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Ghita El Khayat: «Il y a un laxisme ambiant au sein de la famille et de l’école»

Le quotidien des jeunes et des enfants marocains n’est pas toujours rose. De ce fait, l’égalité des chances reste toute relative. Psychiatre et anthropologue, l’auteure livre ses impressions sur la situation des mineurs et l’évolution, au fil du temps, de leur profil.

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L’auteure de «Le désenfantement» est connue pour avoir un regard où la lucidité de l’analyse se conjugue à la pertinence du propos. Pour avoir accompagné l’évolution du tissu sociétal marocain, les questions de la femme, de la famille et des enfants, la psychiatre mais aussi anthropologue s’arrête sur les maux dont pâtissent les enfants, toutes classes sociales confondues. Pour elle, tout doit commencer par «une prise en charge dès la petite enfance afin de contribuer à la construction d’un être humain équilibré et d’assurer à l’enfant un équilibre familial».

Les mineurs sont au cœur de réformes législatives en chantier. Quel regard portez-vous sur ces enfants ?
Ghita El Khayat : Aujourd’hui, plusieurs mineurs sont exposés à des problèmes de délinquance, sont en conflit avec la loi, vivent dans les rues, sont déscolarisés ou encore victimes de l’éclatement, notamment la séparation des parents. Tous ces maux, de plus en plus nombreux ces derniers temps, les exposent à diverses formes de violence, à l’insécurité, ainsi qu’aux addictions. Celles-ci constituent un véritable fléau qui touche, il faut le souligner, toutes les couches sociales. L’addiction et la délinquance ne sont pas propres ni exclusives aux couches défavorisées de la population.

Partant de là, on peut parler d’un nouveau profil de mineur. Comment s’est opérée cette évolution ?
En effet, l’évolution est certaine par rapport aux années antérieures. Une évolution que j’attribuerais à une espèce de laxisme qui marque aujourd’hui la société marocaine, notamment au sein de la famille et du milieu scolaire. Si au cours des années 1940-1970, le maître-mot de l’éducation était les études, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les études n’ont plus cette même importance dans la mesure où elles ne servent qu’à avoir un métier et de l’argent. Or, les études ont un sens plus noble en vue d’une éducation réussie des jeunes, quelle que soit la catégorie sociale. L’objectif de l’enseignement et de l’éducation est de former des personnes équilibrées pour avoir un pays fort. Toutefois, aujourd’hui, sur le terrain, on constate qu’il y a beaucoup de médiocrité…

Et au sein de la famille ?
Dans la famille, on constate une absence d’autorité et une démission des parents qui livrent les jeunes à eux-mêmes. Il y a un déficit notable d’autorité aussi bien au niveau de la famille que de l’école. Le système d’éducation et d’instruction n’est malheureusement plus ce qu’il était alors qu’il contribue à l’éducation des générations futures. Le laxisme actuel est à déplorer et donne de très mauvais résultats. Par exemple, le phénomène de la triche aux examens qui est devenu courant et même cautionné par les parents !

Ce même laxisme est à déplorer dans les écoles où les enseignants, souvent même, à la demande de leur direction, ferment les yeux sur certains agissements et comportements des élèves au sein des classes !

Quelles solutions proposez-vous alors ?
Il faut de la prévention aussi bien à l’école que dans la sphère privée. Il faut s’éloigner et abandonner le système traditionnel agressif dans lequel l’enfant est éduqué par des coups.

La société marocaine évolue très rapidement et il faut redonner à la discipline son juste sens en vue d’avoir une société structurée et équilibrée, et ce, pour une égalité des chances pour tous les enfants. Et d’éviter des mineurs «asociaux». Je pense qu’il faut réapprendre l’autorité aux enfants, car l’éducation positive, même en Europe, n’a pas donné de bons résultats.

Justement, il y a les enfants en situation difficile et il y a des mineurs «dorés». Ces derniers sont-ils à l’abri de ces problèmes ?
Je reçois dans mon cabinet beaucoup de patients qui renseignent sur l’état de l’ensemble de la société marocaine. Cette jeunesse dorée n’a pas moins de problèmes que les autres, car l’argent ne résout pas tous les problèmes. L’aisance matérielle ne met pas à l’abri de l’addiction, de la violence, ni de la délinquance…

Que faut-il faire alors ?
Il est important, à mon avis, d’avoir une prise en charge dès la toute petite enfance afin de contribuer à la construction d’un être humain équilibré et d’assurer à l’enfant un équilibre familial…

Dans quelle mesure le Code de la famille, actuellement en cours de révision, peut contribuer à la protection des enfants ?
Le nouveau texte peut, je pense, mettre en place des filets qui mettront les enfants, en cas de divorce par exemple, à l’abri d’un déchirement en assurant une garde alternée entre les deux parents, à l’abri aussi des difficultés financières en assurant le paiement de la pension alimentaire et en offrant un cadre stable de vie qui garantit le logement après la séparation. Ces mesures sont importantes, car l’on constate actuellement une croissance du nombre de divorces au Maroc.