Chronique
«Future» : La Bourse de Casa entre dans l’âge adulte
Ce produit dérivé, comme les autres qui vont bientôt arriver dans ce marché à terme naissant, introduit la possibilité d’agir, d’anticiper, de jouer défensif ou offensif… Bref, de faire du trading comme on en fait partout.
Il y a des gestes qui, sans faire de bruit, marquent une rupture. Le lancement cette semaine du «Future Masi 20», premier produit dérivé sur indice à la Bourse de Casablanca, est de ceux-là. Il ne fera pas exploser les volumes dans l’immédiat ni bouleverser l’ordre établi. Mais il signe une transition silencieuse : celle d’un marché, presque centenaire, mais qui entre enfin dans l’âge adulte.
Jusqu’ici, la Bourse de Casablanca vivait sur un mode simple : on achète, on vend, on encaisse ses dividendes. Les titres étaient choisis pour leur stabilité plus que pour leur potentiel ou leur volatilité. On y voyait une épargne de bon père de famille, pas un lieu d’anticipation ou de stratégie.
On achetait une action pour la garder et on la vendait pour «prendre ses bénéfices» ou limiter la casse. Impossible de se couvrir. Aucune possibilité de miser sur une baisse sans vendre. En cas de crise, le choix de celui qui misait son argent se limitait à fuir ou attendre que l’orage passe…
Cette binarité, longtemps tolérée, est lassante, surtout dans un monde, pas loin de nous, où les instruments de trading et de couverture offrent des centaines de possibilités d’arbitrages, de montages… Résultat : trop de petits porteurs sont sortis échaudés, trop d’institutionnels ont préféré détourner leurs flux vers d’autres supports moins risqués, plus lucratifs, trop d’épargnants ont fui vers la pierre, voire vers l’informel…
Dans un monde financier où tout se couvre, s’arbitre, se projette, acheter des actions pour les garder en misant sur la hausse ne suffisait plus. Il manquait au marché marocain une dimension essentielle : celle du temps, cette variable «t» présente dans tous les calculs et équations de «maths fi» et d’économétrie.
Le «Future Masi 20» est venu donc changer la donne. Il permet enfin de parier sur une évolution future de l’indice phare sans posséder physiquement les actions qui le composent. Pour un investisseur, c’est la possibilité de se couvrir contre une baisse à venir, de capter un mouvement de hausse, ou de neutraliser un risque sans toucher à son portefeuille. C’est l’introduction, dans l’écosystème boursier national, d’un premier outil d’intelligence financière.
Et cette innovation n’est pas que technique. Elle envoie un message fort : la Bourse de Casablanca veut désormais offrir aux investisseurs les mêmes instruments qu’ailleurs. Elle ne se voit plus, peut-être, en une bourse de périphérie, mais comme une place qui veut parler le même langage que les grandes. Le langage des options, des contrats à terme, de la gestion dynamique…
Cela implique une infrastructure plus robuste, une régulation plus fine, et surtout une culture financière plus solide. Fini l’époque où l’on subissait les variations du marché sans moyen de s’en prémunir. Ce produit dérivé, comme les autres qui vont bientôt arriver dans ce marché à terme naissant, introduit la possibilité d’agir, d’anticiper, de jouer défensif ou offensif… Bref, de faire du trading comme on en fait partout.
Formés dans les plus grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs, les acteurs du marché, analystes comme traders ou gestionnaires de portefeuilles, peuvent désormais s’amuser, mettre enfin en pratique quelques éléments appris sur les bancs de l’école où les métiers de la finance de marché font rêver par leur sophistication.
Car au-delà de ce qu’il apporte aux investisseurs, ce que ce produit dérivé enclenche, c’est une montée en compétence généralisée. Le «Future Masi 20» ne fera pas non plus grimper les cours par magie.
Mais il pourrait bien rassurer ceux qui n’osaient plus investir, trop exposés à l’incertitude, trop seuls face aux retournements. Il dit surtout une chose : que l’on respecte enfin l’intelligence de ceux qui placent leur argent à Casablanca…
