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Cuivre : Vers la souveraineté ?
Producteur de concentré de cuivre essentiellement, le Maroc dépend largement de l’extérieur pour s’approvisionner en produits transformés et répondre aux besoins des industriels, notamment des batteries. La donne pourrait bientôt changer avec le projet stratégique de fonderie de Managem.
Métal clé de la transition énergétique, le cuivre est l’objet de toutes les convoitises. Partout dans le monde, les pays rivalisent pour sécuriser leur approvisionnement en ce minerai critique, engendrant des tensions sur l’offre mondiale et, par ricochet, une hausse prolongée des cours sur les marchés.
Ces derniers évoluent depuis le début de l’année à des niveaux proches des 10.000 dollars la tonne, avec des pics à 11.000 dollars au cours de l’année 2024.
2025 ne devrait pas connaître d’accalmie. Les prix du cuivre devraient en effet rester élevés cette année, en raison d’une demande soutenue de la part notamment des secteurs des véhicules électriques, de l’électronique, des infrastructures, ou encore de l’habitat. Le minerai est par ailleurs un élément essentiel dans la composition des batteries et des panneaux photovoltaïques, deux filières en plein essor.
Des analystes comme UBS prévoient ainsi une moyenne de 10.500 dollars la tonne en 2025, avec un déficit de 200.000 tonnes sur le marché.
Dans cette configuration, le Maroc mise sur son potentiel géologique pour stimuler les investissements dans l’exploration minière et augmenter sa production de cuivre. Ces derniers mois d’ailleurs, les annonces de découvertes de gisements plus ou moins importants se multiplient, en particulier dans l’Anti-Atlas et dans la région de Marrakech.
De quoi booster, dans les prochaines années, la production de concentré de cuivre, la matière première utilisée dans la fabrication de produits finis et semi-finis en cuivre (tiges et profilés, câbles, fils, etc.).
Surtout, dès le deuxième trimestre 2025, l’entrée en production de la mine de Tizert, développée par Managem, devrait avoir un impact significatif sur la production nationale.
Vers un doublement de la production de concentré de cuivre
Ce projet majeur, qualifié de «hors norme» à l’échelle nationale par le PDG de Managem, Imad Toumi, a nécessité un investissement conséquent de 4,5 milliards de dirhams. Une fois opérationnelle, la mine de Tizert produira 120.000 tonnes de concentré de cuivre par an pendant 17 ans, ce qui doublera la production nationale.
Au total, la production de ce concentré au Maroc pourrait atteindre environ 220.000 à 250.000 tonnes par an, en combinant les productions existantes et le projet de Tizert.
D’autres projets exploratoires, comme ceux menés par le britannique Aterian à Azrar et par le canadien Genius Metals à Tifernine, devraient aussi contribuer à augmenter cette production à moyen terme, une fois opérationnels.
Le Maroc, qui a exporté en 2024 près de 1,6 milliard de dirhams de minerai de cuivre, devrait en tout état de cause renforcer ses expéditions du métal rouge à l’étranger (essentiellement vers l’Europe, la Chine, pour alimenter leurs fonderies) et se positionner comme un acteur qui compte dans les chaînes d’approvisionnement. Bien que sa production demeure relativement modeste par rapport à celle de certains géants, comme le Chili ou la République démocratique du Congo.
En revanche, et c’est là que le bât blesse, le Maroc n’est pas présent en aval de la chaîne de valeur. Le Royaume transforme en effet très peu localement le concentré de cuivre en produits finis et semi-finis. En réalité, l’essentiel de ses besoins en la matière est importé. La donne pourrait toutefois changer avec le projet de fonderie de Managem, qui fait figure de locomotive des transformations du secteur.
Le groupe minier marocain envisage très sérieusement de construire le premier «Smelter» de cuivre de la région pour le traitement de concentré de cuivre, dédié à la production de cathode de cuivre destinée au secteur automobile, et d’acide sulfurique destiné aux engrais (OCP). Ce projet d’envergure, mené en collaboration avec le géant des engrais phosphatés, a un coût estimé entre 10 et 15 milliards de dirhams.
Selon le top management de Managem, les enjeux sont clairs : il s’agit de valoriser le cuivre avec la production de produits finis et devenir la première fonderie de cuivre en Afrique du Nord. L’étude de faisabilité de ce projet est en cours pour un démarrage des opérations prévu à partir de 2028.
Le projet de fonderie, un game changer
Interrogé sur la portée stratégique des projets de Tizert et de la fonderie, Imad Toumi explique : «L’entrée en service de la mine de Tizert n’aura pas d’impact direct sur la consommation nationale de cuivre. Ce que nous produisons est un concentré de cuivre à 25% environ.
Ce concentré a besoin d’être encore raffiné et transformé pour pouvoir produire du fil de cuivre utilisé par les industriels». Il faut savoir en effet qu’aujourd’hui la quasi-totalité du cuivre transformé utilisé dans le Royaume est importée, notamment du Chili, l’un des plus grands producteurs mondiaux, ce qui, outre le coût en devises, expose ces industriels aux aléas de l’approvisionnement à l’international.
«C’est la raison pour laquelle nous avons engagé le projet de construction d’un Smelter pour le traitement du concentré de cuivre. Cette deuxième étape sera un game changer pour le pays», souligne-t-il. Et d’ajouter : «La première étape sera plutôt un game changer pour nous en tant qu’entreprise, en termes de taille. Mais il faut bien avoir la taille pour passer à la deuxième phase».
La fonderie devrait ainsi permettre de raffiner localement, d’ici 2030, les quelque 200.000 à 250.000 tonnes de concentré de cuivre qui seront produites annuellement au Maroc. Mais il faudra faire bien plus que cela. «Pour répondre aux besoins de l’industrie nationale, nous allons aussi importer du concentré, en particulier d’Afrique, pour pouvoir le raffiner ici.
Il s’agit de faire en sorte que le Maroc soit un véritable hub, non seulement pour transformer les ressources naturelles que nous avons dans le pays, mais également pour agréger et transformer les ressources africaines», poursuit-il.
Le patron du groupe minier marocain espère ainsi qu’une partie du concentré qui est produite aujourd’hui en RDC ou en Zambie, par exemple, et qui est exportée vers la Chine pour y être raffinée avant d’être importée au Maroc, viendra dans les ports marocains pour être transformée dans le Royaume.
Deux conditions essentielles sont à remplir pour la réussite de ce projet. Premièrement, le projet doit être de grande taille. «Il faut atteindre des volumes de 1 à 1,5 million de tonnes. C’est indispensable. Même avec Tizert, on sera à 200.000 tonnes, et cela ne sera pas suffisant. 80% du concentré de cuivre qui sera traité proviendra de l’extérieur. C’est la raison pour laquelle nous avons des accords avec nos clients principaux pour sécuriser l’approvisionnement», explique Imad Toumi.
Deuxièmement, le coût de l’énergie doit être compétitif. «Si le kw/h est trop cher, cela ne passe pas. Car à partir du moment où une fonderie importe 80% de son concentré de cuivre, elle est en concurrence avec des fonderies en Chine, en Espagne, en Arabie saoudite demain, etc.
Il faut absolument que l’énergie soit compétitive. Notre ambition est d’avoir de l’énergie verte, solaire ou éolienne à bon prix. Et c’est pour cela que nous travaillons avec un partenaire», souligne le patron de Managem. Et de conclure : «Si l’on parle de souveraineté industrielle, cela passe par des projets de cette taille-là. Cela demande aussi quelques années de mise en œuvre».
Des projets chinois et jordanien de valorisation
Plusieurs projets de valorisation du cuivre ont vu le jour au Maroc ces derniers mois.
Zhejiang Hailiang Co., un grand producteur chinois de tubes et tiges de cuivre, a annoncé en 2024 la construction d’une usine dont le coût d’investissement s’élève à 288 millions de dollars (environ 2,8 milliards de dirhams), à Tanger Tech.
De nouveaux matériaux énergétiques, notamment des feuilles pour batteries au lithium, devront être produits dans l’usine afin de répondre à la demande croissante dans le monde. On parle d’une production annuelle de 50.000 tonnes d’alliages, 35.000 tonnes de tubes, 40.000 tonnes de barres et 25.000 tonnes de feuilles. La durée de sa construction est fixée à six mois.
En 2024 toujours, le groupe jordanien Alucop a lancé une nouvelle fonderie dédiée à la valorisation des déchets métalliques non ferreux, notamment le cuivre et l’aluminium.
Elle vise à répondre aux besoins du marché national, en assurant un circuit d’approvisionnement aux secteurs de l’automobile et de l’électricité.
La nouvelle unité industrielle d’Alucop dispose de plusieurs lignes de production permettant la fabrication, entre autres, d’anodes en cuivre, avec une capacité annuelle de 5.000 tonnes, de fil machine en cuivre (4.000 tonnes par an) et de billettes en cuivre (2.500 tonnes par an).

