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Crèmes glacées : un business qui ne fond pas au soleil…

Haute saison pour le secteur des crèmes glacées. Activité saisonnière, les ventes enregistrent un pic entre juin et mi-septembre. L’achat des glaces reste essentiellement impulsif lors des sorties alors que la consommation à domicile n’est pas réellement introduite dans les mœurs du Marocain.

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En été et au moment des grandes chaleurs et des sorties en famille, les crèmes glacées sont le produit plaisir par excellence. Ce qui explique la très forte saisonnalité de ce marché et la prédominance de la consommation impulsive des glaces. Selon les professionnels, le secteur réalise 85% de son chiffre d’affaires durant l’été, notamment de juin à septembre. «Le Marocain consomme les glaces durant l’été et très peu ou pas du tout en hiver. Aussi, la consommation à domicile n’est-elle pas encore entrée dans les mœurs. Ce qui explique la faible consommation nationale qui est de l’ordre d’un quart de litre par habitant. Cette consommation moyenne est cinq fois inférieure à l’Europe par exemple», explique Moulay Abdessalam Alaoui, directeur général de Mobigen Holding, fabricant et importateur de glaces.

Cette industrie a souffert pendant le Covid-19 en raison du confinement, des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, principalement à cause des restrictions logistiques. Par ailleurs, les professionnels signalent que «la période de pandémie a été difficile en raison de la hausse de 20% du coût des matières premières, notamment le sucre et le lait en poudre, qui n’a pas pu être répercutée sur le prix consommateur». Mais, en dépit de l’impact de la pandémie, les ventes ont repris au cours des deux dernières années et, aujourd’hui, le secteur enregistre une croissance à deux chiffres. On est passé de 8% durant la pandémie à 12-13 % actuellement.

Le marché demeure traditionnellement dominé par la catégorie impulsive qui représente plus de 80% des ventes, tandis que la part du segment à emporter se situe autour de 20%. Ainsi, les glaces en bâtonnet ont une part de marché de 45%, celle du cornet se situe entre 30 et 35%. Le reste du marché porte sur les ventes en vrac.

Sensibiliser le consommateur pour atténuer la saisonnalité…
Les ventes de glaces se font essentiellement dans le secteur traditionnel de distribution. En effet, selon les opérateurs, 70% des ventes se font auprès des épiceries et les kiosques de plage. Par ailleurs, 30% des ventes de glaces s’effectuent dans les grandes surfaces. On notera également le développement, depuis 2020, des ventes en ligne. Produit plaisir pour les vacances et les quelques événements, les glaces sont accessibles.
Leur prix varie entre 3 dirhams et 18 dirhams. Les fabricants locaux proposent des bâtonnets ou des sticks à 1 dirham. Une niche développée par les professionnels pour contrer la fabrication informelle de glaces concoctées et distribuées par le célèbre «Moul Labani».

Si le Marocain lie essentiellement la consommation de glaces aux sorties en famille ou entre amis, il a également une forte préférence pour les parfums chocolat et vanille en premier lieu et fraise en second temps. Les glaces aux fruits exotiques viennent en dernier. Préférant les glaces plutôt sucrées, le consommateur n’est pas porté sur les glaces light ou healthy. Une niche que les producteurs de glaces ont essayé de développer mais sans grand succès.
Si dans plusieurs pays le segment à emporter a culminé de manière dynamique en période de crise sanitaire, au Maroc, le marché n’a pas connu de changement. Pour encourager la consommation à domicile des crèmes glacées et surtout pour atténuer la saisonnalité des ventes, les opérateurs jugent nécessaire de sensibiliser, via des campagnes, les consommateurs. Ce qui permettrait d’inverser la tendance saisonnière qui est actuellement de 85% en été et 15% durant l’hiver. Alors que dans des pays comme la Grande-Bretagne et les USA la répartition des ventes en fonction des deux saisons est de 60% et 40%. Les actions de marketing visent aussi à expliquer que la glace est un produit protéiné qui peut être consommé tout au long de l’année par exemple par les personnes qui font du sport. Détenu par plusieurs fabricants (Pingouin, Yasmina Glaces, Groupe Ice), le marché est estimé à 1 milliard de dirhams, le secteur des crèmes glacées est approvisionné à hauteur de 75% par la fabrication locale, le reste est importé. «Les produits importés sont une petite niche que nous tenons à proposer à une clientèle essentiellement constituée de Marocains résidents à l’étranger, les touristes et les nationaux connaissant ces produits», note M. Alaoui de Mobigen Holding. Cette entreprise fabrique ses propres produits mais elle s’est également lancée dans des partenariats avec des entreprises nationales pour la fabrication de leurs propres marques. Outre le développement du marché local, les professionnels du secteur, notamment Pingouin, s’attellent aussi à se positionner à l’étranger et en particulier en Afrique.


Une glace au cannabis ?

Si les producteurs de glaces au Maroc n’osent pas encore se hasarder, goût du consommateur oblige, sur des produits élaborés, notamment de profil gustatif et de valeur nutritionnelle, ailleurs les opérateurs n’hésitent pas à jouer cette carte. De plus, le changement de préférence des consommateurs vers le régime végétalien et la population croissante d’intolérants au lactose ont entraîné une amélioration de la demande pour la catégorie des crèmes glacées non laitières.
Dans le but d’obtenir un avantage concurrentiel et d’attirer davantage de consommateurs, les fabricants de crème glacée créent des produits avec des ingrédients fonctionnels, des garnitures à base de plantes biologiques et des saveurs exotiques dans les formulations de produits. Par exemple, les entreprises incluent d’autres saveurs exotiques, telles que les fruits tropicaux, les citrons et les noix de coco, pour répondre aux goûts changeants des consommateurs. Les clients soucieux de leur santé préfèrent une crème glacée à faible teneur en calories et en matières grasses, appelée Skinny Cow. Par ailleurs, la réglementation favorable répond également aux innovations du marché étudié. Par exemple, en mai 2019, la FDA a tenu une audience publique sur la légalisation du cannabidiol aux États-Unis. Ainsi, les principaux acteurs exploitent cette opportunité et introduisent de nouveaux produits dans le but de différencier leurs offres. C’est le cas de Ben & Jerry qui a lancé la crème glacée infusée au CBD. De plus, la crème glacée à l’alcool gagne également en popularité dans les régions développées, telles que l’Amérique du Nord et l’Europe. Les produits contiennent moins de 0,5% d’alcool et sont donc largement vendus au détail dans les épiceries et les magasins spécialisés. Par exemple, Häagen-Dazs a lancé une crème glacée infusée d’alcool avec une saveur de cinq pintes traditionnelles à base de crème irlandaise, de rhum et de bourbon. Ces innovations sont un véritable moteur de croissance pour le marché des crèmes glacées.