Chronique
Laïcité à la mode marocaine
Quelques thématiques reviennent, de temps en temps, nous hanter ou nous enquiquiner en nous questionnant sur la décision prise les concernant. Comme si elles nous suppliaient de ne plus les laisser en suspens afin d’éviter la navigation à vue.
En ces temps où la question de la santé mentale devient à la mode, peut-être qu’il faudrait nous résoudre à une politique publique de psychanalyse générale pour nous autres Marocains.
À ce stade, nous en aurions tous besoin. Il y va de la sérénité qu’il serait judicieux d’atteindre si nous voulons dépassionner l’espace public afin de vivre ensemble en harmonie, tout en aimant son prochain, en lui souriant, si possible.
Sans tomber dans le marronnier de la schizophrénie à tire-larigot, il existe des thématiques qui demeureront récurrentes tant qu’elles n’ont pas été traitées une fois pour toutes.
Il ne s’agit pas obligatoirement de trouver des réponses définitives, mais au moins de soumettre au débat quelques questions que nous mettons souvent sous le tapis. Ces mêmes questions qui font ressurgir notre côté fleur de peau dès qu’elles refont surface.
La laïcité en fait partie. Nous ne sommes d’ailleurs toujours pas d’accord sur les termes à choisir. Entre laïcité, sécularité, neutralité, 3ilmaniya…, le débat serait utile ne serait-ce que pour choisir le meilleur mot qui qualifierait la situation marocaine. Quitte à en créer un nouveau.
Le contexte marocain pourrait être propice à la création d’un néologisme qui sortirait de chez nous. Sans adopter des termes qui viennent d’ailleurs et qui ont été inventés dans d’autres contextes, sous d’autres cieux.
Relation directe avec Dieu
Une question qui tombe à pic, aurait dit Isaac Newton. Et c’est tant mieux. Il fallait la poser à un moment. Et c’est heureux que le débat ait été initié par le ministre des Affaires islamiques, himself.
Volontairement ou involontairement ? Peu importe. Dès qu’il y a réaction, il faudrait éviter de rater une occasion pour essayer de régler cette question pendante depuis des siècles. Il faut aussi dire qu’une des deux parties se sent attaquée dans sa constitution intrinsèque dès lors que la thématique religieuse est en question.
À se demander s’il est question de compréhension ou plutôt de se raccrocher à un pouvoir qu’un débat pouvant déboucher sur une négociation est susceptible de le faire perdre à ceux qui croient le détenir.
Alors que l’Islam a ça de merveilleux, c’est qu’il a aboli la hiérarchie d’un clergé. Depuis les origines, la relation est directe entre la croyante ou le croyant et Dieu.
La proposition pour cette politique publique généralisée de santé mentale est celle d’extérioriser les angoisses et les doutes. Le meilleur moyen pour le faire est le débat. Provoquer un débat en observant l’éthique qui va avec et surtout en étant dans une posture constructive et non pas contradictoire par principe.
Puisque nous sommes dans la partie propositions, posons-nous la question s’il fallait attendre une réforme de l’Islam concernant les questions juridiques telles que l’héritage ou le Code de la famille plus généralement ou bien s’il fallait se mettre d’accord pour instaurer des lois positives qui sortiraient du circuit normal du pouvoir législatif ? Puisque nous sommes en démocratie bicamérale.
Parce qu’après tout, nous sommes déjà, comme dit le ministre, laïcs dans les faits. Quand ce n’est pas affiché, c’est par cachoterie ou omission. L’on peut être agnostique ou ne pas observer le jeûne, mais en cachette.
Tout le contraire de ceux qui affichent, de manière tellement ostentatoire, leur religiosité exacerbée dans l’espace public que ça en devient louche. La Culture est la solution.
