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Chronique

De l’audit des comptes à l’audit de la durabilité

Loin d’être une intrusion dans la gestion interne, l’audit est un levier stratégique pour renforcer la transparence, la performance et la pérennité des entreprises.

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L’audit des comptes est souvent perçu comme un simple outil de détection de fraudes ou une contrainte légale imposée aux entreprises. Au Maroc, cette vision prédomine encore, notamment parmi les PME qui considèrent le coût de l’audit comme un frein majeur.

Cette perception simpliste néglige pourtant la véritable portée de cette mission, qui, loin d’être une intrusion dans la gestion interne, est un levier stratégique pour renforcer la transparence, la performance et la pérennité des entreprises.

Un audit bien conçu, adapté à la taille de l’entreprise, peut offrir des pistes d’optimisation insoupçonnées et aider les dirigeants à mieux maîtriser les risques. En réalité, l’audit des comptes est un outil proactif qui renforce la confiance entre les parties prenantes.

L’objectif principal de l’audit légal, connu sous le nom de «commissariat aux comptes», est de garantir la fiabilité des états financiers produits par l’entreprise, à destination des actionnaires, investisseurs et autres parties prenantes. C’est une mission d’intérêt public qui se traduit par la certification des comptes selon des normes strictes.

Au Maroc, ces missions sont encadrées par les standards de l’instance nationale de régulation de la profession, inspirées des normes internationales élaborées par l’IFAC (International Federation of Accountants) dont elle est membre, et l’IAASB (International Auditing and Assurance Standards Board).
Sous d’autres cieux, notamment en Europe, l’audit évolue.

Sa méthodologie s’étend désormais au-delà des données financières pour inclure des informations extra-financières, souvent regroupées sous les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance).

Ces critères intègrent, par exemple, les impacts environnementaux (émissions de CO₂, consommation d’énergie), les conditions de travail et la diversité pour le volet social, et les aspects éthiques, la transparence et la lutte contre la corruption pour la gouvernance.

Les informations ESG sont devenues importantes pour les investisseurs et les parties prenantes, car elles reflètent la responsabilité sociétale des entreprises et leur capacité à répondre à ces nouveaux enjeux. En effet, les entreprises ne sont plus évaluées seulement sur leurs résultats financiers, mais aussi sur leur impact global.

La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui impose de nouvelles exigences en matière de durabilité, marque un tournant majeur. Cette directive, transposée en droit français, remplace la Déclaration de performance extra-financière (DPEF) par un rapport de durabilité qui devra être audité et publié dès 2025.

Ce rôle sera confié aux commissaires aux comptes, éligibles selon des critères spécifiques. Leur champ d’intervention s’étend désormais à la certification des informations ESG. D’ailleurs, le Haut Conseil du Commissariat aux comptes (H3C) a été remplacé début 2024 par la Haute Autorité de l’audit (H2A), qui applique désormais les grandes lignes directrices des missions d’audit légal à celles de la durabilité.

Au Maroc, l’intégration des critères ESG a pris son essor notamment sous l’impulsion de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (l’AMMC) et sa circulaire de 2019 imposant aux sociétés cotées de publier des rapports ESG détaillés. Cependant, la question de la certification de ces rapports se pose : Allons-nous, comme en Europe, exiger cette certification pour garantir la transparence et la qualité des informations publiées ?

Bien que la réglementation marocaine ne l’exige pas encore, il est indéniable que, dans un environnement mondial de plus en plus tourné vers la durabilité, les entreprises marocaines souhaitant accéder aux marchés internationaux ou répondre aux attentes des consommateurs sensibles aux enjeux écologiques et sociaux auront tout intérêt à se différencier par des pratiques responsables.

Cela pourrait constituer une étape clé dans la feuille de route ambitieuse de développement durable que notre pays a engagée.