Ouvrir une supérette, un commerce rentable

Une supérette de 300 m2 en location nécessite un investissement de 730 000 DH. Près de 74% des charges récurrentes vont à  l’achat de marchandises et à  la constitution du stock. L’affaire génère des recettes de 3000 DH par jour en début d’activité et peut dégager 10000 DH quand elle atteint sa vitesse de croisière.

Les magasins de proximité connus sous l’appellation plus usuelle de supérettes poussent de plus en plus aussi bien dans les quartiers populaires que dans les huppés. Il faut dire que la demande des biens consommables évolue à un rythme soutenu, même en temps de crise. Si certains biens sont des fois moins consommés, les produits de base, eux, sont constamment demandés, à l’instar du sucre, de l’huile, du thé, du pain…  A côté, les ménages y trouvent leur compte, puisque se rendre dans la supérette du quartier leur permet d’économiser du temps, ne serait-ce qu’en tenant compte des files d’attente qui peuvent se former devant les caisses des grandes surfaces. Il y a encore de la place sur ce marché qui reste assez vierge, même s’il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de supérettes créées par année puisqu’elles n’obéissent à aucun critère réglementaire ou cahier des charges particulier. D’ailleurs, c’est en raison de l’opportunité de gains qu’offre ce business que bien des enseignes commencent à y investir. Allusion au turc BIM et à l’arrivée effective ou annoncée des grandes enseignes telles que Marjane et Label’vie dans ce segment. C’est dire que la concurrence devrait être rude. Notons quand même que si nombre de supérettes continuent de prospérer dans ce contexte, d’autres n’ont pas réussi à tenir. Il s’agit en fait d’un business rentable qui reste ouvert à tout type de personnes, mais qui requiert tout d’abord une étude minutieuse qui concerne tant l’emplacement que les habitudes de consommation des citoyens. En tout cas, une supérette d’une superficie de 300 m2, nécessitant un budget d’investissement de 730 000 DH, peut rapporter annuellement plus de 170 000 DH pour des charges récurrentes annuelles de 1,3 MDH.
Commençons par les prérequis. Une personne souhaitant ouvrir une supérette devrait au préalable trouver un bon local. Il est conseillé d’opter pour de petites superficies dans les quartiers populaires ne dépassant pas 100 m2. En revanche, les expérimentés du marché recommandent de chercher des locaux à partir de 200 m2 dans les autres quartiers. La location est préférable en début d’activité, surtout vu la cherté des terrains fonciers, à moins que le promoteur dispose déjà du foncier nécessaire qu’il souhaiterait valoriser et aménager.

Il faut compter près de 100000 DH pour l’équipement

Quoi qu’il en soit, le local devra disposer d’un espace réservé au stock de la marchandise. En supposant un local de 300 m2, le propriétaire devra allouer un budget de 50000 DH pour l’aménagement, la peinture, l’installation de l’électricité et des conduites d’eau. Pour l’équipement, il est conseillé de faire appel à une société spécialisée qui devrait fournir tout le matériel nécessaire : réfrigérateurs, frigos, caisse, balance, rayons avec étagères… Pour cela, il faut compter près de 100000 DH. Comme l’appel à la société peut s’avérer plus coûteux, il est possible d’acquérir le matériel à l’unité ou encore de faire fabriquer ses meubles avec étagères, tiroirs… Par ailleurs, les sociétés agroalimentaires peuvent proposer gratuitement des réfrigérateurs, à condition d’y déposer la marchandise portant leurs marques telles que Coca Cola, Pepsi, Danone, Jaouda… Ensuite, une enveloppe de 50 000 DH est nécessaire si l’investisseur choisit de mettre en place des vitrines afin d’exposer une partie de la marchandise.
Une fois le local monté et équipé, il faut débourser pas moins de 400 000 DH pour la constitution du premier stock de marchandises. Bien qu’elle s’apparente plus à une charge, la valeur de cette marchandise est considérée par le propriétaire d’une supérette à Casablanca comme un investissement de départ vu qu’elle constitue un indispensable pour le démarrage de l’activité au même titre que l’aménagement et l’équipement du local. Selon notre source, 50% du budget marchandises doit être consacré aux produits de base (huile, thé, sucre, fruits et légumes élémentaires), 30% au lait et produits laitiers, le reste devrait être réparti entre les autres biens de consommation (biscuiterie, viande, produits de toilette…). Il faut noter à ce stade qu’il est possible de prendre contact avec des sociétés agroalimentaires qui réservent une partie de la supérette afin d’exposer leurs marchandises, moyennant un loyer versé au propriétaire. Ces sociétés peuvent aussi s’occuper, à leurs frais, de l’installation d’un auvent sur lequel est mentionné le nom de la société en question.
Comme la machine ne peut tourner dès le 1er jour, il faudrait prévoir un fonds de roulement de 100 000 DH. Ce qui fait monter l’enveloppe allouée à l’investissement de départ à 730 000 DH en tenant compte également de divers équipements comme les corbeilles, les machines à découper la viande…

Dans le cas étudié, les charges récurrentes totalisent 1,3 MDH

En effet, en attendant que l’activité rapporte ses premiers fruits, l’investisseur doit faire face à certaines charges récurrentes liées notamment au loyer, frais de services et du personnel… Ainsi, la location d’un espace de 300 m2 devra nécessiter une charge de 15000 DH mensuellement, soit une dépense annuelle de 180 000 DH. A côté, il faudra recruter au moins 2 personnes afin de servir la clientèle en plus d’une femme de ménage. Le tout à une charge de 3 000 DH mensuellement, sachant que le personnel est payé au smig horaire. Ajouter à cela un montant mensuel de 1000 DH pour l’entretien du local (changement de lampes, de fils électriques, de tuyaux..). Parallèlement, le propriétaire doit comptabiliser aussi comme charges les pertes liées aux marchandises non vendues à l’instar des produits périssables avec en moyenne 3000 DH par mois. A côté de ces charges, il devra régulièrement acheter la marchandise nécessaire au fonctionnement continu de son commerce en plus de la constitution du stock. Les gérants contactés précisent qu’il faudrait renouveler le stock au bout d’une semaine d’activité. Pour cela, il faut débourser 80000 DH mensuellement, soit 960 000 DH par an, dont 15% réservés au renouvellement du stock.
En additionnant à ces dépenses l’amortissement du matériel sur une période de 5 années pour une somme de 20 000 DH, les charges récurrentes devraient totaliser 1,3 MDH. Etant entendu que les recettes sont réutilisées pour le réapprovisionnement.

Une marge nette de 12%

Les propriétaires de supérettes estiment qu’il ne faut pas espérer une forte rentabilité dès la première année d’activité. Ainsi, le commerce pris dans notre exemple peut générer un chiffre d’affaires de 3 000 DH par jour et 10 000 DH quand il atteindra sa vitesse de croisière. A cela, il faut ajouter les recettes liées à la location de l’espace réservé aux sociétés agroalimentaires pour un prix moyen de 5 000 DH mensuellement. Du coup, le business devrait totaliser des recettes de 1,5 MDH par an. Sachant que ce type de business est généralement lancé en ayant un statut de personne physique, c’est le régime de l’impôt sur le revenu qui y est appliqué. Il est à préciser que la plupart des propriétaires optent pour le régime forfaitaire pour s’acquitter de leurs impôts. Et c’est l’Administration fiscale qui le fixe en fonction de l’emplacement du magasin, de son taux de fréquentation… Ainsi, dans notre exemple, l’IR correspondant est de 10 000 DH. En outre, le propriétaire devrait s’acquitter de la patente qui diffère aussi en fonction du quartier entre autres et de la superficie. Dans un quartier huppé (Maârif par exemple), elle s’élève à 15 000 DH, contre près de 3 000 DH au quartier Chimicolor.
Au final, l’affaire devrait rapporter un bénéfice net de plus de 170 000 DH annuellement, soit une marge nette de 12%.