Scans
Abécédaire 2023 : Des Aides directes à Famille (1/4)
Quoi de mieux que des mots pour restituer les événements qui ont marqué la société et l’économie marocaine au cours des douze derniers mois. A comme « Aides directes », B comme « Batteries », C comme « Cannabis », D comme « Délais de paiement, E comme « Eau » ou F comme « Famille ».
A comme
Aides directes
Le filet social déployé

Le train de la réforme sociale arrive à sa deuxième station. Les premières aides de 500 DH, au minimum, aux familles nécessiteuses seront servies en cette fin de décembre. Une plateforme digitale a été mise en place pour recueillir les inscriptions. Il s’agit d’une révolution à plusieurs facettes. C’est la première fois que le gouvernement met en place un véritable filet social pour toutes les personnes en situation de vulnérabilité. Si, selon les chiffres du HCP, seulement 20% des Marocains sont en situation de pauvreté, et donc éligibles, le gouvernement a décidé d’étendre ce programme à 60% des familles non couvertes par les régimes de sécurité sociale, qui vont bénéficier d’un soutien financier mensuel. C’est aussi une révolution digitale. Avant de recevoir son allocation sociale, le chef de ménage candidat devra passer par le RNP et le RSU pour se faire attribuer son indice social lui permettant de s’inscrire sur la plateforme. C’est au passage ce même indice qui ouvre accès à l’AMO-Tadamon, une autre réussite du gouvernement, généralisée déjà l’année dernière. Dès sa première semaine, la plateforme avait reçu plus de 3 millions de demandes. C’est donc la première fois qu’un programme social est entièrement piloté de manière digitale, quasiment sans l’intervention de l’élément humain. Le risque de fraude est ainsi réduit au minimum. Le coût total du programme est estimé à 25 milliards de dirhams en 2024 et va passer à 29 MMDH en 2026. Il passera à 40 MMDH en intégrant l’AMO…
B comme
Batteries
Pleine charge d’investissements chinois
L’industrie des batteries électriques a été en vedette tout au long de l’année, avec cette ambition réaffirmée du Maroc de se positionner comme un acteur clé dans la géopolitique mondiale de la mobilité propre. En 2023, les annonces d’investissement, dans le Royaume, faites par des géants du secteur, notamment asiatiques, se sont succédé. Parmi les plus emblématiques, il y a le projet du chinois Gotion High-Tech de 65 milliards de dirhams pour la mise en place d’un écosystème industriel de production de batteries pour véhicules électriques à Kénitra. Citons aussi le projet du coréen LG Chem, en partenariat avec le chinois Youshan, pour la construction d’une usine de cathodes LFP (lithium-fer-phosphate) destinées au marché américain. Un autre projet phare est celui du chinois CNGR avec Al Mada, pour construire un complexe industriel de batteries électriques à Jorf Lasfar, pour 20 milliards de dirhams. Un projet qui devrait rapidement se concrétiser, avec une production dès 2025. L’attractivité du Maroc s’explique par ses nombreux atouts : des ALE avec les deux plus grands marchés cibles (les USA et l’UE), une base industrielle automobile éprouvée et surtout la possibilité de développer un écosystème des batteries d’amont en aval. En effet, de l’extraction des minerais dont le Royaume regorge (phosphate, cobalt, cuivre, nickel, etc.) jusqu’au recyclage des batteries usagées, en passant par la fabrication des cellules et des électrodes et l’assemblage des batteries, c’est toute une chaîne de valeur de l’industrie des batteries qui est en train de se mettre en place. Et ce n’est qu’un début.
C comme
Cannabis
Première traversée légale
L’année 2023 est à marquer d’une pierre blanche pour les agriculteurs du cannabis licite. Un exercice qui a connu les premières récoltes (294 tonnes) certes, mais surtout la première sortie légale vers le Vieux continent. En effet, une vingtaine de producteurs, avec une dizaine de produits dans les bagages, accompagnés par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), ont pris part, en novembre à Prague (République Tchèque), au Salon Cannafet. Une opération qui entre dans le cadre de l’accompagnement de l’Etat aux agriculteurs des régions réglementées, afin de marketer leurs produits destinés à usages industriel et médical. Dans cette même dynamique, l’ANRAC a organisé, en octobre, une mission de prospection à Amsterdam (Pays-Bas), en présence de représentants de plusieurs coopératives.
Il est à noter, en outre, que jusqu’à fin novembre, l’ANRAC fait état de 609 autorisations délivrées sur 1.063 demandes traitées. Dans le détail, 430 autorisations ont été accordées au profit des agriculteurs pour l’activité de culture et de production de cannabis et 179 pour des activités de transformation, dont 47 à des fins industrielles, 51 à des fins de commercialisation et 54 à des fins d’exportation.
D comme
Délais de paiement
Une révolution attendue
«Un grand jour pour les entreprises au Maroc»! Le patronat a accueilli avec enthousiasme l’entrée en vigueur, cet été, de la nouvelle loi sur les délais de paiement. Erigée au rang de priorité par le gouvernement, l’adoption du nouveau texte constitue une véritable révolution dans les transactions commerciales au Maroc. Cette loi institue en effet pour la toute première fois des sanctions pécuniaires aux mauvais payeurs qui ne respectent pas les délais légaux, avec l’ambition de mettre fin à une pratique bien ancrée, hélas, dans les habitudes des opérateurs et qui gangrène l’économie nationale depuis trop longtemps. Quand la carotte ne marche pas, il faut sortir le bâton…Une méthode qui a déjà fait largement ses preuves sous d’autres cieux et que le Maroc, après des années d’atermoiement, a finalement adoptée. Les enjeux sont énormes : les délais de paiement dans le secteur privé n’ont cessé de s’allonger faute de dispositif coercitif, au point de devenir la norme, pour atteindre des durées record (près de 280 jours pour les TPME), plaçant le Maroc en queue de peloton mondial dans ce domaine. Le crédit interentreprises a lui atteint le montant faramineux de 420 milliards de dirhams, avec les difficultés de trésorerie que cela engendre, notamment pour les petites entreprises. Il était temps de stopper l’hémorragie…
E comme
Eau
Soif et sécheresse sur toutes les lèvres
Le stress hydrique s’était bien fait sentir en cette année marquée par une faible pluviométrie ! Le manque de cette ressource vitale a considérablement pesé sur la production agricole et a même mis en péril l’approvisionnement de grandes agglomérations en eau potable. Le 28 août dernier, une autoroute de l’eau reliant les bassins de Sebou et Bouregreg a permis de sécuriser les robinets d’une bonne partie du Grand Casablanca. Le même mois, c’est la station de dessalement de l’OCP à Safi qui a été reliée au réseau pour desservir les villes de Safi et El Jadida. C’est que le gouvernement a été des plus réactifs à la problématique. De grands chantiers sont lancés dans le cadre du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) chiffré à 143 milliards de dirhams. Entre autres, la station de dessalement de Casablanca dont les travaux de réalisation devront incessamment commencer. Et avec le niveau de pluviométrie actuelle, l’eau restera au cœur des préoccupations en 2024. Une prière rogatoire avait été organisée le 1er décembre 2023. Et le ministre de tutelle vient d’annoncer des statistiques alarmantes et des mesures drastiques.
F comme
Famille
Code à réviser
Annoncée par le Souverain durant le discours du Trône 2022, la réforme de la Moudawana a été au cœur des débats durant cette année. Elle l’est devenue encore plus suite à la Lettre royale du 26 septembre ordonnant au Chef du gouvernement de mener une concertation nationale à ce sujet pour lui soumettre des propositions dans un délai de six mois. Une démarche qui témoigne de la confiance placée en Aziz Akhannouch, sachant que la précédente réforme avait été pilotée par une commission indépendante. Depuis, le processus de concertation conduit par la commission désignée bat son plein. Partis politiques et acteurs associatifs défilent pour soumettre leurs propositions de réformes. Tous les avis seront donc entendus lors de ces prochains mois afin de compiler une proposition de réforme de ce texte législatif fondamental pour la famille marocaine. Reste à voir à quel point les législateurs sauront répondre aux revendications des uns et des autres. Un équilibre est à trouver entre les préceptes religieux et les exigences de la modernité de manière à tendre vers une égalité entre l’homme et la femme.