Une année 2016 sous le signe de la résilience pour le secteur bancaire

Reprise du crédit sur fond de baisse généralisée des taux et d’une concurrence acharnée. Les banques exploitent de nouveaux filons pour doper leurs revenus. Le PNB global des banques cotées en bourse devrait augmenter de 5,5% à fin 2016 et le RNPG de 9,1%.

Le secteur bancaire continue d’évoluer dans un contexte économique atone, marqué par une faiblesse de la demande des crédits (ralentissement des investissements, désendettement des sociétés immobilières, etc). Toutefois, une légère reprise a été constatée sur les onze premiers mois de 2016, fruit de la baisse généralisée des taux et d’une concurrence acharnée entre les banques. Selon les derniers chiffres de Bank Al-Maghrib, l’encours des crédits bancaires a enregistré une hausse de 4% à fin novembre par rapport à la même période en 2015, à 795,7 milliards de DH. Par secteur institutionnel, les crédits destinés aux ménages et au secteur public ont enregistré une accélération de leur rythme de croissance, à 4,9% et 15,9%. Pour leur part, les crédits accordés aux entreprises non financières privées se sont quasiment stabilisés. En face, les prêts octroyés aux sociétés financières ont crû de 7,2%.

Dans ce contexte, les résultats des banques cotées en bourse devraient être impactés par plusieurs éléments, selon les analystes d’Upline Securitises : un resserrement des marges d’intermédiation, la réalisation de profits exceptionnels liés à l’impact de la baisse des taux sur les portefeuilles obligataires transactionnels des banques, et l’allégement du coût du risque (après trois années de fort provisionnement). D’autres éléments ponctuels devraient impacter la rentabilité sectorielle. En effet, les réalisations annuelles devraient intégrer l’impact de l’acquisition par Attijariwafa bank de Barclays Bank Egypt et de la cession de 50% de sa participation dans sa filiale Wafa Assurance à la SNI. La banque estime que ces deux opérations devraient augmenter son RNPG par action de 2,7 DH, et ce, sur la base d’une parité de change EGP/MAD de 1,1. Toutefois, après la décision de la banque centrale égyptienne de passer à un régime de change flottant, la livre égyptienne s’est fortement dépréciée face au dirham (une parité EGP/MAD de près de 0,6 actuellement), chose qui devrait certainement réduire la contribution attendue de la filiale égyptienne aux résultats du groupe en 2016. Le deuxième facteur qui devrait impacter la rentabilité du secteur est celui des contrôles fiscaux. D’une part, les résultats du Crédit du Maroc devraient profiter de la non récurrence de la charge liée au redressement fiscal de 79 MDH en 2015, et, d’autre part, la BMCI pourrait voir ses résultats plombés par les résultats d’un contrôle fiscal.

Perspectives favorables pour 2017

En chiffres, les analystes tablent sur une hausse de 5,5% du PNB consolidé global à fin 2016, à 39,9 milliards de DH. Suivant la même tendance, le RNPG agrégé devrait croître de 9,1%, à 8,2 milliards de DH. Il est à noter que ces estimations sont retraitées des prévisions de la BCP (pour des raisons déontologiques), de l’impact des dernières transactions d’Attijariwafa bank ainsi que du probable redressement fiscal de la BMCI.

Pour 2017 et après un cycle de décélération, les analystes pensent que l’activité bancaire devrait reprendre son rythme de croissance, capitalisant sur la reprise prévue de la croissance économique du pays (une moyenne de 4% pour les deux prochaines années) et sur l’orientation accommodante de la politique monétaire. Preuve en est, la Banque centrale prévoit une croissance des crédits bancaires de 4% en 2017 et 4,5% en 2018.

Côté rentabilité, la poursuite de la tendance baissière des taux débiteurs devrait exercer une pression supplémentaire sur la principale composante de la profitabilité qui est la marge d’intérêt des banques. Conscientes de cela, les banques se sont fixé l’objectif de rechercher de nouvelles sources de revenus via notamment le développement des activités de marché et des services génératrices de commissions (services de paiement, bancassurance, etc.), la poursuite de la croissance en Afrique, soit en Greenfield ou via des prises de participation dans des banques et des assurances à potentiel, et le développement des activités de banques participatives. Notons que Bank Al-Maghrib vient d’autoriser cinq banques (ATW, BCP, BMCI, CIH et CAM) à créer des filiales de banques participatives et elle a émis un avis favorable pour les trois banques à capital majoritairement français (BMCI, CDM et Société Générale) pour offrir des produits participatifs à leur clientèle.

En termes d’indicateurs boursiers, le PER à fin 2016 d’Attijariwafa bank et de Crédit du Maroc devraient s’établir à 20,6, celui de BMCE à 18,2, du CIH à 16,8 et de BMCI à 14,5. Le dividend yield de cette dernière devrait être de 5,2%, celui du CIH de 4,7%, ceux d’ATW et CDM de 4,5% et enfin celui de BMCE de 2,5%.