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Agriculture

Sand to Green, la pépite verte qui monte

La start-up représente une nouvelle vague d’entreprises africaines alliant technologies avancées, durabilité et impact social. Elle contribue à la transition du Maroc vers une production d’hydrogène vert en intégrant l’agriculture régénérative à ce processus.

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Tiskmoudine dans la région de Guelmim, le paysage témoigne d’un contraste frappant. D’un côté, des ruines silencieuses racontant l’histoire d’un village abandonné par le temps, de l’autre, un projet audacieux émerge, redonnant vie à cette terre autrefois prospère.

Grâce à l’initiative de l’association 700’000 heures Impact, en partenariat avec des acteurs locaux et la start-up franco-marocaine Sand to Green, l’oasis de Tiskmoudine renaît de ses cendres. Ce programme ambitieux, couvrant 44 hectares, vise à régénérer l’économie locale et à restaurer les terres autrefois fertiles de l’oasis.

Sand to Green, pionnière dans la transformation des terres arides en plantations durables, a mis au point une méthode innovante inspirée des écosystèmes oasiens. Son expertise repose sur la restauration des sols, la gestion raisonnée de l’eau et la transformation des produits agricoles locaux.

«Ce que nous faisons ici, c’est plus que planter des arbres. Nous régénérons un écosystème entier», explique Wissal Ben Moussa, Chief Agricultural Officer de la start-up. «Grâce à des techniques d’agroforesterie, nous recréons des parcelles agricoles capables de résister aux effets du changement climatique», indique-t-elle.

Sur place, l’effervescence est palpable. Une première évaluation des pratiques agricoles et de gestion de l’eau a été réalisée et, dès février, deux parcelles pilotes seront mises en place pour tester les nouvelles techniques d’irrigation et d’agroforesterie. Le défi est de taille : l’oasis a souffert de décennies de dégradation.

Pourtant, Sand to Green n’en est pas à son premier coup d’essai. Wissal Ben Moussa, originaire de la région de Guelmim-Oued Noun, a déjà mené des projets similaires sur le domaine familial Nzaha. Ce domaine de 26 hectares, dont 5 en agroforesterie, a permis de tester pendant trois ans des pratiques agricoles résilientes aux milieux désertiques.

«Nous avons pu produire une tonne de légumes par semaine, sélectionner des semences adaptées à l’aridité et installer des unités de transformation communautaire. Ces tests ont abouti à la mise au point de la meilleure combinaison végétale pour les terres arides, que nous souhaitons désormais déployer à plus grande échelle», s’enorgueillit-elle.

Pour réussir ce pari audacieux, la start-up s’appuie sur des technologies avancées, telles que le dessalement à petite échelle pour assurer une irrigation durable dans des zones où l’eau douce est rare. Cette technique, associée à l’agroforesterie, permet non seulement de réduire la pression sur les ressources en eau, mais aussi d’augmenter la productivité agricole.

Les résultats obtenus à Nzaha sont prometteurs : en transformant cinq hectares de désert en terres arables, la start-up a réussi à capter environ 13 tonnes de carbone par hectare et par an, démontrant ainsi l’efficacité de son modèle.

Levée de fonds et expansion
L’année 2023 a marqué un tournant pour la start-up qui a réussi à lever un million de dollars pour soutenir ses activités au Maroc. Cette levée de fonds a été réalisée avec l’appui de business angels et de fonds de capital-risque, tels que Katapult et Catalyst Fund, qui se concentrent sur l’adaptation au changement climatique en Afrique.

Les ressources obtenues permettront à la start-up d’accélérer son développement opérationnel et d’étendre ses projets à grande échelle, notamment par le déploiement d’une nouvelle plantation de 20 hectares depuis plusieurs mois dans la région de Rass Oumlil.

«Le projet de Rass Oumlil inclut l’exploitation de 7 hectares d’agriculture avec de l’eau saumâtre et 10 hectares pour la production d’eau claire», indique-t-elle. Ce projet représentait un défi majeur en raison de la présence d’une nappe phréatique soumise aux intrusions marines, rendant l’exploitation des terres difficile. Pour y remédier, de petites unités de dessalement de l’eau de mer, alimentées par l’énergie solaire, ont été mises en place.

Un modèle économique vert
Mais quel est le modèle économique de Sand to Green ? La jeune pousse propose une offre unique sur le marché : des designs d’agriculture régénératrice, vendus comme produits d’investissement verts à divers acteurs.

De la même manière que pour les projets énergétiques ou immobiliers, les investisseurs peuvent financer des plantations, tandis que Sand to Green prend en charge leur développement, l’expertise agronomique, les opérations, et même la vente des produits agricoles. Ce modèle attire des coopératives agricoles, des groupes agroalimentaires, mais aussi des holdings à la recherche de solutions durables.

Par ailleurs, la start-up envisage de breveter ses technologies, basées sur les données recueillies lors de ses expérimentations, afin de permettre à d’autres acteurs de déployer ces modèles à travers le monde. Cette stratégie vise à étendre l’impact de Sand to Green au-delà des frontières marocaines, avec des projets potentiels en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient, en Australie et en Amérique du Sud.

Sand to Green ne s’arrête pas là. La start-up explore des voies d’innovation liées à la production de CO2 biogénique, une ressource clé dans le développement des énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert.

En cultivant des espèces végétales capables de capter le carbone tout en revitalisant les sols, Sand to Green ambitionne de produire du CO2 biogénique à faible empreinte carbone, contribuant ainsi à l’essor des écosystèmes industriels verts. Cette approche pourrait renforcer le rôle du Maroc dans la transition énergétique mondiale, en le positionnant comme un hub majeur de production d’hydrogène vert.

Travaillant déjà avec un groupe namibien spécialisé dans ce domaine, Sand to Green entend jouer un rôle de premier plan dans le développement de ces nouvelles filières. «Ces innovations sont cruciales pour la transition vers des énergies renouvelables. Le Maroc a toutes les cartes en main pour devenir un acteur clé dans la production d’hydrogène vert et de solutions bas carbone», conclut Wissal Ben Moussa.