Où va la Bourse de Casa ? Les opérateurs rassurent

Ils qualifient le bilan des réalisations de positif et estiment qu’il n’y a pas de risque de renversement brutal de tendance.
Délits d’initié : des soupçons existent, des investigations ont été menées mais il manque des preuves concrètes.
Evolution trop importante des indices ?
C’est l’effet des introductions.

Où va la Bourse de Casablanca ? Qu’est-ce qui justifie sa croissance de 340 % en cinq ans ? Pourquoi est-elle déconnectée de l’économie ? Y a-t-il un risque de chute brutale ? Est-ce que le CDVM joue vraiment son rôle d’autorité de marché ? Quelle est la responsabilité des banquiers et des analystes financiers vis-à-vis du grand public ?

Ce sont les questions qui ont été abordées lors du dîner-débat organisé le 13 mars par La Vie éco, et au cours duquel sont intervenus Omar Drissi Kaïtouni, membre du directoire de la Bourse de Casablanca, Youssef Benkirane, président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), Dounia Tâarji, DG du Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), M’hamed Skalli, PDG de Dar Tawfir et Mohamed Khalil, PDG de Dari Couspate.

On s’attendait à un débat vif, une confrontation d’idées et à des avis divergents. Mais les intervenants ont surpris l’assistance en abondant dans le même sens, à savoir un bilan satisfaisant de la Bourse et des perspectives d’évolution prometteuses.

Omar Drissi Kaïtouni a mis l’accent sur les réalisations stratégiques de la place pour la période 2004-2006, qu’il a qualifiées d’honorables. La société gestionnaire de la Bourse a en effet atteint deux de ses principaux objectifs stratégiques, à savoir augmenter le nombre des sociétés cotées et accroître la liquidité.

M’hamed Skalli a également affirmé que la place de Casablanca a atteint un degré de maturité élevé et qu’il reste toujours intéressant d’investir sur le marché des actions. Car il estime qu’il ne faut pas comparer l’évolution de la Bourse avec celle de l’économie marocaine dans sa globalité, mais plutôt avec la croissance des sociétés de la cote qui, elle, a été très forte durant ces dernières années.

Youssef Benkirane a, pour sa part, expliqué la hausse phénoménale de la Bourse depuis 2003 par le rattrapage du retard enregistré entre 1998 et 2002 et par l’anticipation par les investisseurs d’une croissance soutenue des réalisations des sociétés cotées. Il estime que le risque de retournement de tendance est très faible étant donné que les taux sur le marché obligataire, principal concurrent de la Bourse, ne risquent pas d’augmenter significativement et que la capacité bénéficiaire des sociétés cotées ne peut qu’augmenter.

Cela dit, le bilan de la Bourse n’est pas totalement rose. Certaines pratiques ont été pointées du doigt, notamment par Dounia Tâarji, qui a estimé que les banques se prêtaient au jeu de la concurrence lors des opérations d’introduction en Bourse en accordant des crédits-levier à volonté, créant ainsi une inflation de la demande sur les titres. A ce sujet, le régulateur du marché a affirmé que les autorités de tutelle entendent mettre en place une charte d’éthique pour moraliser l’intervention des banques et des sociétés de Bourse lors des offres publiques de vente.

D’autres pratiques ont également été dénoncées, notamment en ce qui concerne le conseil d’achat et de vente donné au grand public par des employés de banque non qualifiés, ainsi qu’en ce qui concerne l’indépendance des analystes financiers vis-à-vis des enjeux commerciaux de leurs sociétés de Bourse et leur capacité à fournir un conseil adapté au degré de connaissance des particuliers.
Pour ce qui est des risques de correction du marché, si les intervenants sont restés optimistes, certains opérateurs, qui parlent toujours sous le couvert de l’anonymat, estiment que la croissance de la Bourse est boostée par la forte liquidité du marché et par l’absence d’autres opportunités de placement. Ils pensent que si le rythme de progression continue d’être en déphasage avec les fondamentaux des sociétés cotées, le risque de chute s’aggravera.

Enfin, il faut signaler qu’un certain nombre d’actions structurantes pour la place restent à entreprendre, notamment le lancement du marché à terme, l’amendement du règlement général de la Bourse pour permettre l’utilisation de l’ensemble des fonctionnalités du nouveau système de cotation, et la mise en place de partenariats avec les Bourses voisines pour des échanges constructifs et un développement régional intégré.