Placements verts, une alternative pour investisseurs engagés

Les green bonds constituent un premier pas vers la création d’un marché. Les organismes financiers appelés à communiquer davantage sur ce type de produits. Ils peuvent être systématiquement mis en avant pour des projets à vocation écologique.

De plus en plus d’investisseurs veulent fructifier leurs fonds, mais pas n’importe comment. En effet, des paramètres relatifs à l’éthique, à la confession, aux respects de l’environnement ont pris de l’importance dans le choix des secteurs à investir. Ce n’est donc pas un hasard si les gérants de fonds scrutent d’autres indicateurs, comme la notation sociale, l’empreinte carbone et bien d’autres. Dans beaucoup de pays, les plus industrialisés en particulier, l’offre s’est élargie et s’étoffe d’année en année.

Au Maroc, le segment des placements verts en est à ses balbutiements. Les premières émissions de green bonds ont été initiées en 2016. Ces papiers constituent en quelque sorte la base du marché.

«Les green bonds sont les placements de l’avenir. Pour nous, le fait que, dans leur structuration financière, ces derniers ne présentent aucune différence réelle par comparaison aux autres instruments, il nous est plus facile de les proposer aux investisseurs intéressés. Toutefois, il est nécessaire de capitaliser sur cet intérêt pour mieux faire connaître ces produits, et participer à leur démocratisation», confie à La Vie éco le responsable du Pôle grands comptes d’une banque de la place.

Cependant, «les investisseurs marocains ne connaissent pas encore ce produit et, par conséquent, ne le sollicitent pas encore comme ils le devraient», poursuit notre source, qui prône plus «de communication autour de ces instruments, de leur vocation écologique et des possibilités qu’elles offrent en termes de financement de centrales éoliennes ou photovoltaïques».

Le marché bientôt mature

Une position partagée par Mohamed Habbal, président de Nova Power. Cet investisseur de premier plan a assuré que «le développement des green bonds ne peut être que bénéfique pour le secteur car les investissements nécessitent des solutions de financement viables». Et de poursuivre : «Le Maroc a marqué des avancées phénoménales dans le domaine des énergies renouvelables. Nous n’avons pas besoin d’attendre et de voir ce qui se fait ailleurs pour nous décider enfin à user de ces instruments».

Pour M. Habbal, les investisseurs sont tenus par des impératifs financiers auxquels ils ne peuvent échapper. «Si je vais voir un banquier pour lui demander de financer un projet de centrale éolienne par des green bonds, je ne peux faire autrement que de comparer avec le reste des offres qui ne sont pas écologiques. Si une configuration X sied à mes contraintes, je n’aurai d’autres choix que de la privilégier. Par contre, si le banquier me conseille et me convainc de la pertinence des green bonds, de leur intérêt et des immenses avantages qu’ils procurent, j’y souscrirai immédiatement», explique le président de Nova Power, arguant qu’il incombe aux banques de faire la promotion de ces instruments financiers afin de booster l’intérêt et faire en sorte que les green bonds soient sollicités plus souvent. «Cela va créer une dynamique positive portée par des investisseurs engagés pour le vert et la protection de l’environnement. Le Maroc et l’Afrique ne pourront qu’en bénéficier. Encore faut-il que la formulation de ces green bonds soit intéressante». Et par cela, M. Habbal fait référence au taux qui y est annexé. «Si nous voulons que les investisseurs s’intéressent massivement aux green bonds, il faut les aider à s’y orienter en y accolant des taux plus bas que ceux pratiqués lors d’un financement classique. Ceci étant, il est également possible de mettre un taux plus élevé si le but est de fédérer les investisseurs autour d’une posture engagée, qui ne verrait pas d’inconvénients à payer plus cher une solution de financement si celle-ci est éthique par exemple», explique-t-il.

Un emprunt obligataire vert suppose le financement de projets contribuant à la transition écologique. La différence par rapport aux obligations classiques réside dans les engagements pris par l’émetteur, d’une part, sur l’usage précis des fonds récoltés qui doit porter sur des projets ayant un impact favorable sur l’environnement, et, d’autre part, sur la publication, chaque année, d’un rapport rendant compte aux investisseurs de la vie de ces projets. Il n’existe pas de définition réglementaire ni de standards précis, mais de grands principes volontaires rédigés en 2013 par quatre grandes banques internationales, Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, JP Morgan Chase et le français Crédit Agricole CIB. Ils recommandent notamment des avis d’experts extérieurs, tels qu’une attestation de seconde opinion (par des agences spécialisées comme Vigeo Eiris et oekom research) et une certification.

Le continent européen a indéniablement un train d’avance en termes de finance verte. L’Union européenne a d’ailleurs un plan d’action pour accélérer le développement de la finance durable et des investissements écologiques en incitant financièrement les banques à investir dans des placements verts en les rendant plus avantageux que des investissements classiques en matière de fonds propres réglementaires. En outre, l’UE souhaite créer un label européen pour les fonds verts. En France, qui elle-même a une longueur d’avance par rapport à ses voisins européens, il existe plusieurs produits permettant aux petits épargnants de «mettre du vert dans leurs placements». On a, par exemple, des livrets d’épargne qui collectent des fonds destinés à l’amélioration de l’environnement. Des livrets bancaires non plafonnés, accessibles à tous, dont la collecte est dédiée au financement des travaux ou des équipements à plus-value environnementale. Par exemple, il est utilisé pour l’achat de capteurs solaires, d’un dispositif de chauffage privilégiant les énergies renouvelables, etc. Il y a aussi le Livret de développement durable (LDD), qui est diffusé dans toutes les banques, dont une partie des ressources sont consacrées à des éco-prêts. D’autres types de placements sont également possibles comme les placements écologiques à court, moyen et long terme (de 5 à 30 ans) qui correspondent à des investissements réalisés dans l’économie réelle aux industries et collectivités. Et ayant une vocation écologique, puisqu’elles permettent aux entreprises de réduire considérablement leur facture d’électricité, et leurs coûts.

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