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En Couv’. Ces architectes qui redessinent le Maroc

Invisibles, mais incontournables, les architectes marocains dessinent les lignes d’un Royaume en mutation. À la croisée de la tradition et de l’audace, ils conçoivent des œuvres qui attisent nos regards et suscitent notre fierté collective. Six d’entre eux signent certaines des réalisations des plus emblématiques. Découverte.

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Ils ne coupent pas les rubans, ne posent pas les premières pierres et leurs noms s’éclipsent des palissades quand elles deviennent des plaques inaugurales. Ils ne bâtissent pas des murs, ils tracent des visions. Sans eux, aucun bâtiment ne verrait le jour. Mais derrière chaque façade monumentale, chaque courbe audacieuse, se cachent leurs crayons, leur créativité.

Dans la discrétion de leurs ateliers, les architectes marocains réinventent les contours du Royaume du nouveau millénaire. Des gares aux aéroports, en passant par les stades, hôpitaux, pôles urbains, sièges institutionnels, complexes culturels et autres équipements publics, les grands projets ne manquent pas.

Dans ce lot très consistant, nous en avons pioché un échantillon de 25 projets assez représentatifs, récemment achevés ou en cours, totalisant un budget de 34,5 milliards de dirhams. Rien que ça…

L’examen des attributions de ces grands projets laisse ressortir une certaine récurrence de figures emblématiques. Six architectes parmi les plus en vue au Maroc accaparent les deux tiers des 25 projets de notre sélection. Bien évidemment, le volume d’investissement de ces projets publics est proportionnel aux honoraires des architectes qui décrochent le marché.

Selon les estimations effectuées sur la base des taux annoncés dans les PV des marchés publics ou de la moyenne de marché (4,5%, sachant que la fourchette réglementaire est entre 4 et 6%), ces orfèvres du béton totalisent 900 millions de dirhams d’honoraires. Et encore, on ne compte que leur quote-part quand il s’agit de réalisations en collaboration avec d’autres agences locales ou internationales.

Grosses signatures, gros honoraires
Près d’un tiers de ce montant revient à Abdou Lahlou, dont la griffe se retrouve sur 7 projets totalisant pas moins de 6,4 milliards de dirhams (voir infographie).

Sur les différents chantiers qu’il aura à livrer durant les prochaines années (entre terminaux d’aéroports, stades et CHU), son cabinet d’architecture devrait facturer dans les 267 millions de dirhams, sans compter la part qui reviendra à son partenaire (Fouad Agharmine) sur le chantier du CHU d’Errachidia, dont la livraison est prévue pour 2027.

De son côté, Tarik Oualalou a décroché le jackpot : avec seulement deux grands projets, l’agence créée avec sa compagne devrait encaisser des émoluments de 174 millions de dirhams.

Normal, lorsqu’on remporte le concours architectural du plus grand stade de la planète annoncé à Benslimane (Stade Hassan II – 115.000 places) prétendant abriter le match d’ouverture ou de la finale de la Coupe du monde : un chantier adjugé à 5 milliards de dirhams et dont les travaux d’architecture sont facturés au taux alléchant de 5,7%.

Un pourcentage que Oualalou devrait néanmoins se partager avec l’agence anglaise Populous. Ce n’est pas le cas de son confrère Anouar Amaoui qui a été seul sur la rénovation du Grand Stade de Tanger : un marché de 3,2 milliards de dirhams qui lui a rapporté dans les 144 millions de dirhams.

Un autre grand nom de l’architecture marocaine, Abdelouahed Mountassir, a décroché deux grands projets : le futur siège de l’Agence nationale des ports, mais surtout le futur CHU Ibn Sina. La tour qui surplombe la forêt des ambassadeurs à Rabat dope les revenus du cabinet avec des honoraires de 142 millions de dirhams, en partant du principe qu’il partage à moitié avec l’Agence française AIA Life Designers.

Travailler avec d’autres cabinets, c’est aussi le credo de Mohamed Fikri Benabdallah. Il s’appuie d’ailleurs sur son confrère Rachid Andaloussi ainsi que sur les français du Groupe-6 Architectes. C’est ainsi que sa part dans le cumul des projets s’élève à 58,5 millions de dirhams.

Youssef Melehi figure lui dans le top 5 des architectes qui tirent profit des grands chantiers, notamment la rénovation de la gare Rabat-ville, mais aussi la construction de la future gare de Hay Riyad, ainsi que le CHU de Laâyoune qui sera prochainement livré et pour lequel il touchera des honoraires estimés à 81 millions de dirhams si le coût du projet n’inclut pas les équipements.

Et les autres maitres d’œuvre qui se distinguent…
En dehors de ces grandes signatures, d’autres architectes marocains s’illustrent également dans la réalisation de projets stratégiques. C’est le cas de Zakaria Errafii qui a conçu le nouveau terminal de l’aéroport de Tétouan (110 MDH), le cabinet Atelier d’Architecture Hajji & El Ouali qui a réalisé le CHU de Tanger (2,3 MMDH) et Krim Younes qui a tracé les contours de la rénovation du Stade Moulay El Hassan (800 MDH) de Rabat avec son cabinet My Group Architecture.

Ou encore Mehdi Mejjati (Symbiose architecture), qui concevra le Musée national d’archéologie et des sciences de la terre à Rabat (200 MDH), en groupement avec le cabinet italien Nemesi Architects. À eux tous, ils totalisent quelque 316 millions de dirhams d’honoraires.

À noter aussi qu’il existe des marchés de consultation architecturale dont les montants n’atteignent pas 100 MDH. On peut en citer celui lancé fin septembre dernier par l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC) pour la conception et le suivi des travaux de construction d’un bloc foncier à Had Soualem pour 36 MDH.

En mai, la même entité avait mis en jeu un marché similaire pour un bloc foncier à Nouaceur, budgétisé à 31 MDH. Ces différents chantiers publics viennent enrichir le catalogue des architectes. Ce sont des produits d’appel pour les projets portés par des privés. Et en la matière, les honoraires sont très variables, puisque la grille tarifaire réglementée ne s’applique pas à ce genre de contrats.


Hôpitaux, stades, gares et aéroports…, notre sélection de projets
Avec le nouveau CHU Mohammed VI d’Agadir, fraîchement inauguré, le nouvel Hôpital Ibn Sina de Rabat ainsi que les futurs CHU de Laâyoune, d’Errachidia et de Béni-Mellal, le département d’Amine Tehraoui se taille la part du lion dans notre sélection avec 12,8 MMDH, soit 37% de l’enveloppe globale.

Pour le sport, neuf grandes enceintes ont été retenues, totalisant un financement de 11,7 MMDH alloué dans ce dossier. On y retrouve six stades de football, dont quatre déjà opérationnels pour abriter les beaux duels de la CAN 2025. Quittons les pelouses pour atterrir à l’aéroport de Marrakech-Menara, faire cap à Agadir Massira, avant de fouler les tarmacs de Tanger Ibn Batouta et de Tétouan Sania R’mel.

Quatre complexes qui s’agrandissent grâce à un investissement de 7,8 MMDH de l’Office national des aéroports (ONDA), dans le cadre de son programme de modernisation des sites aéroportuaires «Aéroports 2030». Des airs, on passe aux rails, avec des escales dans quatre stations. Budgétisées à 1,4 MMDH, elles occupent une bonne place dans la locomotive des projets structurants de l’Office national des chemins de fer (ONCF), en prélude au Mondial 2030.

Les futurs sièges de l’ONDA et de l’Agence nationale des ports (ANP), d’un investissement total de 428 millions de dirhams (MDH), figurent également sur notre liste. De même que le Musée national d’archéologie et des sciences de la terre de Rabat (200 MDH).