Marché de la dette privée : L’avenir s’annonce prometteur

• Les tombées de la dette privée seraient de 54 milliards en 2020 (+7 milliards de plus qu’en 2019).
• Les besoins de financement en 2020 pourraient être plus importants que ceux prévus par le ministère des finances.
• Hausse des besoins en financement, baisse des taux…, le marché sera encore plus attractif.

Au cours des quatre dernières années, le marché de la dette privée a connu une évolution particulière. Ce compartiment dynamique du système financier a permis une levée de fonds sur les différentes maturités, aussi bien aux entreprises (financières et non financières), plus particulièrement les banques qui y ont régulièrement recours pour renforcer leurs fonds propres ou couvrir leur déficit de liquidité. Et les Entreprises et Etablissements Publics (EEP) pour le financement de leurs besoins importants d’investissement. Après une année 2019 très dynamique animée par les émissions bancaires en Certificats de dépôt (voir encadré), les années 2020 et 2021 s’annoncent encore plus prometteuses.
Plusieurs facteurs devront dynamiser le marché, notamment l’importance des tombées, cette année en particulier, l’amélioration des conditions de financement ainsi que le fort creusement prévu du déficit de liquidité bancaire et la hausse des besoins de financement des EEP, sous l’effet de la pandémie.
Il est clair que cette crise sanitaire a fortement perturbé l’évolution du marché financier national, avec une orientation monétaire expansionniste, aussi bien en termes d’injection de liquidité que de baisses du taux directeur (de 0,75 pb cette année), couplée à un affaiblissement des taux de rendement des autres classes d’actif sous l’effet d’un recul de la demande. Il faut dire que la situation des différents opérateurs, faisant appel au marché de la dette privée pour satisfaire leurs besoins de financement, devrait nettement baisser en raison de la conjoncture économique difficile et leurs engagements financiers à caractère exécutif.
Selon les estimations des analystes de CDG Capital, les tombées de la dette privée devraient s’accroître de 15% en 2020 (contre 7% en 2019) à 54 milliards de DH, soit potentiellement 7 milliards de plus qu’en 2019. Cette tendance couvre une hausse prévue des tombées de TCN, expliquée par la hausse de celles relatives aux certificats de dépôt (CD) et celles des bons des sociétés de financement (BSF).
La dynamique des différents compartiments du marché de la dette privée est justifiée par une orientation globalement favorable, laissant présager une amélioration des émissions au cours de 2020 et 2021.
A cet égard, les perspectives de Bank Al-Maghrib concernant l’évolution du déficit de la liquidité bancaire tablent sur une montée en puissance pour atteindre 154 milliards en 2020 et 171 milliards en 2021. Ce fort creusement s’explique par une accentuation de la croissance tendancielle de la circulation fiduciaire, et ce en liaison avec les effets de la crise sanitaire. Et la régression prévue des réserves de change, compte tenu de la baisse drastique attendue des recettes du tourisme et des transferts des MRE. Une orientation qui devrait accentuer davantage le recours des banques aux émissions des CD pour combler leurs besoins de trésorerie.

Une hausse prévue des créances en souffrance

De même, selon le rapport du ministère des finances sur les EEP, publié dans le cadre de l’élaboration de la Loi de finances 2020, les investissements de cette catégorie devraient s’accroître considérablement, au cours des deux prochaines années, pour s’établir à une ma connu un rebond important en émissionsoyenne de 100 milliards contre seulement 70 milliards enregistrée sur les cinq dernières années. Cependant, au vu du contexte actuel marqué par une conjoncture atone, lourdement sanctionnée par un arrêt presque complet de l’activité au cours du deuxième trimestre de l’année en cours, conjugué à l’alourdissement des dettes de certaines EEP, la réalisation des objectifs chiffrés annoncés par le ministère s’avère difficile. De plus, les besoins de financement pourraient s’avérer beaucoup plus importants.
S’agissant des BSF, et selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, le rythme de distribution de crédits aux agents non financiers devrait ralentir en 2020 et 2021, pour s’établir respectivement à 1,9% et 2,6% contre 5,5% enregistré en 2019. Cependant, la hausse prévue des créances en souffrance, aussi bien des entreprises que des ménages, devrait accroître le besoin des entreprises financières.
Au-delà de l’accentuation des besoins de financement des différents acteurs du marché de la dette privée, ce scénario de reprise semble également appuyé par l’amélioration du coût de financement en lien avec les multiples baisses du taux directeur, avec des perspectives de révisions à la baisse supplémentaires au cours des deux années 2020 et 2021. La poursuite de la correction baissière des taux BDT, utilisés comme base de calculs pour les émissions de la dette privée, avec un recul quasi similaire à celui du taux directeur. Et, enfin, la pénurie des opportunités de placement, ce qui devrait orienter les investissements vers les produits de taux, particulièrement les BDT et la dette privée jouissant de la garantie de l’Etat et d’une bonne qualité de signature.