Profit warnings : aucun impact prévu sur la bourse

L’effet des avertissements sur résultats est déjà  intégré dans les cours depuis l’année dernière. Les bénéfices au titre de 2014 devraient ressortir en progression grà¢ce aux télécoms, aux banques et aux cimenteries.

La bourse se maintient sur le trend haussier entamé depuis le début de l’année, malgré quelques corrections techniques consécutives aux prises de bénéfices. Le Masi a atteint en effet une performance de 8,7% le 3 mars, alors qu’à la même date de l’année dernière, la hausse se limitait à 3,6%. La liquidité s’est également redressée. Les échanges sur le marché central ont généré un volume quotidien moyen de 127 MDH, en hausse de 85% par rapport à la même période de l’année précédente. Dans ce contexte, les analystes confirment leurs prévisions : «2015 est une année haussière pour la Bourse de Casablanca. Nombre d’indicateurs économiques le prouvent», affirme l’un d’entre eux.

En effet, la conjoncture économique globale se redresse progressivement comme l’attestent les taux de croissance prévus par les instances nationales et internationales. De plus, les banques subissent moins de tensions sur les liquidités.

Le déficit s’étant situé à 39,5 milliards de DH à fin janvier, en amélioration de 15% sur un mois. Enfin, les finances publiques se portent beaucoup mieux avec un excédent budgétaire de 5 milliards de DH à fin janvier contre un léger déficit une année plus tôt. «Ce redressement des finances publiques y est pour beaucoup dans la bonne tenue du marché boursier», notent certains professionnels. Car cela implique un recours moins important du Trésor au marché de la dette domestique, tirant ainsi les taux d’emprunt à la baisse. Le marché des bons du Trésor n’a jamais été aussi inintéressant qu’actuellement avec des taux qui atteignent à peine 2,4% pour la maturité 13 semaines, 2,9% pour le 5 ans et 3,2% pour le 10 ans. Depuis le début de cette année, les baisses vont de 7 à 31 points de base pour ces échéances, sachant qu’une année auparavant, ils ont affiché des reculs respectivement de 1, 1,7 et 2,2 points. Et les professionnels s’attendent à une poursuite de la baisse sur les prochains mois.

Les investisseurs n’ont donc plus le choix que de se diriger vers le marché actions et dans une moindre mesure vers le marché de la dette privée qui continue d’offrir des rendements intéressants. Même les produits bancaires ne rapportent plus autant qu’auparavant, car leur rémunération suit généralement la tendance des taux des bons du Trésor.

Tous ces facteurs sont favorables à un retour des investisseurs sur le marché boursier, mais depuis quelques semaines, un élément est venu noircir le tableau : les avertissements sur résultats formulés par certaines sociétés cotées pour prévenir la communauté des analystes et des investisseurs d’une dégradation importante de leurs bénéfices au titre de l’exercice 2014. Il s’agit de la Samir qui a ouvert le bal, des trois sociétés minières cotées, à savoir Managem, sa filiale SMI et la CMT, d’Alliances et de Centrale Laitière. Si les compagnies minières et la Samir ont été impactées par la chute du cours du baril et des métaux à l’international, le groupe Alliances a fait les frais de la méforme du pôle construction et, dans une moindre mesure, du segment haut standing. L’agro-industriel Centrale Laitière, lui, a été affecté par des charges fiscales exceptionnelles liées aux années antérieures.

Compte tenu de ces mauvaises nouvelles qui s’abattent sur un marché qui émerge après 5 années de baisses successives (exception faite de 2010), A quoi faut-il s’attendre ? Y aura-t-il rupture de tendance ?

Non, affirment les analystes. Pour ces derniers, la bourse n’est toujours pas mature. Elle reste tirée par certaines grandes capitalisations (Maroc Telecom, Attijariwafa bank, BCP, Lafarge…) vu leur poids sur le marché. Et ces dernières maintiennent une tendance favorable. Maroc Telecom affiche une performance de 16% au moment où Attijariwafa bank et la BCP alignent une hausse de 10% contre 18% pour Lafarge. Donc même si les autres titres cotés accusent des retraits significatifs de leurs cours, ils n’affecteraient pas d’une manière importante le trend adopté par l’indice général du marché.

De plus, sur les 6 profits warnings publiés jusqu’à présent, quatre ont déjà été prévus par la communauté financière. Il s’agit des avertissements de Managem, SMI, CMT et la Samir. L’effet de la baisse des bénéfices de ces sociétés est déjà intégré dans l’esprit des intervenants sur le marché et donc dans le cours en bourse de ces valeurs, et ce, depuis 2014. D’ailleurs, depuis le début de l’année, les valeurs minières n’ont perdu qu’1,3% pour Managem et 0,7% pour CMT. En revanche, SMI a accumulé une forte baisse de 15,8%. La Samir a également essuyé des reculs, car, au-delà de l’impact de la conjoncture internationale, le raffineur est toujours en mauvaise posture en raison de sa situation financière qui peine à se redresser. Elle s’échange actuellement à 218 DH, en baisse de 10% depuis début janvier, sachant qu’elle a perdu 6,6% en 2014.

Un directeur du département analyse et recherche d’une société de bourse rassure : «Même avec ces profit  warnings, la masse bénéficiaire au titre de l’exercice 2014 devrait ressortir en croissance». Les secteurs bancaire, des télécommunications et du ciment devraient tirer le résultat net global à la hausse. Néanmoins, notre source émet une réserve pour le secteur immobilier. Ses bénéfices pourraient s’inscrire en quasi-stagnation, voire en léger recul, en raison de la baisse des ventes notamment dans le segment du moyen standing. Cela dit, même si cette branche bat de l’aile, le logement social, lui, se comporte toujours bien, surtout pour Addoha et la nouvelle recrue de la cote, Résidences Dar Saada. En tout cas, vu la conjoncture actuelle, leur niveau d’endettement ainsi que le niveau élevé de leurs stocks de produits finis, Addoha ainsi qu’Alliances ont mis en œuvre des plans de restructuration, ce qui a aidé à atténuer les inquiétudes des analystes. L’un d’eux affirme: «Sur la base des stratégies annoncées, on est plus ou moins confiant pour les 2 prochaines années au moins».

Par ailleurs, il faut souligner un changement de stratégie de placement chez les investisseurs. Ces derniers ne misent plus sur les valeurs qui offrent un potentiel de croissance du cours. Ils privilégient plutôt les valeurs qui devraient proposer un taux de rendement de dividendes important. Ils maintiennent ainsi une position acheteuse sur certaines valeurs avec comme priorité les titres du secteur des ciments, des télécoms, des banques…, dont le dividend yield est au moins égal à la moyenne offerte par le marché. De plus, le profil des investisseurs opérant sur le marché commence à se dessiner. Les investisseurs spéculateurs ne constituent désormais qu’une poignée, les autres ont plutôt une politique de placement long-termiste.

Quoi qu’il en soit, le marché boursier devrait poursuivre son trend haussier. L’amélioration prévue des résultats globaux ne pourrait qu’être bénéfique à la poursuite de la hausse, à moins qu’il y ait de mauvaises surprises qui seraient plus dues à des éléments exceptionnels qu’à des facteurs conjoncturels.