrant aux musiques du monde ?
Depuis sa création en 2004 à Agadir, le Festival Timitar a fait le choix d’être profondément ancré dans son environnement culturel amazigh tout en restant ouvert aux musiques et aux cultures du monde.
La région Souss-Massa est particulièrement dynamique sur le plan créatif, notamment en matière de création amazighe, qu’elle soit traditionnelle ou contemporaine, et le festival s’est naturellement nourri de cette richesse. La musique des Rways comme celle de l’Ahwach sont en perpétuelle évolution.
La région accueille par ailleurs de nombreux festivals, notamment en été, à Tiznit, Tafraout ou Taroudant. Beaucoup d’artistes attendent Timitar avec impatience pour y présenter leurs meilleures créations de l’année. C’est cette effervescence qui a contribué à forger l’esprit du festival.
Cette édition-anniversaire se tient à la veille de la CAN. En quoi ce contexte sportif renforce-t-il la portée culturelle et africaine du festival ?
Le Maroc s’apprête à accueillir la plus grande fête footballistique panafricaine. Il était donc essentiel que la culture africaine trouve pleinement sa place dans cette dynamique. Timitar a ainsi tenu à offrir un espace d’expression fort aux artistes du continent.
C’est une constante du festival depuis sa première édition : accueillir des figures majeures comme Alpha Blondy, fort de plus de quarante ans de carrière, mais aussi de jeunes artistes, notamment féminins, venus du Gabon, du Mozambique, du Cameroun ou d’Égypte.
Cette année, nous avons voulu donner une visibilité particulière à la jeunesse africaine avec des artistes comme Isabel Novella, Shan’L, Krys M, ou encore l’expression urbaine égyptienne portée par Double Zuksh et Wegz, devenu une référence majeure de la scène musicale contemporaine.
La programmation 2025 met fortement l’accent sur l’Afrique. Est-ce un choix artistique ou un message culturel assumé ?
C’est les deux à la fois. La musique africaine n’a jamais été aussi écoutée et influente qu’aujourd’hui. Timitar, en tant que festival ouvert sur les musiques du monde, a toujours accordé une place centrale à cette expression.
À la veille de la Coupe d’Afrique des nations, il nous a semblé naturel de renforcer cette orientation et de faire du festival un espace fort de l’expression africaine dans toute sa diversité : musiques lusophones du Mozambique, scènes d’Afrique centrale et de l’Ouest, expressions urbaines du Moyen-Orient, notamment égyptiennes.
Bien sûr, la scène amazighe locale reste au cœur de la programmation, aux côtés d’autres expressions marocaines, qu’elles soient urbaines ou traditionnelles, avec des artistes comme Jaylann, Nassim Haddad, Fatima Tabaamrant ou Izenzaren. Des hommages seront également rendus à Mohamed Rouicha et Ammouri M’barek. La musique électronique, quant à elle, reste présente, fidèle à l’ADN du festival.
Quel regard portez-vous sur l’évolution d’Agadir comme ville de festivals et de scènes culturelles ?
Agadir connaît aujourd’hui une mutation profonde. Le projet royal de mise à niveau urbaine a permis de structurer la ville et de revaloriser ses espaces culturels.
Le grand théâtre en construction, la rénovation du théâtre de plein air, la Cité des Arts ou encore d’autres projets à venir vont profondément transformer le paysage culturel local. Ces infrastructures contribueront à faire d’Agadir une véritable ville de culture et de création, capable d’accueillir de nouveaux festivals et de soutenir durablement les acteurs culturels.
Après vingt ans de Timitar, quels sont les principaux défis pour inscrire durablement le festival à l’international ?
Le principal défi reste celui de l’accompagnement des créateurs. La jeunesse marocaine est extrêmement créative, porteuse d’idées modernes et audacieuses. Il est indispensable de mettre en place les moyens nécessaires pour soutenir cette dynamique et garantir une qualité artistique élevée.
Nous disposons aujourd’hui de créateurs capables de faire rayonner la culture amazighe, mais aussi des formes plus urbaines et contemporaines, au niveau national et international. Les nouvelles infrastructures culturelles doivent devenir de véritables lieux de création, de production et de diffusion. Mais au-delà des équipements, il faut aussi développer une véritable culture du mécénat, au-delà du simple sponsoring.
Le secteur privé a un rôle essentiel à jouer aux côtés du public. Dans une région économiquement dynamique comme le Souss-Massa, cet engagement est indispensable pour permettre aux artistes de produire, de créer et de faire vivre durablement les espaces culturels qui ouvriront prochainement.
