Pouvoirs
Avenue Royale, cette fois sera la bonne !
Début 2024, la partie extra-muros de la médina de Casablanca était à l’heure d’opérations de démolition. Un signe précurseur que le projet de l’Avenue Royale est en voie de résurrection. Alors que les bulldozers sont toujours à l’œuvre, une inflexion majeure intervient. Sur de nouveaux socles. Explications.
En stand-by depuis plus de trois décennies, le projet de l’Avenue Royale est bel et bien relancé. Mardi 2 septembre, le Conseil de la ville de Casablanca s’est réuni à l’occasion d’une session extraordinaire avec un point unique à l’ordre du jour, à savoir l’approbation d’une convention relative à l’Avenue Royale, dont les signataires sont la Commune, la CDG, la Sonadac, la SDL Iskane et Equipements et d’autres intervenants institutionnels. La convention a ceci de particulier, puisque derrière on perçoit une volonté soulignée de dépasser les couacs qui ont entaché la mise en œuvre de ce grand chantier structurant dont l’objectif initial devait participer au «renouvellement du tissu urbain» de la métropole.
Contrairement au passé, l’on assiste à une réelle précision des rôles des différents acteurs avec à la clé un échéancier bien déterminé. Dans les faits, la Sonadac, qui portait le projet, cède sa mission à la SDL Casablanca Iskane et Equipements qui s’occupera dorénavant du projet de la démolition des habitations sur le tracé de l’Avenue Royale, du relogement des habitants, de même du volet relatif aux indemnisations. Une mission où la SDL a fait ses preuves, notamment dans le cadre des prérogatives qui ont présidé à sa création en 2006.
Série de ruptures
Quelque 16.000 ménages et 2.500 locaux à usage professionnel sont concernés. Les habitants devraient être relogés dans un nouveau pôle urbain de quelque 400.000 m2 relevant de la préfecture de Hay Hassani, dénommé «Projet du Nouveau AnnassimII». Ce qui n’est pas sans rappeler le premier projet qui avait reçu une partie des premiers habitants au lancement des premières démolitions tout près du site de l’OFEC. Mais la comparaison s’arrête à ce niveau, puisque rien ne sera comme avant pour ce projet qui s’annonce en rupture avec ce qui a prévalu auparavant. À commencer par les environs de l’Avenue Royale, qui s’étend de la mosquée Hassan II jusqu’à la place Mohammed V.
En effet, dans la nouvelle conception, l’on apprend un fait majeur. Contrairement à ce qui circulait, il n’y aura ni buildings ni gratte-ciels sur le tracé qui s’étend sur 1,5 kilomètre. En lieu et place, l’on verra fleurir un grand espace public sur une surface de plus de 40 hectares. Un nouveau poumon vert qui viendra se greffer aux différents parcs, au grand bonheur des Casablancais et des visiteurs de la ville, qui ont vu le jour ces dernières années.
Voilà qui coupe l’herbe sous les pieds des promoteurs des spéculations qui ont nourri la chronique pendant des mois, voire des années.
Annassim II, avec ses 307 hectares, s’entend en fait comme un nouveau pôle urbain intégré. Non seulement il devra accueillir les ménages expropriés, mais aussi il est conçu pour constituer une «extension urbaine de la métropole» de nature à répondre aux besoins de logements en accroissement permanent.
Le chantier, dont l’exécution devra se terminer à l’horizon 2029, s’annonce sous de nouveaux auspices. Annassim II abritera à la fois des zones résidentielles diversifiées où il y aura des logements sociaux, de moyen et de haut standing, tous les équipements publics de proximité, ainsi que des espaces verts, etc. De même, le nouveau projet verra la mise sur pied d’un pôle d’activités économiques de nature à en faire un levier de développement socioéconomique tout en assurant un cadre de vie de qualité pour ses futurs habitants.
En termes de connectivité, Annassim II sera relié aux grandes infrastructures de la métropole, notamment la gare TGV Casa-Anfa, ainsi qu’aux réseaux du tramway et du busway, outre le RER, les routes nationales et le réseau autoroutier. Ce qui est de nature à rassurer les ménages concernés. Rien que sur ces fronts, on est, là encore, en totale rupture avec «la gestion de l’urgence» qui était de mise au lancement du projet initial dont les résultats se sont traduits par déclencher la colère des habitants qui y ont été relogés.
D’ailleurs, en raison de la lenteur du processus ainsi que les problèmes de gouvernance de la Sonadac, «engloutie sous le poids de problèmes financiers et fonciers», plusieurs anciens habitants de la médina ont fait le chemin inverse en regagnant leurs «anciennes» maisons. Ce qui avait induit, entre autres, que de potentiels nouveaux arrivants ne croyaient plus en l’opportunité de déménager. Entraînant, de facto, la lenteur ayant marqué ce projet d’envergure, et ce, alors même que l’opération pilote du relogement, opérée du côté de Hay Attacharouk, dont ont bénéficié quelques centaines de familles, s’était déroulée «sans couac et dans l’enthousiasme généralisé».
Aujourd’hui, on est en présence d’une nouvelle démarche avec de nouveaux leviers d’exécution, conjugués à une nouvelle manière de gérer le territoire. Ce qui ne peut qu’accélérer la cadence du travail à abattre.
Modus operandi
Selon les termes de la convention portant sur l’accélération du chantier de l’Avenue Royale, c’est la SDL Casablanca Iskane et Equipements qui en est dorénavant le bras opérationnel, puisqu’elle s’occupera à la fois de la démolition des habitations sur le tracé, le relogement des ménages concernés ainsi que des indemnisations, le cas échéant. Chemin faisant, la SDL récupère tous les actifs fonciers et autres de péréquation de la Sonadac. Mais cela n’est nullement synonyme de désengagement total du projet, puisqu’on pourra toujours faire appel à son expertise d’aménageur.
De ce point de vue justement, la société qui portait le projet à son lancement s’occupera de toutes les études urbanistiques, techniques et autres environnementales qui s’imposent. Mais aussi de l’obtention et de l’exécution des autorisations de lotir, ainsi que des transferts des lots destinés au logement social aux opérateurs. Par ailleurs, dans l’objectif de s’assurer du bon déroulement des opérations, deux comités ont été instaurés, à savoir un comité de pilotage et un autre de suivi, présidés respectivement par l’Intérieur et le wali.