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PAM, un laboratoire d’expériences politiques

Le triumvirat à la tête de la direction collégiale a ceci en commun : trois profils qui ont «grandi dans la maison». 15 ans après, la «Génération PAM» prend les rênes. Et il y aura du travail à abattre. Éclairages.

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Le parti du Tracteur, dont la création remontant à une quinzaine d’années était déjà un fait marquant sur la scène politique, vient de négocier un nouveau tournant dans son histoire. Le 5e congrès national, qui s’est tenu les 9 et 10 février, en a entériné les contours en adoptant les nouveaux statuts, dont on retiendra, surtout, le mode de gouvernance.

Décrétant la fin du secrétariat général en «mode mono», issu d’habitude de l’élection d’une seule personne au gouvernail, le PAM a opté pour une direction collégiale. Avec toutefois cette nuance que le parti opte, sait-on jamais, pour une coordinatrice générale. Le concept est nouveau, certes.

Une première même. Mais on s’y attendait, de par «ce qui avait fuité», quelques semaines, voire quelques mois avant la tenue des assises nationales, mais il fallait bien attendre que le congrès y statue définitivement.
Vendredi 9 février, la commission juridique, avec Ahmed Akhchichine en chef d’orchestre, faisant recours à ses compétences de pédagogue, a planché, au cours d’une longue soirée de débat, sur la question. Et on a fini par convaincre les uns et les autres pour l’adoption d’une direction générale à trois têtes.

Le trio composé de Fatima Ezzahra El Mansouri, Mohamed Mehdi Bensaid et Salaheddine Aboulghali a été plébiscité, le jour d’après, par les congressistes. Avant, plusieurs scénarios ont circulé. D’abord, on avançait que cette direction allait être un «quintet» ou encore un triumvirat – le concept n’a sans doute rien à voir avec la Chine communiste d’une certaine époque–, voire une reconduction du statu quo. Suite aux débats «animés» au cours de cette fameuse soirée, ni le dernier ni le premier scénario n’ont été retenus.

Et c’est l’unique «liste à trois» présentée qui a eu, dans un «élan unanimiste», les faveurs des congressistes. Lesquels avaient voté, samedi 10 février, également, pour la jeune Najwa Koukouss, la propulsant à la présidence du conseil national. Soit un «quatuor» en toute «parité», indiquent des commentateurs. Avec une coordinatrice générale et une présidente du conseil national, le PAM est même précurseur dans le domaine.

Crise ou pas crise ?
Vue de l’extérieur, des observateurs ont estimé que cette «option serait le fruit de l’incapacité des PAMistes à trouver un terrain d’entente entre les différents prétendants, si ce n’est courant», allant jusqu’à considérer cela comme synonyme d’ «une crise interne». De l’intérieur, en revanche, on récuse des «différences d’appréciation», mais qu’il s’agit d’un «choix réfléchi», tendant à «innover en termes de gouvernance». «Une approche renouvelée», selon les termes utilisés dans le message de félicitations adressé par le Souverain à la nouvelle coordinatrice de la direction collégiale du secrétariat général du parti.
Pour la présidente sortante du conseil national, il est question de l’aboutissement d’une dynamique organisationnelle, mue par «la volonté» de rompre avec «le scénario classique», et ce, en «optant pour le renouveau en matière d’action politique». Aussi, affirme-t-elle, la «politique n’est plus celle du zaïm, mais celle de la réalité, où le projet politique doit prendre le dessus sur les personnes». Ce qui fait de ce parti un véritable laboratoire politique. Il est l’une des rares formations, sinon la seule à avoir respecté scrupuleusement le principe de renouvellement des élites et du mandat unique du secrétaire général depuis sa création. Les origines sociales et les convictions politiques et idéologiques antérieures, pour ceux qui en avaient, de ses anciens secrétaires généraux en disent long sur cette dynamique exceptionnelle. Ce n’est donc pas un hasard si l’on retrouve ce brassage, d’un seul coup, dans la composition de la nouvelle direction.
Reste à savoir, au-delà des murs de la maison de la formation du Tracteur, comment le parti allait gérer ses relations en externe, surtout dans la partie institutionnelle, avec un trio à sa tête. C’était prévu, dirait l’autre. La formation du Tracteur, comme précisé plus haut, a désigné, dans une démarche consensuelle, la maire de Marrakech en tant que «coordinatrice nationale de la direction (tripartite) auprès des institutions officielles». Réglé ! Quant au mode de fonctionnement de ce «collège» élu, on n’en sait pas grand-chose, sauf que ses membres pourraient aller vers une répartition des tâches. Et celles-ci, il y en aura pour mettre en musique les différents chantiers contenus dans le document politique approuvé, dont la pierre angulaire serait les «valeurs et les fondements qui ont présidé à la création» du PAM.
S’articulant autour du titre générique «Pour un contrat renouvelé», le document en question (62 pages) évoque plusieurs lignes directrices de l’action à mener sur les quatre années que durera le mandat. Outre les axes politiques généraux, la lecture de ce document attire l’attention, notamment dans son deuxième chapitre, sur la partie consacrée à la «lutte contre la corruption». Il est vrai, cette partie évoque la nécessité d’adopter des critères clairs et stricts quant au choix des personnes chargées de la gestion de la chose publique (…) pour la reconquête de la confiance dans les institutions. Y compris, lit-on, «les institutions à caractère représentatif». Visiblement, nous indiquent des PAMistes, le parti se dirigerait vers «un verrouillage de l’accès au ticket d’entrée». Question d’éviter les travers de l’«approche de massification qui a prévalu au cours de certaines séquences du récit du parti». Sur le rayon du «renforcement» de ses rangs, justement, la formation du Tracteur oscille entre deux formes quant à l’élaboration de son modèle organisationnel. Le document politique évoque, en fait, deux options. Soit maintenir d’être animé par ses militants uniquement, ou recourir, «progressivement», aux «réseaux des sympathisants» qui ont des liens organiques limités avec la formation, mais qui peuvent être mobilisés sur certains dossiers. De même qu’il est prévu de dynamiser les antennes du PAM en vue d’en assurer le «rayonnement», ce qui signifie que les secrétaires régionaux auront du travail à abattre. Sur fond des récents «rebondissements» qui l’ont éclaboussé, le PAM devrait bien mener «campagne» pour séduire.


ENCADREMENT
Un parti politique fait partie des instruments d’encadrement des citoyens certes, mais ses militants ont aussi besoin d’être encadrés. D’où l’impératif de disposer de programmes de formation visant le renforcement des compétences. Au PAM, on indique que le projet existe, mais qu’il est toujours en phase de réflexion. Ceci est d’autant plus «urgent» du fait que cette formation a des responsabilités au niveau gouvernemental, dans les régions et les autres entités territoriales. Or, le projet de création d’une académie de formation du PAM devra constituer une réponse aux exigences du nécessaire accompagnement de ses élus et de ses militants. Une académie, annonce-t-on, dont la direction sera confiée à l’un des «pères fondateurs», en la personne de Ahmed Akhchichine.