Affaires
Souss-Massa : 3 milliards de dirhams d’investissements dans l’eau
Nouvelles stations de dessalement, projet d’extension de la station de Chtouka avancé, nouveaux réservoirs pour le renforcement de la capacité de stockage, construction de nouveaux barrages…, la bataille de l’eau livrée sur tous les fronts.
Il a enfin bien plu vendredi 9 février à Agadir. Un grand soulagement qui a mis du baume au cœur des Gadiris. Cette pluie bénie, tant attendue par tous, a généré un apport global de 22,17 millions de m3. Ce qui a porté, dès le lendemain, le taux de remplissage des barrages de la région à 12,7%, selon les données communiquées par l’Agence du bassin hydraulique de Souss-Massa (ABHSM). Le taux de remplissage de ces mêmes retenues étaient 24 h auparavant à 9,7%.
Bien qu’abondantes, les précipitations enregistrées durant une journée restent cependant loin d’être suffisantes pour sortir le Souss du stress hydrique enregistré depuis des années. Mais comme le souligne si bien Rachid Madah, directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Souss-Massa, «en ces temps de crise hydrique, toute goutte compte».
Il à noter, par ailleurs, que la moyenne de la pluviométrie dans la région durant l’année 2022-2023 n’a atteint que 143 mm, un niveau bien inférieur à une année normale (210 mm).
Cette faiblesse des précipitations marque en fait la région depuis longtemps. En effet, au cours des cinq dernières années, la région a enregistré des épisodes successifs de sécheresse, accentuant sa précarité hydrique. Le déficit enregistré au cours de la période 2022-2023 a atteint 75% avec un volume d’apports de 116,72 Mm3 contre 474 Mm3 pour une année normale. Même tendance au cours des quatre premiers mois de l’année agricole 2023-2024 lors desquels les apports se sont élevés à 6,32 Mm3, soit un déficit de 83% comparativement à la même période de l’année précédente.
État des lieux: entre déficit et nappes surexploitées
Outre les eaux de surface, le Souss-Massa dispose d’un potentiel de ressources renouvelables estimé à l’échelle du bassin de Souss-Massa à 425 Mm3. La surexploitation chronique de la nappe a cependant engendré une diminution du niveau d’eau dans les puits allant jusqu’à 200 mètres. À cela s’ajoute l’évolution de l’intrusion marine à l’intérieur de la plaine du Souss, notamment au niveau de la bande côtière.
Compte tenu du déficit pluviométrique et son impact sur les apports au niveau des barrages, la saturation des barrages Moulay Abdallah, Mokhtar Soussi et Ahl Souss, en l’absence de nouveaux apports, est annoncée pour fin juillet 2024, indiquent les responsables de l’ABHSM et de la direction régionale de l’ONEE, branche eau. Une situation inquiétante. C’est dire l’importance de la solution du dessalement.
Pour l’approvisionnement en eau potable du Grand Agadir, aujourd’hui la station de dessalement de l’eau de mer de Chtouka couvre près de 70% des besoins en eau potable du Grand Agadir avec un débit de 1.736 l/s. Le reste des besoins de la métropole est couvert par les barrages Moulay Abdallah et Abdelmoumen à hauteur de 10% à travers 200 l/s et par les eaux souterraines à hauteur de 20% des besoins à travers 80 l/s.
À relever que les eaux de surface couvraient auparavant 80% des besoins en eau potable. Mais en raison de leur situation critique, les barrages ne sont exploités actuellement qu’à un niveau très faible. Au niveau du barrage Abdelmoumen, il ne s’agit aujourd’hui que d’un débit limité à 50 l/s pour assurer la continuité du fonctionnement des équipements.
L’approvisionnement en eau potable de la région de Tiznit à partir du barrage Youssef Ben Tachfine est également limité en l’absence de nouveaux apports pluviométriques. Selon les données de l’ABHSM, cette infrastructure ne pourra, dans la situation actuelle, couvrir les besoins en eau potable de cette zone que jusqu’à fin octobre 2024. Mais «avec la mise en service progressive de la station de dessalement de Sidi Ifni, l’approvisionnement en eau potable sera garanti quelques mois supplémentaires et, par conséquent, l’horizon de saturation du système d’alimentation de Youssef Ben Tachfine dépassera 2024», est-il indiqué dans une note d’information de l’ABHSM.
Recours aux eaux non conventionnelles
La région reste ainsi dans l’urgence pour couvrir ses besoins en eau. Le Plan directeur d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) de Souss-Massa a estimé les demandes en eau potable et industrielle ainsi qu’en eau agricole à 108 et 918 Mm3/an. Aussi, dans le contexte où le problème d’eau continue à se faire sentir, l’effort de mobilisation des eaux conventionnelles ne pourra pas suffire pour résorber le déficit. Le PDAIRE a exposé à ce sujet que «même en mobilisant la quasi-totalité des apports en eau de surface, les besoins en eau ne pourront être satisfaits, à l’horizon 2050, qu’au prix du recours à la mobilisation des eaux non conventionnelles, notamment le dessalement d’eau de mer et la réutilisation des eaux usées épurées».
Ainsi, les actions phares actées au niveau du PDAIRE s’articulent autour de la construction de nouvelles stations de dessalement. Il s’agit de la construction d’une station de dessalement au niveau de Souss-Moyen avec un débit de 176 Mm3/an et d’une station mutualisée au niveau de Tiznit pour une capacité de production de 70,4 Mm3/an (10,4 Mm3/an pour l’approvisionnement en eau potable et 60 Mm3/an pour l’eau d’irrigation). Ces deux chantiers sont inscrits dans le plan national 2020-2027.
Stations de dessalement pour servir le nord d’agadir
Outre ces projets, il est prévu l’acquisition d’une station de dessalement monobloc pour desservir le nord d’Agadir. Au niveau de la région Tiznit Aglou, les actions consistent aujourd’hui en l’aménagement d’une station de dessalement, réalisée par l’ONEE. Il s’agit d’un investissement de 190 millions de dirhams qui va générer un débit de 100 l/s pour desservir principalement Sidi Ifni, Mirleft et les douars avoisinants et ainsi réduire la pression sur le barrage Youssef Ben Tachfine, indique Abdeslem Joulid, directeur régional de l’ONEE à Agadir, branche Eau. Selon lui, la mise en service de cette station de dessalement est prévue dès cet été 2024.
Toujours en matière de dessalement, l’extension de la station de Chtouka est aussi au programme. Cette extension, prévue bien plus tard, a été avancée. «La planification initiale tenait compte d’eaux de surface disponibles, mais le programme actuel a été révisé eu égard à la situation hydrique actuelle. Aussi, le projet d’extension, pour atteindre une capacité de 400.000 m3/j, devrait aboutir à une mise en service en 2026 pour faire face aux besoins grandissants du Grand Agadir», souligne Abdeslem Joulid.
En outre, une étude va être lancée concernant le ralliement de la zone d’Oulad Teima à l’adducteur de la station de dessalement de Chtouka, de manière à soulager la nappe. Cette zone étant alimentée par les forages des eaux souterraines aujourd’hui surexploitées.
Pour l’heure, il faut assurer le bon fonctionnement de la station de dessalement et du transport d’eau à travers une conduite de 44 km qui a enregistré des casses depuis sa mise en service en 2022. Aussi, une expertise a été initiée pour connaître l’origine de ces perturbations et comment les prévenir.
Le renforcement des réserves d’eaux salées est également entrepris pour la sécurisation de l’alimentation en eau potable de la métropole. Pour ce faire, la RAMSA (Régie autonome multiservice d’Agadir) investit dans de nouveaux réservoirs de stockage. Ainsi, cinq nouveaux réservoirs vont s’ajouter aux vingt-six existants pour faire passer dès juin prochain la capacité de stockage de 138.000 m3 à 180.000 m3.
Des investissements sont aussi réalisés au niveau de la station de traitement de Tamri alimentée par le barrage Moulay Abdallah, de manière à porter son débit à 1.100 l/s. Dans cette localité de Tamri, un barrage est aussi en construction. Il est de même programmé la surélévation du barrage Mokhtar Soussi (province de Taroudant) et un barrage dans la localité d’Imi Mikki (préfecture d’Agadir Ida-Outanane). Ces trois projets permettront la mobilisation de 82,5 Mm3/an d’eaux de surface additionnelles dans la région en 2050.
Améliorer le rendement des réseaux AEPI
Parallèlement à ces grands chantiers, dans le cadre du programme de réduction des disparités territoriales et sociales (PRDTS), un budget de plus de 750 millions de dirhams est alloué pour la réalisation de plusieurs projets pour l’accès à l’eau au profit de plusieurs localités rurales.
Dans la feuille de route régionale, pour faire face au stress hydrique, il est question aussi d’investir dans l’amélioration des rendements des réseaux d’alimentation en eau potable et industrielle. L’objectif est d’atteindre 80% à l’horizon 2030 et 85% en 2040. Pour l’heure, le rendement est de 72%.
Dans ce programme d’actions et de projets proposés par le PDAIRE, ce sont près de 3 milliards de dirhams qui seront investis au total. Objectif, dégager une offre en eau passant de 840 Mm3/an à 1.168 Mm3/an en 2050, ce qui permettra de surmonter le déficit des réserves non renouvelables des nappes et d’atteindre un équilibre entre l’offre et la demande.
Réutilisation des eaux usées pour répondre aux besoins en 2050
Comme le dessalement d’eau de mer, le recours à la réutilisation des eaux usées épurées est incontournable pour répondre aux besoins en eau à l’horizon 2050. À Agadir, depuis 2010, ce sont 150 millions de dirhams qui ont été investis dans la réutilisation des eaux usées, dans une démarche de développement durable.
En 2023, un volume de 4,5 millions de m3 d’eaux usées épurées a été distribué pour l’arrosage des espaces verts. En 2024, ce sont 6,5 millions de m3 qui sont programmés pour l’arrosage des espaces verts. Dans le Souss-Massa, dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide mutualisé (PNAM), les ambitions sont d’atteindre, en 2050, la mobilisation de 48 millions de m3/an des eaux épurées, ce qui représente 5% de l’offre.

